Robert Saliba recevant un prix de l’ordre des ingénieurs et des architectes en 2019. Photo fournie par l’ordre
Robert Saliba, architecte, urbaniste et professeur à l’AUB, qui est devenu une autorité de premier plan sur l’histoire architecturale et urbaine de Beyrouth, est décédé jeudi. Il avait 72 ans.
Saliba a grandi dans le quartier de Gemmayzé. Son père était commerçant dans l’immeuble Rivoli, sur la place des Martyrs. Il a commencé son parcours universitaire à la fin des années 1960 à l’Académie libanaise des beaux-arts (Alba), où il a étudié l’architecture. L’obtention de son diplôme en 1974 coïncide avec le début de la guerre civile, en 1975. Il quitte le pays en guerre pour poursuivre ses études et obtient une maîtrise en urbanisme de l’Université du Michigan-Ann Arbor en 1980.
Il a ensuite travaillé à Los Angeles avant de rentrer au Liban en 1985, pour y enseigner l’architecture. Il a rejoint le département d’architecture et de design de l’AUB, où il a accédé au poste de professeur à temps plein.
Cependant, la guerre est toujours en cours et le centre-ville de Beyrouth est un no man’s land mortel. Dès que les armes se sont tues en 1990, Saliba conduit ses étudiants dans la zone de conflit pour mener une étude sur la mémoire urbaine du lieu. Pour les étudiants, c’était la première fois qu’ils pénétraient dans le vieux centre de Beyrouth, criblé d’obus.
L’architecte et urbaniste Mona Hallak en faisait partie. Pour L’Orient Today, elle se souvient que « Robert Saliba a toujours été passionné par la documentation de la ville, mais pas de manière nostalgique. C’est ce qu’il nous a transmis à tous. Soyez très assidus dans la documentation de votre ville et dans la connaissance de votre histoire, mais ne soyez pas nostalgiques, car vous n’avez que l’avenir à regarder ».
Mona Fawaz, sa collègue à l’AUB, se souvient d’avoir rencontré Saliba lorsqu’il était étudiant et a trouvé que sa « passion pour la recherche était contagieuse et inspirante. »
Des ouvrages sur la ville
Saliba est l’auteur de trois livres sur l’architecture de Beyrouth. Son livre de 1998, Beirut 1920-1940: Domestic Architecture Between Tradition and Modernity est considéré comme une référence importante pour les styles architecturaux qui se sont développés à Beyrouth au XIXe et au début du XXe siècles. Il documente et classe de nombreux bâtiments anciens et menacés de la ville, dont certains ont été démolis depuis, grâce à d’innombrables enquêtes et photos.
Saliba a ensuite obtenu un doctorat en histoire de l’urbanisme et de l’architecture à l’université de Paris 8 en 2004. Il s’est spécialisé dans l’architecture et l’urbanisme coloniaux, en mettant l’accent sur les périodes du Bas-Empire ottoman et du mandat français au Liban et en Syrie.
Au cours de l’été 2022, Saliba a organisé une exposition à l’escalier Saint-Nicolas de Gemmayzé, basée sur son livre de 1998, en coopération avec l’Initiative pour le patrimoine de Beyrouth. L’événement présentait l’évolution des maisons beyrouthines et a abordé le sujet des menaces posées par l’explosion au port en 2020 sur ce qui reste du patrimoine architectural de Beyrouth.
Robert Saliba se trouvait lui-même à Gemmayzé le 4 août 2020 et a échappé de justesse à la mort, mais il a repris le travail peu après. Il a enseigné dans un atelier conjoint entre l’AUB, le MIT et l’université de Tsinghua sur les traumatismes urbains à Beyrouth et a coécrit une étude de l’Unesco intitulée « Identifier les attributs du patrimoine culturel dans les zones endommagées par les explosions à Beyrouth ».
Howayda al-Harithy, directrice de l’école de design de l’AUB, était responsable de l’étude de l’Unesco. « Pour moi, il était avant tout un ami, mais pour le département, il était un pilier en tant que membre du corps enseignant, dit-elle à L’Orient Today. Pour la grande communauté des chercheurs, il était une référence pour l’histoire urbaine de Beyrouth et l’architecture beyrouthine à partir des années 1840. »



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