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Politique - Disparition

Camille Ziadé, un « timide » à l’avant-garde de la révolution du Cèdre

Membre influent du mouvement du Renouveau démocratique de Nassib Lahoud, l’ancien député du Kesrouan a été au cœur du mouvement qui a mené à la sortie des troupes syriennes du Liban en 2005.

Camille Ziadé, un « timide » à l’avant-garde de la révolution du Cèdre

Photo ANI

Dans un pays où les politiciens sont quotidiennement hués, ils sont quelques-uns à être unanimement salués pour leur intégrité, leur compétence et leur honnêteté. Camille Ziadé était l’un d’eux. L’ancien député du Kesrouan s’est éteint dimanche à l’âge de 79 ans. Il était de cette catégorie d’hommes d’État qui font de la politique au sens noble du terme.

Né en 1943 dans une famille maronite enracinée au Mont-Liban – son oncle, Mgr Ziadé, fut archevêque de Beyrouth –, il fait ses études scolaires au Collège Notre-Dame de Jamhour, avant de poursuivre ses études de droit à l’Université Saint-Joseph à Beyrouth puis à la Sorbonne à Paris.

Originaire du village de Harharaya el-Qattine, Camille Ziadé commence sa carrière politique à l’âge de 29 ans en se présentant comme indépendant aux élections législatives en 1972, sans succès. Durant la période de la guerre civile (1975-1990), à l’instar de Raymond Eddé, une figure qu’il admire sans pour autant faire partie de son Bloc national, il se retire de la vie politique. « En ce temps-là, politique rimait avec milice, avec armes, tout ce qui lui a toujours fait horreur. Ce n’était pas sa conception du meilleur moyen de servir le Liban », explique sa fille Lamia dans son livre Mon port de Beyrouth. Camille Ziadé croit au vivre-ensemble, aux institutions, au dialogue et au respect de l’autre tout en défendant fermement ses positions. « Il était très calme, même timide. Mais il montait sur ses grands chevaux quand il s’agissait de lutter pour ses valeurs et ses principes. « On a besoin d’hommes de sa trempe pour redresser le Liban », dit à L’Orient-Le Jour l’ancien député de Tripoli Misbah Ahdab, son compagnon au sein du mouvement du Renouveau démocratique (RD, fondé par Nassib Lahoud).

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Son fils, Walid Ziadé, se souvient de lui comme d’« un homme pacifique qui déteste les armes. Il refuse même que son garde du corps porte une arme ». C’était un homme modeste au risque de froisser ses partisans. Durant sa députation, il refuse d’être escorté par des convois sécuritaires avec leurs sirènes retentissantes, se rappelle ainsi sa fille.

Avec la fin de la guerre, il est élu membre du Parlement représentant le caza du Kesrouan en 1992, puis réélu en 1996. Il est contre le boycottage des élections, par crainte d’avoir des élus incompétents. À la Chambre, il est notamment membre de la commission de l’Administration et de la Justice. Il a également occupé le poste de secrétaire général du bureau de la Chambre.

Sa présence au Parlement lui permet d’exercer ses compétences pour affiner les textes de loi, notamment face à des élus venant pour beaucoup du monde des affaires. « Il était contre la politique économique de l’ex-Premier ministre Rafic Hariri, considérant que l’endettement (massif) était une fuite en avant. Il votait toujours contre les budgets présentés par le gouvernement », ajoute son fils.

En 1995, il est parmi les rares députés à voter contre la prorogation du mandat du président Élias Hraoui. Trois ans plus tard, il fait partie des quatre élus qui refusent d’amender la Constitution en faveur de l’élection du chef de l’armée, le général Émile Lahoud, homme de la Syrie.

Il se bat ensuite au cœur du mouvement qui mènera au retrait syrien du Liban en 2005. Camille Ziadé rejoint ainsi, en 2001, le Rassemblement de Qornet Chehwan, fondé sous l’égide du patriarche Nasrallah Sfeir et dont l’action mènera à la convergence entre l’opposition chrétienne de l’époque, le Parti socialiste progressiste et le courant haririen. Il joue un rôle important dans ce rassemblement opposé à l’occupation syrienne, et ensuite rejoint le RD de Nassib Lahoud, qui était son camarade de classe à l’école. C’est lui qui prononce un discours au nom du RD durant la fameuse journée du 14 mars 2005, lorsque plus d’un million de Libanais ont convergé vers la place des Martyrs pour réclamer la fin du régime policier libano-syrien et la sortie des troupes de Damas.

« Camille Ziadé était de l’école de Nassib Lahoud qui représentait un Liban pluriconfessionnel et d’ouverture. Il a toujours œuvré dans ce sens », se rappelle Misbah Ahdab. Pour lui, il « œuvrait dans l’intérêt des chrétiens en défendant le citoyen libanais » en général.

Après avoir échoué à se faire réélire aux législatives de 2005, sur la liste du 14 Mars, et déçu par l’échec des partis souverainistes face au Hezbollah et ses alliés, Camille Ziadé s’est ensuite progressivement mis en retrait de la vie publique. Pour son fils, « il était dégoûté de la politique ».

Marié à Leyla Sehnaoui, il était père de quatre enfants, Lamia, Youmna, Walid et Nayla.

Ses obsèques auront lieu aujourd’hui mardi 4 octobre à 16h en l’église Saint-Charbel de Harharaya el-Qattine.

Dans un pays où les politiciens sont quotidiennement hués, ils sont quelques-uns à être unanimement salués pour leur intégrité, leur compétence et leur honnêteté. Camille Ziadé était l’un d’eux. L’ancien député du Kesrouan s’est éteint dimanche à l’âge de 79 ans. Il était de cette catégorie d’hommes d’État qui font de la politique au sens noble du terme. Né en...
commentaires (4)

A l'instar de Raymond Eddé il sera vite dans les oubliettes de l'histoire des mafieux qui règnent sur ce pays et que nous voyons bien trop souvent à la une des journaux... il semble que dans ce bas monde il n'y a que les malhonnêtes qui brillent sous les feu de la rampe. Paix à son âme.

Zeidan

15 h 40, le 04 octobre 2022

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Commentaires (4)

  • A l'instar de Raymond Eddé il sera vite dans les oubliettes de l'histoire des mafieux qui règnent sur ce pays et que nous voyons bien trop souvent à la une des journaux... il semble que dans ce bas monde il n'y a que les malhonnêtes qui brillent sous les feu de la rampe. Paix à son âme.

    Zeidan

    15 h 40, le 04 octobre 2022

  • Integrité et droiture caractérisent ce personage, rares au Liban de nos jours. Repose en paix.

    Allam Charles K

    09 h 11, le 04 octobre 2022

  • Un intègre hommes d'état, le modèle à poursuive pour les candidats à la présidentiel. Sincères condoléances à sa famille.

    Sarkis Dina

    08 h 24, le 04 octobre 2022

  • Un vrai libanais tout simplement. Paix à son âme.

    Citoyen libanais

    06 h 49, le 04 octobre 2022

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