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Culture - Documentaire

À l’horizon du désenchantement se profile l’espoir

« A Moment of Bliss », écrit et produit par Manuel Lahoud, est actuellement projeté dans les salles de Grand Cinemas ABC (Verdun, Achrafieh et Dbayé). Entrée libre.

À l’horizon du désenchantement se profile l’espoir

Waël Lazkani : donner au pays une seconde chance. Photo DR

Avec un titre qui, ironiquement, contraste avec l’énorme malaise que vivent les Libanais au quotidien, A Moment of Bliss, qui signifie moment de grâce, mêle cependant désespoir et espoir, noirceur et lumière. Le film qui se concocte depuis 2018 a été présenté en première le 23 septembre à l’hippodrome de Beyrouth à l’occasion du 55e anniversaire de la Fondation Freidrich-Ebert au Liban. Cette fondation allemande à but non lucratif, qui a ouvert son bureau au Liban en 1965 et s’est consolidée comme l’une des rares organisations internationales à avoir maintenu ses bureaux en activité tout au long de la guerre civile libanaise, a soutenu le projet de Manuel Lahoud scénariste et producteur du film ainsi que responsable de la communication de FES (The Friedrich-Ebert-Stiftung Liban) de manière à ce que le film puisse être projeté avec une entrée gratuite. Lahoud a assuré que son objectif principal lors de la réalisation du film « était de montrer la beauté du Liban et de son peuple malgré toute la laideur qui enveloppe le pays ».

L’affiche du film « A Moment of Bliss ». Photo DR

Je ne voulais pas que ce soit une œuvre dramatique, d’où les plans nombreux de la mer, qui représente pour moi l’horizon aux possibilités infinies. « C’est le travail d’une équipe qui avait la même vision que moi. » Dans ce film de presque une heure, il n’y a pas de réalisateur dans le sens conventionnel du mot mais deux directeurs de photographie qui se sont partagé le travail avec autant d’acharnement que de passion. L’image de Bashar Khattar et Karim Ghorayeb fusionne avec le scénario bien ficelé de Manuel Lahoud. Soutenue par la très touchante partition musicale d’Émile Awwad, l’œuvre compacte et homogène invite immédiatement le spectateur à pénétrer dans la vie intime des protagonistes et à partager leur quotidien, leurs soucis de tous les jours.

Ils sont trois Libanais et une Libanaise aux activités différentes, qui se livrent avec transparence et authenticité et parlent de leur lutte constante dans un pays plein d’incertitude.

La mer apaisante…

Les profils ont été choisis selon les critères des cas sur lesquels travaillent la FES, notamment l’homophobie, la crise économique et le refus d’octroyer l’identité libanaise aux enfants de mère libanaise et d’un père étranger vivant sur le sol libanais.

Le cinéaste Georges Barbar : partir ou rester ? Photo DR

Il y a d’abord Waël Lazkani, chef et restaurateur, qui est revenu au Liban parce qu’il en avait assez du statut d’émigré. Propriétaire d’un restaurant à Beyrouth, il parle des difficultés qui lui sont imposées en raison du taux de change en constante fluctuation. Des choix qui lui étaient déjà difficiles sont devenus presque abscons. Une flambée du prix en USD peut signifier une incapacité à se réapprovisionner. Il s’interroge à présent sur la possibilité de repartir à nouveau.

Vladimir Kurumilian est un jeune architecte, pianiste professionnel et DJ. Le musicien parle de l’injustice à laquelle la communauté LGBTQ+ est confrontée au Liban et de son combat de tous les jours à s’affirmer. Les gens peuvent être expulsés de leurs maisons ou victimes de discrimination dans les écoles et la rue en raison de leur appartenance à la communauté.

Georges Barbar, lui, est cinéaste et a déjà un de ses films primé à la Berlinale. Parfois, il ne se retrouve pas dans l’environnement où il vit. Alors que la vie au Liban devient progressivement instable, il envisage l’immigration malgré son attachement à son quotidien au bord de la mer à Batroun. Enfin Ruba Mourad Squires, mère et spécialiste de l’apprentissage en ligne, est mariée à un Américain et dénonce le fait qu’elle ne peut pas octroyer l’identité libanaise à ses deux enfants qui sont pourtant nés ici. Elle aime le Liban et voudrait continuer sa vie sur sa terre natale mais quid de ses enfants ? Ainsi, selon la nouvelle législation (quasi absurde) signée par le ministère de l’Éducation, ces enfants sont considérés comme encore plus étrangers que les réfugiés étrangers résidant au Liban en ce qui concerne les prestations d’éducation. Chacune de ces personnes fait face à ses propres batailles dans un pays qui se transforme lentement en un État en déliquescence.

Du Nord au Sud, et de Tyr à Batroun, quelles que soient les réponses à leurs questionnements, et la décision qu’ils vont prendre à l’avenir, et quoique le pays n’a fait qu’aggraver au cours des trois dernières années leur situation, ces personnages nous rappellent qu’il y a des moments nimbés par la lumière de ce pays et qui méritent d’être vécus pleinement et avec grâce.


Avec un titre qui, ironiquement, contraste avec l’énorme malaise que vivent les Libanais au quotidien, A Moment of Bliss, qui signifie moment de grâce, mêle cependant désespoir et espoir, noirceur et lumière. Le film qui se concocte depuis 2018 a été présenté en première le 23 septembre à l’hippodrome de Beyrouth à l’occasion du 55e anniversaire de la Fondation Freidrich-Ebert...

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