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Culture - Point de vue

La fille qui a roulé une pelle à Julio

Elle s’est informée du lieu où il dînait ce soir-là. Après avoir convaincu son père de s’arrêter pour 5 minutes à la porte d’un restaurant, elle se dirige vers sa table à grandes enjambées et l’interpelle. Il se retourne, elle lui prend le visage entre les deux mains, et l’embrasse goulûment avant de repartir au pas de course. Elle, c’est Josyane Boulos, lui, c’est Julio Iglesias de passage à Beyrouth pour un concert. Nous sommes en 1980 et elle a 17 ans.

Depuis, elle a fait du chemin et n’a plus jamais manqué de courage. Animatrice d'émissions télé au côté de son père, l’illustre Jean-Claude Boulos, dans les années 80, productrice, actrice, auteure, et actuellement directrice du Théâtre Monnot, elle a fait fi des étapes à suivre pour affronter le public seule sur scène et s’est lancée à corps perdu dans cette aventure où elle a tout donné, tout osé ; les postures, les rythmes, les insultes, les confidences, les aveux, les silences, et les sujets tabous, et a entraîné le spectateur avec elle dans un voyeurisme tellement empreint d’émotions qu’il en devenu drôle et touchant.

Tout est parti de cette rencontre avec Julio Iglesias à qui elle avait réussi à voler un baiser, un rêve de groupie qu’elle a réalisé, et un prétexte pour monter sa pièce « La fille qui aimait Julio » qui se déroulera comme une autobiographie orale en public où il est question de la vie sous les bombes, d’une jeunesse désemparée et des années qui passent. Une génération se retrouvera dans les pages de l’histoire du Liban, et une autre plus jeune pourra se projeter dans ce qu’ont vécu ses parents. Quant aux amis proches et à la famille qui ont partagé tous ces moments, ils se retrouveront la larme à l’œil et le sourire au cœur.  

Tous les humoristes conviendront qu’une performance, seul sur scène, est une tâche intimidante, voire angoissante, un parcours du combattant, où il faut se débattre en faisant fi des silences suite à un calembour raté, à surmonter son trac et son stress, en ne pouvant compter que sur soi-même sans aucun acteur ou aucune actrice en face pour rattraper le tir. Mais Josyane Boulos a tout surmonté.

Ne pas la connaître c’est ignorer son courage, son déterminisme, sa volonté de puissance, son esprit toujours rieur, sa dérision, sa force à tout assumer, sa foi dans la vie malgré tous les aléas rencontrés en cours de route. L'humour, malgré toute la légèreté qu’on peut lui prêter, ne se pratique pas en état d’apesanteur, il illustre une capacité à prendre quelque chose de tragique, source de douleur et à le transformer en une source de plaisir. C’est ce que Josyane sait faire de mieux, sur scène bien sûr mais dans la vie aussi.

Loin d'être un discours sans conséquences, l’humour est un miroir. On rit de soi-même, de ses blessures, ses déchirures, ses déceptions, ses désenchantements. Et pour équilibrer, on balance des moments de bonheur, des accomplissements (avoir roulé une pelle à Julio Iglesias), de la témérité, de l’audace (à un barrage syrien en pleine guerre) de la résilience (sous les bombes et les tirs des francs-tireurs). D’aucuns dans la salle ont pu qualifier la performance de mignonne, légère et amusante, mais n’est pas combattant celui qui ne s’est jamais retrouvé sur le front, alors « si la critique et aisée, l’art est difficile », et l’on ne peut que saluer et applaudir Josyane Boulos, une artiste courageuse qui interprète, ce soir et demain dimanche 2 octobre, « La Fille qui aimait Julio » à l’Acte 1 du Théâtre Monnot.


Elle s’est informée du lieu où il dînait ce soir-là. Après avoir convaincu son père de s’arrêter pour 5 minutes à la porte d’un restaurant, elle se dirige vers sa table à grandes enjambées et l’interpelle. Il se retourne, elle lui prend le visage entre les deux mains, et l’embrasse goulûment avant de repartir au pas de course. Elle, c’est Josyane Boulos, lui, c’est...

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