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Moyen-Orient - Focus

Des canulars téléphoniques mettent au jour les travers du régime syrien

Sur les réseaux sociaux, l’Alépin Yaman Najjar met en scène des farces par téléphone à l’origine de révélations impliquant des officiels de l’État.

Des canulars téléphoniques mettent au jour les travers du régime syrien

Photo capturée d’une vidéo YouTube de Yaman Najjar.

Il n’est ni journaliste, ni policier, ni espion, mais Yaman Najjar a diffusé certaines révélations impliquant des responsables du régime syrien qu’aucun des trois n’avait jusque-là mises au jour. Sa méthode n’a pourtant rien de compliqué. Sur ses réseaux sociaux, le jeune Alépin exilé aux Pays-Bas se fait passer depuis deux ans pour un certain « lieutenant Bou Sakr », à travers des canulars téléphoniques qui ciblent, à la demande de ses abonnés, des membres de la société civile mais aussi, et de plus en plus souvent, des officiels des institutions politiques et militaires du régime de Bachar el-Assad.

Suivi par une large communauté (plus de 400 000 abonnés sur TikTok et près de 88 000 sur YouTube), Yaman Najjar, 22 ans, est très vite devenu un incontournable des réseaux sociaux. Sur fond d’humour, ses vidéos dressent le portrait satirique d’une société syrienne prise dans ses disparités et ses contradictions, mais aussi d’un régime fait de petits arrangements, de déférence et de corruption. Son dernier fait d’armes remonte à quelques semaines. Lors d’un appel téléphonique où Yaman Najjar se fait passer pour un lieutenant officiant dans l’armée syrienne, l’interlocuteur lâche une bombe sans le savoir, en révélant le transfert illégal de fonds en Europe effectué par un général de l’armée. Suite à la diffusion de la vidéo, l’informateur (malgré lui) a été contraint de fuir en Turquie, selon les informations du média en ligne syrien Enab Baladi.

Imiter les codes du pouvoir

Un scandale qui rappelle à quel point les pièges téléphoniques sont, depuis le début de la guerre en Syrie, utilisés comme un canal bien utile, notamment pour informer la population civile des exactions commises par le régime. En 2011 par exemple, une autre affaire avait été révélée de la sorte par Hussein Jabri, alias Abou Zouheir. Sur YouTube et Facebook, le jeune Syrien avait gagné une certaine audience en diffusant ses canulars en ligne. Avec ses questions innocentes, il parvenait à obtenir de ses interlocuteurs des confidences livrées avec une facilité déconcertante. Cette fois-là, c’est Bachar Awad, un responsable des services secrets syriens, qu’il avait piégé. Après dix minutes de conversation, ce dernier révélait sa responsabilité dans la mort de l’activiste syrien de 26 ans Ghayath Matar, tué en détention en septembre 2011, après avoir été torturé, selon Human Rights Watch.

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La popularité de ces canulars s’étend bien au-delà de l’audience ciblée. Yaman Najjar serait ainsi parvenu à atteindre même des personnes proches du régime. Fan du contenu proposé par le youtubeur, Mahmoud*, d’origine syrienne, a l’habitude d’éplucher les commentaires laissés par les internautes sur ses vidéos. Il tombe ainsi sur des profils très variés, dont beaucoup de soldats de l’armée. « Yaman a été capable de dévoiler la classe politique corrompue à l’intérieur du régime Assad, et particulièrement au sein de l’armée. À titre personnel, je le savais, mais le prouver à ceux qui soutiennent le régime, c’est très précieux ces temps-ci », explique Mahmoud.

Par ailleurs, ces canulars mettent en lumière les codes indicibles qui structurent la société syrienne, notamment ceux relatifs au pouvoir. « Yaman a réussi à prouver qu’en utilisant l’accent alaouite, que ce soit avec l’armée ou la police, tout le monde obéit », cite Mahmoud en exemple. Une astuce que le jeune homme utilise aussi pour intervenir dans des situations plus intimes, sur demande de ses suiveurs. Récemment, une de ses abonnés a prévenu le youtubeur qu’un garçon la menaçait de diffuser des photos à son insu. En se faisant passer pour un officier des services secrets, Yaman a piégé le fautif, qui s’est empressé de supprimer le contenu fallacieux.

* Le prénom a été modifié.


Il n’est ni journaliste, ni policier, ni espion, mais Yaman Najjar a diffusé certaines révélations impliquant des responsables du régime syrien qu’aucun des trois n’avait jusque-là mises au jour. Sa méthode n’a pourtant rien de compliqué. Sur ses réseaux sociaux, le jeune Alépin exilé aux Pays-Bas se fait passer depuis deux ans pour un certain « lieutenant Bou...

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