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Sport - Justice

Affaire Pogba : Mathias et ses complices incarcérés

Impliqué dans une sombre histoire de tentative d’extorsion envers son petit frère Paul Pogba, Mathias et ses quatre complices présumés ont été placés en détention provisoire.

Affaire Pogba : Mathias et ses complices incarcérés

Paul Pogba à la droite de son grand frère Mathias, côte à côte lors d’une rencontre de charité sur la pelouse du stade de la Vallée du Cher, à Tours, le 29 décembre 2019. Guillaume Souvant/AFP

Entre intimidations physiques et vidéos menaçantes, « l’Affaire » qui déchire la famille Pogba et secoue le monde du football français à deux mois de la Coupe du monde au Qatar a pris ce samedi un tournant décisif. Le grand frère, Mathias, soupçonné d’avoir participé à une tentative d’extorsion à l’encontre de son petit frère, la star de l’équipe de France Paul Pogba est depuis ce samedi placé en détention provisoire tout comme ses quatre complices présumés.

Cette incarcération préventive fait suite à une mise en examen pour « extorsion avec arme, séquestration en bande organisée et association de malfaiteurs criminelle », et ce après l’ouverture d’une information judiciaire par le parquet de Paris le 2 septembre dernier. Aucun détail n’a pour l’instant été donné sur les rôles respectifs des différents protagonistes de cette rocambolesque affaire.

Marabouts et fusils d’assaut

Celle-ci avait été révélée au grand jour début septembre, à la suite de la publication sur les réseaux sociaux d’une vidéo énigmatique dans laquelle Mathias Pogba, assis face caméra devant un mur vierge, promettait des « révélations fracassantes » sur son cadet. Il y sous-entendait notamment qu’il disposait de preuves révélant que Paul Pogba aurait tenté « marabouter » son coéquipier en Bleu, l’attaquant star Kylian Mbappé.

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Victime selon lui d’une nouvelle entreprise de « chantage » afin de lui extorquer d’importantes sommes d’argent à huit chiffres, Paul Pogba avait déposé une plainte auprès du parquet de Turin dès le 16 juillet. En plus de ces demandes de rançons se chiffrant aux alentours de 13 millions d’euros entre mars et juillet 2022, le milieu turinois déclare avoir reçu une visite improvisée de plusieurs hommes « cagoulés » munis de fusils d’assaut au centre d’entraînement de la Juventus. Des visiteurs parmi lesquels il aurait reconnu son frère Mathias ainsi que plusieurs amis d’enfance.

Lors de sa première audition devant les enquêteurs, la star de l’équipe de France a expliqué que ses malfaiteurs lui reprocheraient de ne pas les avoir suffisamment aidés financièrement depuis son éclosion au plus haut niveau mondial, selon des informations confirmées à l’AFP par une source proche du dossier.

Détentions provisoires

Dans le cadre de l’enquête, Mathias Pogba, 32 ans, a donc été lui aussi placé en détention provisoire sous le statut plus favorable de « témoin assisté », selon une source judiciaire. Ce dernier est notamment soupçonné d’avoir été mêlé aux faits de séquestration dont prétend avoir été victime son petit frère dans la nuit du 19 au 20 mars dernier.

« Nous allons contester cette décision », a immédiatement réagi sur BFMTV son avocat Me Yassine Bouzrou. « La justice constate que l’infraction la plus grave reprochée (la séquestration) ne concerne pas mon client, et malheureusement, on a une décision qui va à l’encontre d’un dossier », a-t-il ajouté. « Il s’agit d’un individu qui n’a jamais fait parler de lui, qui a un casier judiciaire vierge, qui n’est pas un voyou, qui est présumé innocent », a-t-il rappelé, estimant qu’il n’avait « commis aucune infraction pénale ». Bien que son rôle ne soit pas « totalement clair » et que l’enquête est « loin d’être terminée », selon cette même source judiciaire, il a ensuite rejoint trois de ses quatre complices présumés, des amis d’enfance de la famille Pogba âgés de 27 à 36 ans, en détention provisoire.

Lors de leurs gardes à vue débutées mardi et mercredi à l’Office central de lutte contre la criminalité organisée (Oclco), les cinq suspects ont dit être « victimes d’individus dont ils refusent de donner les noms », a expliqué une autre source proche de l’enquête. Mais « ils se contredisent et mentent », a-t-elle affirmé. Le plus âgé a déjà été condamné à deux reprises pour des faits de nature criminelle, a précisé une source proche du dossier. Il portait une attelle lors du débat, assurant, selon cette source, avoir été blessé par balle à un bras dans le cadre de l’affaire Pogba.

Me Romain Boulet, qui défend un homme de 33 ans, estime que son client « est victime d’une manipulation et de menaces des maîtres-chanteurs, au même titre que Paul Pogba. C’est un piège qui s’est refermé sur lui », a-t-il estimé. « Au même titre que Paul Pogba, mon client affirme être une victime dans cette affaire. L’instruction devra faire la lumière sur cet aspect », a également déclaré Me Carole Niechcicki, avocate d’un homme né en 1988.

Mathias Pogba, d’aîné protecteur à malfaiteur ?

Avant d’entraîner toute sa famille dans cette sombre histoire, Mathias Pogba a pourtant longtemps été la figure d’un aîné protecteur vis-à-vis de Paul, star mondiale du ballon rond depuis son explosion à la Juventus Turin à 19 ans.

Moins doué que son cadet, champion du monde en 2018, Mathias n’a jamais vraiment vu sa carrière décoller, enchaînant les piges dans les divisions inférieures de nombreux championnats européens. Passé par treize clubs en treize ans, il a même été qualifié « d’erreur de casting » par Jean-Paul Simon, le président de Belfort en National 2 (4e division), dernier club à l’avoir embauché.

Son nom de famille, ainsi que l’aura et l’entregent de Paul (29 ans), lui ont cependant permis de trouver des clubs. Sa complicité avec son cadet s’affichait aussi en ligne, comme en 2016 lorsque les trois frères interprétaient la « Pogbance », une chorégraphie diffusée sur les réseaux sociaux.

Mais depuis le début de l’affaire, cette solidarité qui semblait à toute épreuve a littéralement volé en éclats. Devant les enquêteurs, le milieu de la Juve a tout de même estimé que Mathias était également « sous la pression » des personnes voulant lui soutirer de l’argent. D’après un proche de la famille, « Mathias est sous pression. C’est un mec calme, méconnaissable sur la vidéo (qui a déclenché l’affaire, NDLR) où il tremble, il n’est pas comme ça dans la vie. »

Cette affaire n’« étonne absolument pas » Jean-Marc Ettori, président du Tours FC (en 3e division française), où Mathias a disputé cinq matches en 2018-2019. « Que ce soit la maman, Paul, ou les deux frères, ce ne sont pas des gens intéressants à fréquenter », assure le dirigeant à l’AFP.

« À Tours, j’ai vécu plusieurs épisodes que j’ai en travers de la gorge, poursuit-il. On nous a proposé Mathias Pogba qui n’était pas un bon joueur. Nous le refusons. Paul Pogba, par l’intermédiaire de son agent suisse, nous propose de payer les salaires, les charges ou les frais pour que Mathias joue. »

« Autre exemple, sur le terrain cette fois. Nous jouions notre survie. On a un penalty à quelques minutes de la fin. Mathias Pogba prend le ballon des mains du préposé au pénalty. Il tire et le loupe. Je lui ai dit ma façon de penser, et il m’a répondu : On ne me parle pas comme ça, vous savez qui je suis. »

S’il reste un footballeur modeste, avec tout de même cinq sélections en équipe de Guinée, Mathias a eu plus de réussite comme chroniqueur TV, l’autre facette de sa carrière footballistique. « Mathias est un super mec, qui s’était bien fondu dans la bande (de l’émission L’Équipe du soir), souriant et chambreur », a expliqué le rédacteur en chef de la chaîne L’Équipe, Marc Las, dans les colonnes du quotidien sportif. Dans un talk-show espagnol en juillet 2021, dont Mathias occupait aussi une place de chroniqueur, Paul avait assuré qu’il écoutait « beaucoup » son aîné. Ce à quoi l’intéressé avait répondu que son cadet était « direct, droit » et qu’il disait « les choses en face ».

Semblant autrefois être un modèle du genre, cette relation fraternelle est passée du tout au tout depuis le début de l’affaire. Mathias est même allé jusqu’à tweeter « qu’il n’y avait pas plus lâche, plus traître et plus hypocrite sur cette terre », que son petit frère.

Malgré l’ampleur prise par l’affaire, Paul Pogba semble étonnamment toujours avoir une chance de défendre le titre de champion du monde avec ses coéquipiers en novembre prochain au Qatar. Écarté des terrains depuis le début de la saison par une blessure au genou, il n’a logiquement pas été appelé par Didier Deschamps. Mais lors de sa dernière conférence de presse, le sélectionneur français a toutefois laissé la porte ouverte à un retour de l’ancien Mancunien : « Je connais bien Paul, il va tout faire pour se rétablir le plus vite possible et être avec nous en novembre. Mais le timing est court et il viendra à condition qu’il soit apte et qu’il soit en mode compétiteur », a-t-il averti. Une perspective qui doit certainement soulager l’homme aux 91 sélections sous le maillot bleu. Lui qui aura toutes les peines du monde à se focaliser sur le terrain au milieu d’une tempête judiciaire dont l’accalmie paraît encore bien lointaine.


Entre intimidations physiques et vidéos menaçantes, « l’Affaire » qui déchire la famille Pogba et secoue le monde du football français à deux mois de la Coupe du monde au Qatar a pris ce samedi un tournant décisif. Le grand frère, Mathias, soupçonné d’avoir participé à une tentative d’extorsion à l’encontre de son petit frère, la star de l’équipe de France...

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