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Culture - Exposition

Cet instant furtif que Bernard Ghanem inscrit dans le fer

L’artiste au langage minimaliste crée, à partir de simples tiges de fer, un art d’une étrange poésie. En témoignent la vingtaine d’œuvres qu’il présente à la galerie Agial.

Cet instant furtif que Bernard Ghanem inscrit dans le fer

À partir de simples tiges de 10 mm d’épaisseur, Bernard Ghanem élabore des œuvres de... fer et de liberté. Photos DR

Qui a dit qu’une tige de fer ployée, recourbée et plantée sur un socle en béton ne pouvait pas dégager une émotion artistique ? Que de ce matériau brut et dur ne pouvait surgir des œuvres d’une grâce, d’une finesse et d’une pureté qui accrochent le regard et interpellent l’imagination ?

Certainement pas Bernard Ghanem. L’artiste, qui présente à la galerie Agial une série de sculptures récentes réunies sous l’intitulé « Shortcut to Freedom » (Raccourci vers la liberté), cherche au contraire à illustrer, dans son travail, cette possibilité de faire jaillir à partir d’une matière et d’un geste minimalistes un art qui fait sens. « Il suffit d’y mettre son souffle et son âme », indique celui dont la vingtaine d’œuvres, alignées sur un long présentoir blanc d’un seul tenant – formant un grand zigzag au centre de la galerie de la rue Abdel-Aziz –, exhalent indéniablement une impression de légèreté dansante. Quelque chose de comparable à ce que peut ressentir celui (ou celle) qui s’engage sur la voie de la liberté.

Liberté, sensibilité et défi

C’est la voie qu’a justement choisie de suivre ce sculpteur en allant à contre-courant des diktats des registres narratifs et conceptuels dominants pour faire de « l’art pour l’art ». Et cela, depuis quasiment ses toutes premières créations réalisées au cours de l’enfance à partir d’éléments de rebuts qu’il transformait déjà avec talent en objets de jeu qui captaient l’attention des gens autour de lui.

Plus tard, c’est à l’école de la vie que Bernard Ghanem (né en 1963) développera cette aptitude naturelle à créer de l’art librement à partir de matériaux ordinaires. Encouragé par un ami architecte, qui décèle chez lui un sens inné de l’harmonie et du beau, cet entrepreneur et technicien électrique s’enhardira à élaborer, parallèlement aux tableaux électriques qu’il conçoit dans le cadre de sa profession, des luminaires d’abord, à partir des plaques de fer dont il dispose dans ses chantiers (« The Dancer » et « Escape »), avant de s’engager, par la suite, sur le chemin de la sculpture.

Mais ce n’est qu’en 1994, à l’aube de la quarantaine, qu’il franchira le cap de la création d’œuvres en catimini pour se lancer dans le cycle des expositions. Après un premier passage chez Épreuve d’artiste, suivi d’une participation au Salon d’automne du musée Sursock, il rejoint en 1996 l’écurie de Saleh Barakat, où il présente à des intervalles d’une dizaine d’années chaque fois (en 2001, 2012 et aujourd’hui) des œuvres à chaque fois nouvelles et cependant toujours inscrites dans son matériau de prédilection. Ce fer, réputé inflexible, auquel il aime se confronter dans un mélange paradoxal de grande sensibilité et de goût pour le défi. Avec l’envie d’aller à chaque fois plus loin dans l’abstraction et l’épurement des formes, sans pour autant que ses œuvres ne perdent leur dimension émotionnelle…

Pure jubilation

« Chacune de ces pièces, sous leur apparente simplicité, aura pris des heures et des jours de réalisation », indique son galeriste en soulignant le difficile et subtil travail des proportions et des textures chez cet artiste constamment en quête de « plus de silence et plus de pureté », pour reprendre le titre de sa précédente série « More Silent, More Pure ».

Une recherche de « dépouillement et de simplicité » qu’il explique par son envie de « contrecarrer l’esprit de cette société d’excès et de matérialisme dans laquelle on vit aujourd’hui ». Cette fois, avec « Shortcut to Freedom », c’est un nouveau palier dans un art totalement affranchi que Bernard Ghanem aura atteint.

Car à travers la torsion d’une tige, ce sculpteur sincère aura réussi à saisir « l’instant furtif ». « Ce moment d’enchantement d’avant la pleine éclosion de la beauté, d’avant son agressive explosion. » Ce temps raccourci où se libère la douce jubilation d’être… Tout simplement.

« Shortcut to Freedom », de Bernard Ghanem à la galerie Agial rue Abdel Aziz, Hamra. Jusqu’au 3 octobre.

Entre le Liban et la Grande-Bretagne

Parallèlement à son travail au Liban, Bernard Ghanem participe régulièrement depuis le début des années 2000 à des expositions au Royaume-Uni. En 2002, c’est dans le comté de Cumbria, à Hutton, dans la Forest Historic House, puis dans le Dorset, à Kingston Lacy House, qu’il a présenté une série de sculptures, dont l’une d’elles intitulée « Progress » a rejoint la collection privée de lady et lord Hutton. Désormais membre de la Cumbria Sculptors Association, il a également à son actif une exposition solo, « Balance », tenue en 2003 à la Fire & Iron Gallery, ainsi qu’une participation en mai 2008 au Surrey Sculptural Trail organisé chaque année dans le jardin de la Royal Horticultural Society à Wisely, dans le Surrey. Au Liban, on peut retrouver quelques-unes de ses œuvres monumentales, atteignant les six mètres de hauteur, au Musée d’art moderne et contemporain (Macam) dont « Prisonniers » réalisée en 2014 et « Société » en 2018. Deux pièces adressées aux générations futures.

Qui a dit qu’une tige de fer ployée, recourbée et plantée sur un socle en béton ne pouvait pas dégager une émotion artistique ? Que de ce matériau brut et dur ne pouvait surgir des œuvres d’une grâce, d’une finesse et d’une pureté qui accrochent le regard et interpellent l’imagination ? Certainement pas Bernard Ghanem. L’artiste, qui présente à la galerie Agial une série de sculptures récentes réunies sous l’intitulé « Shortcut to Freedom » (Raccourci vers la liberté), cherche au contraire à illustrer, dans son travail, cette possibilité de faire jaillir à partir d’une matière et d’un geste minimalistes un art qui fait sens. « Il suffit d’y mettre son souffle et son âme », indique celui dont la vingtaine d’œuvres, alignées sur un long présentoir blanc d’un seul...
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