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Lifestyle - Disparition

William Klein, le photographe à bout portant

L’Américain, décédé à l’âge de 96 ans à Paris, a révolutionné les mondes de la photographie de mode et urbaine.

William Klein, le photographe à bout portant

En avril 2002, William Klein exposait à la Maison européenne de la photographie à Paris. Maximilien Lamy/AFP

Au cours d’une longue carrière, dont une partie était consacrée aussi au cinéma, ses images « coups de poing » traduisent essentiellement la fébrilité et la violence des villes.

Photographe mais aussi peintre, documentariste et graphiste, William Klein est considéré comme l’un des artistes les plus influents du XXe siècle. Il s’est éteint alors que s’achève une exposition rétrospective de son œuvre à l’International Center of Photography de New York.

S’inspirant de l’esthétique brute du reportage et du style sensationnaliste des tabloïds, William Klein a bousculé les codes de la photographie de rue, mais aussi de mode, en étant l’un des premiers à faire sortir les mannequins des studios.

Décadrages, contraste exacerbé sont au rendez-vous dans son œuvre, essentiellement en noir et blanc, où de jeunes garçons brandissent des armes à bout portant et où des visages renfrognés s’affichent en très gros plan, parfois flous. « William Klein photographiait comme un boxeur », le décrit Alain Génestar, directeur de la revue spécialisée et de la galerie Polka.

Né le 19 avril 1926 à New York au sein d’une famille juive orthodoxe, le jeune Américain découvre l’Europe en faisant son service militaire et s’installe en France après sa rencontre avec le modèle et artiste Jeanne Florin, avec qui il partagera sa vie jusqu’à sa disparition en 2005.

New York « underground »

À l’époque, il se consacre à la peinture, après avoir étudié auprès de Fernand Léger, et s’imagine un temps architecte.

Le déclic se produit quand il gagne au poker un Rolleiflex, son premier appareil photo : il se met à mitrailler les monuments parisiens. Ses premières photos, plutôt abstraites, tapent dans l’œil d’Alexander Liberman, directeur artistique de Vogue qui lui propose une collaboration. William Klein a 26 ans.

De ce retour au pays natal, huit ans après, naîtra un livre culte, le décapant Life is Good and Good for You in New York, sorti en France en 1956, mais longtemps dédaigné par les éditeurs américains, hostiles à l’idée de voir New York comme « un taudis ». Grâce à ce livre, Federico Fellini le remarque et lui propose d’être un de ses assistants sur Les Nuits de Cabiria.

Cinéma et politique

Il en profite pour réaliser un ouvrage sur la Ville éternelle (Roma). Suivront Moscou et Tokyo pour une longue parenthèse cinéma, amorcée avec Qui êtes-vous, Polly Maggoo ? en 1966. Le film est une satire grinçante sur l’univers de la mode, que Klein fréquente sporadiquement, et toujours avec dérision.

William Klein a également réalisé plus de 250 films publicitaires qui ont marqué leur époque, notamment pour Citroën, Dim, Saupiquet, Renault, Ricqlès...

Puis l’heure sera aux combats politiques avec des documentaires comme Loin du Vietnam (1967) et des portraits dont le plus célèbre est Muhammad Ali The Greatest (1974). « Ce boxeur noir, converti à l’islam, avait une vraie dimension politique », disait le photographe. Dans l’avion qui l’emmène à Miami pour rencontrer le boxeur, au début du projet, William Klein croise le leader noir Malcolm X (assassiné en 1965). « C’était le seul siège de libre, parce que personne ne voulait être près de lui. On s’est très bien entendus », racontait celui qui s’est beaucoup intéressé à la condition des noirs américains, aux Black Panthers et aux mouvements contestataires.

À partir des années 80, il délaisse la caméra pour le viseur, réalise plusieurs livres (Close up, 1989 ; Torino ’90, 1990 ; In & Out of Fashion, 1994) et signe la pochette d’un album de Serge Gainsbourg, où le chanteur apparaît en travesti, une cigarette à la main.

« Ma devise, rappelait le photographe en faisant le livre sur New York, était : “Anything goes”. Elle me va toujours. Pas de règles, pas d’interdits, pas de limites. »

Aurélie MAYEMBO/AFP

« Un artiste visionnaire »

William Klein est décédé « paisiblement » samedi 10 septembre 2022. « Conformément à sa volonté, les obsèques se dérouleront dans la plus stricte intimité », a précisé son fils, Pierre Klein, dans un communiqué, indiquant qu’un hommage public lui serait rendu ultérieurement.

« Depuis quelques années, William souffrait des tracas et complications liés au grand âge qui s’attaquent au corps, à la mobilité, sans gagner l’esprit qui, chez lui, presque jusqu’au bout, est resté lucide », écrit dans son éditorial en ligne Alain Genestar. « Malgré l’épuisement qui le gagnait, il est mort aux commandes », poursuit l’ancien directeur de la rédaction de Paris Match, au sujet de celui qu’il qualifie de « danseur et boxeur de la photographie ».

Par ailleurs, on peut lire, sur le site de l’International Center of Photography de New York, cette dédicace : « C’était un visionnaire à tous points de vue, qui faisait fi des codes sociaux et artistiques de son époque pour se frayer un chemin singulier tant dans son travail commercial que dans ses projets personnels, et sur tous les supports. Innovateur et intransigeant, il a ouvert d’innombrables portes aux créateurs d’images du monde entier. » De même, la Maison européenne de la photographie (MEP) a déploré sur Twitter la disparition d’un « des noms fondateurs » de sa collection, « référence pour de nombreux artistes ». L’Académie des beaux-arts, qui a créé un prix en son nom en 2019, a également tenu à honorer un homme dont l’œuvre « a marqué l’histoire de la photographie ».

Source : AFP

Au cours d’une longue carrière, dont une partie était consacrée aussi au cinéma, ses images « coups de poing » traduisent essentiellement la fébrilité et la violence des villes. Photographe mais aussi peintre, documentariste et graphiste, William Klein est considéré comme l’un des artistes les plus influents du XXe siècle. Il s’est éteint alors que s’achève une exposition rétrospective de son œuvre à l’International Center of Photography de New York. S’inspirant de l’esthétique brute du reportage et du style sensationnaliste des tabloïds, William Klein a bousculé les codes de la photographie de rue, mais aussi de mode, en étant l’un des premiers à faire sortir les mannequins des studios.Décadrages, contraste exacerbé sont au rendez-vous dans son œuvre, essentiellement en noir et blanc,...
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