Affrontements entre des supporters de l’OGC Nice et des hooligans ayant pénétré dans l’enceinte de l’Allianz Riviera au milieu des 8 000 supporters allemands du FC Cologne venus assister à une rencontre de Ligue Europa Conference le 8 septembre. Nicolas Tucat/AFP
La France ne sait décidément plus recevoir. Rattrapé par de nouveaux incidents jeudi dernier lors du match de Ligue Europa Conférence entre l’OGC Nice et le FC Cologne (1-1), le football français aborde les prochaines affiches européennes entre prudence et « dispositif renforcé ». Moins d’une semaine après la violente rixe déclenchée dans les tribunes de l’Allianz Riviera, ayant bien failli faire annuler la partie, les trois rencontres de la semaine préoccupent les autorités françaises jusque dans ses plus hautes sphères.
Que ce soit ce mardi en Ligue des champions, à l’occasion de la venue de 8 000 supporters allemands de Francfort à Marseille, ou jeudi en Ligue Europa, avec celles de nombreux fans turcs et hongrois qui assisteront respectivement à Rennes-Fenerbahçe et Monaco-Ferencvaros, le risque de voir de nouvelles scènes de violence éclater à l’intérieur ou aux abords des stades est plus qu’élevé, et ce pour plusieurs raisons.
Une résurgence du hooliganisme
Tout d’abord, à cause du violent tropisme qui anime une partie des groupes de supporters en question, identifiés comme des « hooligans ». Le hooliganisme est une forme de supportérisme née en Grande-Bretagne dans les années 1980 avant de se développer progressivement sur le continent, surtout en Europe de l’Est. Le soutien apporté au club auquel ils sont affiliés est souvent secondaire, puisque le match de football est avant tout un prétexte pour aller à la rencontre de bandes adverses afin de se battre avec elles.
C’est d’ailleurs ce type de scénario que redoutent les autorités françaises en marge des rencontres en question car, comme l’ont montré les événements survenus la semaine dernière, ces hooligans parviennent facilement se fondre dans la masse lors d’un déplacement comprenant plusieurs milliers de supporters. En plus de ceux de la Wilde Horde (« la horde sauvage »), des membres d’un ancien groupe de hooligans parisiens, pourtant dissous en 2010, ont fait leur soudaine réapparition au sein de la délégation colognaise.
Face à une situation devenue incontrôlable dans les virages du Parc des Princes au carrefour des années 2010, la mise en place du « plan Leproux », du nom du président du club de la capitale de l’époque, avait permis de « pacifier » les tribunes en dissolvant l’intégralité des groupes de supporters parisiens. Cette opération « mains propres » s’était alors accompagnée de pléthores d’interdictions de stade à l’encontre des membres des collectifs en question. Mais cela n’a pas empêché plusieurs anciens adhérents des « Supras Auteuil », banni définitivement de l’enceinte parisienne, de se retrouver aux côtés des hooligans allemands lors des échauffourées ayant reporté la rencontre entre Nice et Cologne de plus d’une heure. Une présence qui se justifie par une « amitié » de longue date entre les deux cliques, et qui a bien failli coûter la vie à l’un d’entre eux. En plein milieu des affrontements avec les « ultras » niçois, l’un de ces Parisiens infiltrés s’est même retrouvé entre la vie et la mort après avoir basculé d’une tribune de 5 mètres de haut.
Des autorités en manque de savoir-faire
Des incidents ayant fait 32 blessés au total, qui en appelleraient d’autres à en croire les dires du directeur général du réseau Football Supporters Europe : « Ça s’annonce tout aussi compliqué » au Vélodrome, reconnaît Ronan Evain, qui déplore le manque d’anticipation des autorités et des clubs dans la préparation de ces déplacements à risque, comme à Nice jeudi dernier. « Il ne s’agit pas de dédouaner les gens qui ont décidé de franchir la ligne rouge. Le problème, c’est qu’on a des infrastructures et une culture de la sécurité qui sont défaillantes et ne font qu’augmenter ce risque-là », assène-t-il.
Le fiasco organisationnel de la finale de la dernière Ligue des champions en mai dernier en est la parfaite incarnation. Les abords du Stade de France ont bien failli être le théâtre d’incontrôlables mouvements de foule causés par l’organisation défaillante des forces de police déployées. Sans le sang-froid des supporters de Liverpool, habitués à garder leur calme dans ce genre de situations depuis les tragédies du Heysel en 1985 et d’Hillsborough en 1989, deux drames qui avaient coûté la vie à plusieurs centaines d’entre eux, nombreux sont ceux qui considèrent que les conséquences de cette mauvaise gestion de la finale de C1 opposant les Reds au Real Madrid auraient pu être meurtrières. « Il y a une contradiction entre le renoncement à encadrer des déplacements de cinquante ou cent cinquante supporters de clubs français de football et la prétention d’organiser une finale de Ligue des champions », pointe Ronan Evain, faisant ici référence aux interdictions de déplacement publiées par les préfets français lors des très nombreuses rencontres de championnat. « Chaque année on continue d’interdire les déplacements de groupes qui n’ont jamais posé aucun problème. Et après les autorités s’étonnent d’être débordées lorsqu’elles ont affaire à de vrais énergumènes ! » constate un membre d’un groupe de supporters marseillais, qui requiert l’anonymat. « Ça fait des années qu’on voit bien que l’on ne sait plus gérer ce genre d’événements. Pourquoi ce n’est que chez nous que cela arrive ? Posons-nous les bonnes questions », achève-t-il.
« On n’est pas tranquille »
Pour Marseille-Francfort, la préfecture de police a annoncé avoir prévu pour l’occasion un « dispositif de sécurité renforcé ». Si elle ne communique pas les effectifs, elle assure en avoir prévu « un peu plus que d’habitude ». Plusieurs unités de CRS ont ainsi été déployées, dès ce lundi, aux abords du stade mais aussi dans la ville de Marseille, dont trois unités permanentes comptant 80 policiers chacune, « plus d’autres », a indiqué la préfecture.Pour tenter de prévenir tout incident, un arrêté interdit aux supporters de Francfort, dont 3 300 disposent d’un billet pour la rencontre, de s’afficher comme tels dans les rues environnantes au Vélodrome, « à l’exception de ceux transportés en autocars et autobus escortés par les forces de sécurité intérieure ». Des mesures qui sont allées jusqu’à l’interdiction de la vente de boissons alcoolisées à emporter, et ce dès 14h dans les arrondissements du centre-ville. « On n’est pas tranquille, on ne va pas mentir, concède une source au sein de l’OM, qui précise également qu’une zone-tampon a été prévue autour du parcage allemand pour limiter les risques de jets de projectiles. On veut tout faire pour éviter que ça se passe mal. »
Cette semaine de rencontres européennes aura des allures de mise à l’épreuve pour les forces de l’ordre. Alors que le Mondial de rugby et les Jeux olympiques de Paris s’approchent avec insistance, les autorités françaises ne disposent plus de beaucoup de temps pour se mettre à jour.
Gabriel BLONDEL et AFP

