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Société - Ressources hydrauliques

Pourquoi les pénuries d’eau sont-elles plus sévères à l’ouest qu’à l’est de Beyrouth ?

La réponse est dans l’infrastructure, sans rapport avec les divisions confessionnelles, assure une experte.

Pourquoi les pénuries d’eau sont-elles plus sévères à l’ouest qu’à l’est de Beyrouth ?

Le distributeur d’eau de Farah qu’elle utilise comme un robinet de fortune pour faire sa vaisselle quand l’eau courante est coupée. Photo DR

Pour Farah Baba, 26 ans, l’aggravation des pénuries d’eau à Beyrouth pèse de plus en plus lourd sur son temps et son énergie. Cette chargée de communication pour une ONG, qui vit avec ses parents à Hamra, était déjà habituée aux coupures régulières de l’approvisionnement public en eau. Comme l’immeuble n’a pas de puits privé, sa famille avait pris l’habitude d’acheter de l’eau livrée par un camion itinérant, mais même cela n’est plus une alternative facile.

En raison de la crise économique, fait remarquer Farah Baba, les habitants de l’immeuble ne peuvent plus tous payer pour cette source d’eau supplémentaire, ce qui rend le chauffeur du camion moins enclin à passer chez eux, pour économiser le carburant, dont le prix a également grimpé en flèche ces derniers mois.

« Parfois, le processus est donc retardé du fait que le chauffeur refuse de faire le trajet rien que pour approvisionner quelques maisons en eau, car il dépenserait trop d’argent en essence et ne ferait pas beaucoup de bénéfices, explique-t-elle. En moyenne, tous les sept à dix jours, il n’y a plus d’eau du tout. »

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Pour faire face aux pénuries, la famille de Farah Baba doit maintenant transporter de grandes bouteilles d’eau achetées en magasin pour la consommation et les tâches ménagères. « Souvent, c’est le livreur d’eau, ma mère ou moi qui devons traîner la bouteille jusqu’en haut de l’escalier et nous utilisons des seaux comme au bon vieux temps quand nous voulons prendre une douche ou nous laver les mains », dit-elle.

Pendant ce temps, dans le quartier de Sodeco à Achrafieh, Hiba Hammoud, 28 ans, informaticienne, dit qu’elle a toujours accès à l’eau 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. « Parfois, la pression de l’eau est faible, mais en général, elle ne se coupe jamais », dit-elle.

La fréquence de la distribution de l’eau par quartiers à Beyrouth. Graphe fourni par Beirut Urban Lab

Différents réservoirs pour différentes parties de la ville

Il n’est donc pas étonnant que chaque année, la part du lion des plaintes concernant l’eau provient de l’ouest de la capitale.

Abir Zaatari, chercheuse au Beirut Urban Lab de l’Université américaine de Beyrouth, fait partie d’une équipe de chercheurs qui a constaté que certains quartiers de la capitale (Rmeil, Medawar, Saïfi et Achrafieh) reçoivent l’eau publique en abondance, tandis que Ras Beyrouth, Bachoura, Mousseitbé, Aïn Mreissé et Mazraa souffrent de pénuries d’eau publique. La recherche a été menée dans le cadre de l’étude sur l’environnement bâti de Beyrouth en 2018, qui a montré des déséquilibres aigus dans la façon dont l’eau est distribuée dans la capitale.

« Nous avons constaté que 30 % des bâtiments de la zone est reçoivent de l’eau (publique) moins de trois fois par semaine en été, tandis qu’à l’Ouest, 87 % des bâtiments reçoivent de l’eau moins de trois fois par semaine en été », indique Zaatari, ce qui montre « une différence significative. » En hiver, ajoute-t-elle, 8 % des bâtiments étudiés reçoivent de l’eau publique moins de trois fois par semaine dans l’est de Beyrouth, contre 60 % de ceux de l’ouest de la ville.

Une lecture superficielle de ces chiffres indiquerait une division Est/Ouest au niveau des prestations de service, peut-être même une division sectaire si l’on prend en compte la démographie des différents quartiers de la ville. Toutefois, selon Zaatari, le problème a plus à voir avec la topographie et les infrastructures qu’avec les divisions sectaires ou politiques.

« Beyrouth est une ville topographique et les réservoirs de distribution d’eau sont situés au sommet des trois collines de la ville, celles d’Achrafieh, de Tallet el-Khayat et de Bourj Abi Haïdar », tandis que les deux réservoirs d’eau de la ville sont situés à Achrafieh et Tallet el-Khayat. Du réservoir d’Achrafieh, l’eau est acheminée vers les quartiers environnants de l’est de Beyrouth, tels que Gemmayzé, Mar Mikhaël et autres, tandis que celui de Tallet el-Khayat approvisionne les quartiers de l’Ouest, dont Hamra et Koraytem.

Chaque réservoir reçoit l’eau d’une station de traitement différente, Naamé dans le cas de Tallet el-Khayat et Dbayé dans le cas d’Achrafieh. Ces réservoirs « desservent exclusivement les ménages des quartiers environnants de plus basse altitude », précise-t-elle, comme Hamra ou Mar Mikhaël.

À ce sujet, Mme Zaatari précise que la station de traitement de Dbayé est approvisionnée par les cours d’eau de Jeita et d’autres puits. En revanche, la station de Naamé ne peut compter que sur des cours d’eau, sans aucune autre source d’approvisionnement.

L’abondance ou la rareté de l’approvisionnement en eau est donc entièrement liée à la quantité d’eau reçue de chacune des stations de traitement des eaux de Dbayé et de Naamé. Zaatari note que suivant des études antérieures, la station de traitement de Dbayé répond à 77 % des besoins en eau de la capitale, tandis que la station de traitement de Naamé ne peut fournir que jusqu’à 23 % des besoins en eau de la ville. Selon l’experte, la station de Naamé ne peut pas desservir à elle seule un segment très peuplé de la ville.

« La disposition topographique de la ville et l’emplacement des réservoirs ainsi que les sources d’approvisionnement en eau ont réellement créé cette disparité dans les services », insiste-t-elle. Elle souligne également de graves problèmes d’infrastructure qui affaiblissent le système d’approvisionnement en eau dans tous les coins de la ville.

« Nous ne pouvons pas ignorer le fait que le système et l’infrastructure hydrauliques et leur manque d’entretien ont contribué à des fuites importantes dans les canalisations », poursuit-elle, ce qui conduit à un gaspillage d’eau stupéfiant de 45 %, dû aux fuites. « Il s’agit donc fondamentalement d’une combinaison de topographie, d’emplacement des réservoirs d’eau, de mauvais entretien des infrastructures hydrauliques et, bien sûr, de mauvaise gouvernance des systèmes d’eau. »

Un rafistolage insuffisant

Jean Gebran est le directeur général de l’Office des eaux de Beyrouth et du Mont-Liban, l’organisme chargé de gérer l’approvisionnement en eau de la capitale. Interrogé par L’Orient Today, il attribue les problèmes d’eau au courant électrique insuffisant pour pomper l’eau. Toute solution à la crise nécessiterait de remédier à la pénurie d’électricité, poursuit-il, ajoutant que la station de Dbayé ne peut pas fournir de l’eau au reste de la ville.

Pour les bâtiments qui possèdent leurs propres puits, les pénuries ont été moins graves, ce qui, selon Abir Zaatari, montre une dépendance excessive aux sources d’approvisionnement informelles dans les quartiers où l’eau est rare. Un pourcentage impressionnant de 76 % des bâtiments construits après 1996 ont des puits privés, sachant qu’ils sont particulièrement concentrés dans les quartiers où l’approvisionnement public en eau est faible.

Abir Zaatari fait remarquer que ces solutions ne sont pas viables sur le plan écologique, car elles épuisent les eaux souterraines de la ville. Elles présentent également un risque pour la santé des riverains en raison d’une possible contamination des puits en bactéries E. coli et autres polluants.

Dans le secteur de l’eau, comme dans le cas des générateurs privés dans le secteur de l’électricité, le rafistolage destiné à combler les lacunes des services publics ne suffit pas à répondre aux besoins quotidiens de la population, mais a également des effets négatifs sur l’environnement, selon des recherches. Ainsi, une étude réalisée en 2022 montre que l’eau de puits transportée par camion ou pompée pèse lourdement sur l’environnement. Cette recherche révèle que la plus grande part de la consommation dans le secteur de l’eau à Beyrouth provient de ces deux sources, représentant au total 83 % de la consommation d’énergie du secteur et 72 % de ses émissions de carbone, mais ne fournissant que 23 % de ses besoins.


Cet article a été originellement publié en anglais sur le site de L'Orient Today le 2 septembre 2022


Pour Farah Baba, 26 ans, l’aggravation des pénuries d’eau à Beyrouth pèse de plus en plus lourd sur son temps et son énergie. Cette chargée de communication pour une ONG, qui vit avec ses parents à Hamra, était déjà habituée aux coupures régulières de l’approvisionnement public en eau. Comme l’immeuble n’a pas de puits privé, sa famille avait pris l’habitude d’acheter...

commentaires (6)

L’électricité, l’eau et quoi encore et quoi encore ????

Eleni Caridopoulou

18 h 41, le 06 septembre 2022

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Commentaires (6)

  • L’électricité, l’eau et quoi encore et quoi encore ????

    Eleni Caridopoulou

    18 h 41, le 06 septembre 2022

  • S,IL S,AGISSAIT DE VIN J.AURAIS COMPRIS LE SYSTEME DE DISTRIBUTION. WALLAH 3AYB ! LE PAYS EST DEVENU LA RISEE DU MONDE ET SES INCOMPETENTS ET VOLEURS GOUVERNANTS ONT DETRONE ALI BABA ET SES VOLEURS ET SONT CITES PARTOUT EN EXEMPLE LEUR PLACE.

    LA LIBRE EXPRESSION

    13 h 08, le 06 septembre 2022

  • C’est curieux, l’état n’a pas prévu d’abreuvoirs pour tous ces moutons qui paient deux à trois le prix des produits qu’ils consomment sans jamais rechigner? Ils ne sont pas au bout de leur peine, le froid arrive à grand pas pendant que les pourris au pouvoir font leur provisions, le peuple lui peut compter sur sa léthargie pour se réchauffer des discours prononcés par leurs tortionnaires qu’ils attendront impatiemment sur tous les médias pour leur expliquer que le pays est en faillite juste pour ceux qui ont accepté d’être humiliés et volé sans broncher. Les autres mafieux nantis gravitant dans leur sphère ne manqueront de rien non plus, je peux vous le jurer sur le livre saint de votre choix.

    Sissi zayyat

    12 h 06, le 06 septembre 2022

  • A l’ouest de la capitale le nombre d’habitants dépasse de loin le nombre de l’est et la station de Dbayé reste toujours la meilleure .

    Antoine Sabbagha

    11 h 36, le 06 septembre 2022

  • Comme dit par M. Manuel Macron : « La meilleure énergie est celle que nous ne consommons pas . La meilleure eau est celle que nous ne buvons pas ... »! Par esprit écologique et nuisance, arrêtons tout nouveau projet de barrage …

    aliosha

    11 h 24, le 06 septembre 2022

  • Malheureusement ce n'est pas vrai. J'habite le secteur de Sideco et les coupures d'eau sont quasi quotidiennes

    Nouna Chidiac

    08 h 24, le 06 septembre 2022

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