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Moyen-Orient - Éclairage

Entre Ankara et Athènes, les tensions vont crescendo

Après un bref apaisement dans leurs relations au début de la guerre en Ukraine, la crise a ressurgi au printemps dernier entre les deux rivaux de la Méditerranée orientale, faisant peser le risque d’une escalade.

Entre Ankara et Athènes, les tensions vont crescendo

Le président turc Recep Tayyip Erdogan serrant la main du Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, lors d’une réunion bilatérale en marge du sommet de l’OTAN en Grande-Bretagne, en décembre 2019. Murat Cetin Muhurdar/AFP

Jusqu’où les tensions pourraient-elles aller ? Ces derniers mois, les incidents opposant Ankara à Athènes sont repartis de plus belle, après un bref apaisement au début de la guerre en Ukraine qui laissait espérer une amélioration des relations entre les deux rivaux de la Méditerranée orientale. Dernier épisode en date : les déclarations du ministère turc de la Défense dimanche, selon lesquelles des jets F-16 turcs en mission de reconnaissance dans la mer Égée et en Méditerranée orientale avaient été visés cinq jours auparavant par le système de défense aérienne S-300 de la Grèce. Ni une ni deux, deux versions s’affrontent. Tandis que les sources militaires turques dénoncent « une action hostile, selon les règles d’engagement de l’OTAN » – dont les deux pays sont membres –, celles du ministère grec de la Défense démentent catégoriquement les accusations d’Ankara.

L’objectif de la Turquie en dénonçant cet incident présumé : montrer que « la Grèce exploite normalement les S-300 », ce système d’armement de fabrication russe qu’elle avait obtenu de Chypre en 1997 en échange d’équipements militaires. Débouté pour sa part du programme d’avions de chasse américains de 5e génération F-35 suite à l’achat de batteries de défense russes S-400, jugées incompatibles avec le système de défense de l’OTAN, Ankara cherche ainsi à dénoncer ce qu’il perçoit comme un deux poids, deux mesures.

Rupture du dialogue

Ce différend est intervenu après une série de déclarations hostiles et de gestes d’intimidation entre les deux puissances dès le printemps. En visite à Washington à la mi-mai, le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, avait ainsi plaidé devant les élus américains pour qu’ils s’opposent à la vente d’avions de chasse F-16 à Ankara. Une demande motivée par les velléités croissantes de la Turquie en Méditerranée orientale, selon Athènes, qui avait dénoncé des provocations « sans précédent », en référence à ce qu’il considérait être des violations de son espace aérien par des avions de combat turcs. Pour Recep Tayyip Erdogan, c’en est trop. Il déclare dans la foulée de cette visite que le Premier ministre grec « n’existe plus pour (lui) », rompant toute possibilité de dialogue jusqu’à nouvel ordre. Et n’hésite pas, lors du sommet de l’OTAN des 29 et 30 juin à Madrid, à refuser de rencontrer Kyriakos Mitsotakis, présent dans la capitale espagnole.

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On est loin de la rencontre de la mi-mars dernier entre les deux dirigeants à Istanbul, près d’un mois après la guerre en Ukraine, qui avait abouti sur la nécessité de « maintenir ouverts les canaux de communication et d’améliorer les relations bilatérales », selon le communiqué de la présidence turque. Retour aux dossiers épineux qui ne cessent depuis des années de diviser ces deux rivaux, notamment le statut de Chypre, la délimitation des frontières maritime et aérienne et la démilitarisation des îles en mer Égée. « Alors que la Grèce se réserve le droit d’étendre ses eaux territoriales à 12 milles marins, la Turquie considère cela comme un casus belli, explique Cigdem Nas, professeure associée à l’Université technique de Yıldız. Une telle extension couperait fondamentalement l’accès de la Turquie à la mer Égée en raison de la géographie particulière de ces îles, dont la plupart appartiennent à la Grèce, et de la proximité du continent, côté turc. » Tandis que des explorations ont fait état de gaz naturel dans la région, ces questions sont d’autant plus cruciales aujourd’hui que « l’invasion russe en Ukraine a totalement remodelé le paysage énergétique en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique, et l’Europe tente de trouver d’urgence une alternative à l’énergie russe », souligne de son côté Alex Kassidiaris, conseiller en sécurité internationale basé à Londres.

Considérations d’ordre domestique

Loin d’être nouvelles, ces rivalités avaient culminé à l’été 2020 lorsqu’un navire turc d’exploration d’hydrocarbures avait pénétré dans les eaux territoriales que la Grèce considérait siennes, provoquant l’arrivée de navires militaires grecs dans la zone, avec le soutien de la France notamment. Après l’échec de la reprise du dialogue entre les deux puissances, en janvier 2021, plusieurs facteurs permettent d’expliquer le regain de tension actuel. « À mesure que la Grèce étend sa capacité militaire et renforce ses alliances en Europe et au Moyen-Orient, sa politique envers la Turquie devient plus audacieuse », observe Cigdem Nas.

Commentaire

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Après l’achat grec, finalisé en mars dernier, de 6 avions de chasse supplémentaires Rafale à la France – portant le total de ses commandes à 24 –, Athènes avait annoncé à l’occasion du sommet de l’OTAN à Madrid son intention de remplacer ses F-16 par une vingtaine de F-35 en vue de moderniser sa flotte d’avions de combat. Côté turc, l’administration Biden avait réitéré, fin juin, son approbation de la vente de F-16 à la Turquie, incluant également des kits de modernisation pour sa flotte actuelle. Une avancée interprétée comme une concession américaine en échange de la levée par Ankara de son veto contre l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN.

Au-delà de ces enjeux, les considérations d’ordre domestique en Turquie expliquent, aux yeux de nombreux observateurs, l’animosité observée entre les deux dirigeants. Car à moins d’un an des élections générales fixées en juin 2023, le reïs tient à tout prix à marquer des points auprès de sa population. « Tous les sondages montrent que le président Erdogan est très mal parti. Par conséquent, il crée des problèmes de souveraineté nationale pour consolider sa position, suggère Charles Ellinas, fondateur et PDG de EC Cyprus Natural Hydrocarbons Company Ltd. Cela a bien fonctionné dans le passé, mais il est peu probable que cela fonctionne cette fois-ci. La situation économique désastreuse de la Turquie est de loin la plus importante pour la population qui souffre depuis longtemps. »

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Tandis que l’OTAN souhaite plus que jamais maintenir l’équilibre entre les deux pays et faire front commun face à Moscou dans le contexte de la guerre en Ukraine, peu d’observateurs parient sur un conflit ouvert entre Ankara et Athènes. « Le risque d’un conflit n’est pas très important, compte tenu des conséquences catastrophiques pour les deux pays, mais aussi du fait qu’ils sont tous deux membres de l’Alliance. Ankara tentera d’étendre ses revendications sans risquer une confrontation à grande échelle, estime Alex Kassidiaris. Malgré les déclarations officielles, aucun pays tiers n’est prêt à jouer un rôle de médiateur entre les deux pays. »


Jusqu’où les tensions pourraient-elles aller ? Ces derniers mois, les incidents opposant Ankara à Athènes sont repartis de plus belle, après un bref apaisement au début de la guerre en Ukraine qui laissait espérer une amélioration des relations entre les deux rivaux de la Méditerranée orientale. Dernier épisode en date : les déclarations du ministère turc de la Défense...

commentaires (1)

IL FAUT LUI CASSER SES DENTS AU MINI SULTAN OTTOMAN. L,INDEPENDANCE DES PRESQUE 30 MILLIONS DE KURDES DE TURQUIE VA VENIR QUOIQUE FASSENT LES GENOCIDAIRES DE TANT DE PEUPLES... ARMENIENS, GRECS, CHRETIENS DIVERS ET MAINTENANT KURDES.

LA LIBRE EXPRESSION

12 h 08, le 03 septembre 2022

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Commentaires (1)

  • IL FAUT LUI CASSER SES DENTS AU MINI SULTAN OTTOMAN. L,INDEPENDANCE DES PRESQUE 30 MILLIONS DE KURDES DE TURQUIE VA VENIR QUOIQUE FASSENT LES GENOCIDAIRES DE TANT DE PEUPLES... ARMENIENS, GRECS, CHRETIENS DIVERS ET MAINTENANT KURDES.

    LA LIBRE EXPRESSION

    12 h 08, le 03 septembre 2022

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