Le pivot tricolore Rudy Gobert en action face à l’Allemand Johannes Voigtmann, lors du premier match du groupe B de l’Euro de basket à la Cologne Arena. Thilo Schmuelgen/Reuters
C’est la douche froide. Bien installés dans leur costume de prétendants au titre, les Bleus se sont fait surprendre en ouverture par des Allemands bien plus adroits et réalistes. Il est vrai qu’affronter d’entrée le pays hôte dans un stade de Cologne plein comme un œuf, et chauffé à blanc par l’hommage rendu à la légende de la Mannschaft et des Dallas Mavericks Dirk Nowitzki, n’avait rien d’une balade de santé. Pourtant, les Bleus semblaient s’être mis dans les bonnes dispositions pour relever un tel défi.
Auteurs d’une préparation sérieuse et plutôt encourageante, les vice-champions olympiques s’étaient parfaitement mis en jambes au terme d’une belle tournée hexagonale, conclue par cinq victoires de rang aux dépens des Pays-Bas, de l’Italie, de la Belgique puis de la République tchèque. La défaite, après prolongations, en match de qualification pour la Coupe du monde contre la Bosnie-Herzégovine dans le chaudron de Sarajevo ne devait faire office que de piqûre de rappel avant d’entrer dans le vif du sujet.
Une entame pourtant sérieuse
Au coup d’envoi, sifflé sur les coups de 20h30 heure locale, les manquements aperçus lors des derniers galops d’essai semblaient avoir été corrigés. Contrairement aux entames précédentes, au cours desquelles ils avaient la fâcheuse habitude de laisser leurs adversaires s’envoler au score, les hommes de Vincent Collet réussissent leur entrée en matière. Une légère modification dans le 5 de départ, avec l’entrée d’Andrew Albicy, prometteur lors de son retour en Bosnie, en lieu et place de Thomas Heurtel.
Menés de 4 points au terme du premier quart-temps, les Bleus encaissent les vagues allemandes et les paniers sans trop broncher et reviennent petit à petit au score grâce à leurs entrants et l’inévitable
Guerschon Yabusele. Comme à son habitude, celui qui fait les beaux jours du Real Madrid depuis un an maintient le cap à chaque début de tempête. Le numéro 7, indispensable dans le 5 français depuis le tournoi olympique de Tokyo, enchaîne les drives victorieux et les rebonds offensifs. Une nouvelle performance de haute volée – « l’ours » finira meilleur marqueur du match avec 18 points et 4 rebonds – qui laisse la France dans le match à l’issue d’une fin de mi-temps ratée. Les Bleus limitent la casse et rentrent aux vestiaires en accusant un retard de 7 points (38-31).
L’accalmie avant la tempête
Une fois encore, le redémarrage bleu avait de quoi faire frissonner le public de la Lanxess Arena. La faute aux tirs gourmands du meneur allemand Dennis Schröder et à la maestria de l’insatiable Yabusele, les champions d’Europe 2013 enchaînent les paniers à 3 points et les blocs défensifs pour infliger un 8-0 à leurs adversaires. Une reprise parfaite leur permettant de reprendre l’avantage d’un point… avant de retomber dans leurs travers. Entre pertes de balle en pagaille et maladresses au shoot, y compris sur la ligne des lancers francs avec 66 % de réussite (16 sur 24), le navire bleu se saborde lui-même. Une aubaine pour des locaux qui n’en demandent pas tant. Poussés par 19 000 spectateurs acquis à leur cause, les Allemands reprennent une avance confortable qu’ils ne lâcheront plus jusqu’au coup de sifflet final. Malgré quelques ajustements du sélectionneur français lors des temps morts, impossible de stopper l’hémorragie.
Si les deux leaders techniques Evan Fournier et Thomas Heurtel sortent enfin de leurs boîtes pour attraper le filet à 3 points, cette ultime réaction n’empêche pas la France de reprendre la foudre. Les dix dernières minutes seront à sens unique. Décrochés au score par des Allemands un brin chambreurs, à l’image des célébrations explicites de Schröder, ces derniers finissent en beauté grâce notamment à un très bon Johannes Thiemann, auteur de 14 points et 6 rebonds.
Une réaction d’orgueil attendue
Score final : 76-63 en faveur du pays hôte. Malgré quelques flamboyances, la France a tendu le bâton pour se faire battre. Commettant beaucoup trop d’erreurs et de pertes de balle, surtout en fin de quart-temps, les Bleus ne se sont jamais vraiment donné la chance de renverser la tendance. Trop crispés et approximatifs dans les moments-clés, la déroute des coéquipiers de Rudy Gobert est finalement on ne peut plus logique. Malgré son double-double (11 points, 12 rebonds), le pivot de Minnesota prend ses responsabilités de vice-capitaine au micro de Canal+ : « On a perdu beaucoup de ballons, ça nous a mis en difficulté défensivement, concède-t-il. On va regarder tout ça à la vidéo. Il y a encore beaucoup de travail. Personne n’a jamais dit que ça allait être facile. C’est un premier match face à une bonne équipe, chez eux… Le but pour nous, c’est de monter en puissance. Je sais que je vais être meilleur, comme toute l’équipe. »
Des mots qui font écho à ceux de Vincent Collet, amer : « On n’a pas été capables de s’adapter au niveau de pression défensive, et globalement, on a du mal à respecter les fondamentaux, en particulier sur la pose d’écran et les démarcages, s’inquiète le coach tricolore. Ce premier match nous met dans le dur. Je suis à moitié surpris : je pensais qu’on ferait mieux, mais je savais qu’on avait des choses à améliorer. Il faut qu’on le fasse plus vite : le groupe va se prendre en main et on va bosser pour être meilleurs dès samedi. »
Désormais, le moindre faux pas sera fatal. Ce samedi face à Lituanie, elle aussi défaite (85-92) face à la Slovénie, la victoire sera déjà impérative pour conserver une chance d’atteindre le 2e tour. Une élimination dès la phase de groupes d’une compétition internationale serait une contre-performance inédite pour les basketteurs français depuis… l’Euro 1997.

