Critiques littéraires Roman

Celui qui chuchote à l'oreille de Poutine

Celui qui chuchote à l'oreille de Poutine

D.R.

Paraît chez Gallimard un premier roman au titre mystérieux, Le Mage du Kremlin, qui ne manquera pas d’attirer ceux que la Russie passionne. Un journaliste français se rend un soir dans une datcha où l’attend ce fameux « mage », un certain Vadim Baranov qui, durant toute une nuit, va lui raconter sa fabuleuse histoire. Son surnom, il lui vient de sa longue complicité avec Vladimir Poutine qu’il a conseillé pendant vingt ans.

Très vite, on comprend qu’il ne s’agit pas d’un roman au sens habituel. La fiction y est en effet réduite, car le héros dont s’inspire Giuliano Da Empoli existe vraiment. Il s’appelle Vladislav Sourkov et fut conseiller de Poutine… Comme beaucoup d’autres, il a depuis disparu de la scène politique russe.

L’auteur n’avait jusqu’à ce jour jamais trempé dans la littérature. Essayiste, sociologue, économiste, il enseigne à Sciences Po Paris et a été lui-même conseiller du ministre de la Culture dans le gouvernement Prodi.

Son expérience lui a beaucoup servi dans ce roman qui, par sa précision, ressemble souvent à une docufiction. On y suit, à travers le héros, l’ascension irrésistible de Poutine ; on y croise de vrais personnages historiques ; on y dissèque leur rôle. C’est un panorama des vingt dernières années qui nous est offert.

Selon l’auteur, la toute-puissance de Poutine s’explique en partie par le désastre de la période Eltsine gangrénée par les oligarques alors que la Russie tentait de ressembler à l’Occident mais aussi et surtout par l’humiliation que le peuple russe a ressentie pendant cet intermède.

Poutine, lui, a su mesurer l’enjeu et trouver le remède. La Russie n’est pas occidentale, ni orientale d’ailleurs : elle est entre les deux, une spécificité en quelque sorte. Elle veut avant tout être rassurée par la force, autrement dit par le vrai pouvoir qui conduit à une forme de stabilité. Staline, à sa manière, n’a pas fait autre chose et c’est pourquoi il suscite encore la nostalgie.

À la fin du roman, Banadov, alias Sourkov, expliquera qu’il n’a certes jamais fait que suivre Poutine, mais qu’il a fait pire peut-être, en le conseillant pour qu’il arrive à ses fins : remettre la Russie au centre du jeu mondial, quitte à provoquer la guerre.

Ce qui hante l’Occident, dit Da Empoli, c’est la terreur du chaos. Poutine n’a eu de cesse de le faire grandir par des manœuvres souterraines, lui l’ancien espion du FSB. Pour être tranquille chez lui, il a semé le désordre et la crainte en Europe. Son but, c’est de recréer la Russie impériale.

Tout cela, Le Mage du Kremlin nous le fait comprendre par petites touches, à travers son héros dont on suit aussi l’histoire amoureuse (car c’est un roman, après tout) qui s’enchevêtre habilement avec les événements des années 2000, sans que jamais elle ne semble plaquée.

Rappelons-le, ce n’est jamais inutile : la littérature est là aussi pour nous apprendre ce qu’est le monde qui nous entoure et les périls qui le guettent.

Le Mage du Kremlin de Giuliano Da Empoli, Gallimard, 2022, 288 p.



Paraît chez Gallimard un premier roman au titre mystérieux, Le Mage du Kremlin, qui ne manquera pas d’attirer ceux que la Russie passionne. Un journaliste français se rend un soir dans une datcha où l’attend ce fameux « mage », un certain Vadim Baranov qui, durant toute une nuit, va lui raconter sa fabuleuse histoire. Son surnom, il lui vient de sa longue complicité avec...

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