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Sur la terre comme aux cieux

Ce titre qui évoque, c’est vrai, le Notre Père des chrétiens, n’y voyez pas pour autant un appel à la prière, une pieuse invitation au respect de la volonté divine. Faute de conviction, ces lignes sont encore moins quelque supplique élevée au président de la République, qui se voulait en effet le père de tous, le pressant de prêter l’oreille aux plaintes.


C’est de faits divers – de chiens écrasés, comme on dit vulgairement dans le métier – qu’il sera plutôt question ici. Arborant une trompeuse humilité, cette rubrique est un véritable fourre-tout d’incidents ou accidents allant des plus anodins aux plus tragiques. Injustement tenue en mépris par d’aucuns, la relation de ces faits divers est, en revanche, davantage prisée du grand public que les informations dites sérieuses. Ou même que le prêchi-prêcha des éditorialistes, analystes, commentateurs politiques et autres graves donneurs de leçons.


Fort naturelle d’ailleurs est la cause de cet engouement populaire, expliquent les sociologues. Ainsi, et pour inquiétants qu’ils soient parfois, les malheurs ou mésaventures des uns auraient paradoxalement pour effet de rassurer les autres, bien à l’abri dans leur cocon domestique. Mais surtout, ces choses de la vie quotidienne sont souvent révélatrices du climat dans lequel baignent les sociétés humaines, les pays, les régions du monde où elles surviennent. Nul État, même le plus policé – ou même le plus policier ! –, n’est certes exempt de meurtres, trafics, rackets, vols, viols et perversions en tous genres. Particulièrement atterrante demeure, par contre, la floraison de formes inédites de crimes qui, tels ces virus virtuoses de la mutation, peuvent proliférer dans les pays en voie de perdition.


Depuis que nous sommes assaillis de crises, qu’un pouvoir indigne perd un temps précieux en querelles intestines, qu’à l’instar d’Électricité du Liban la justice est en panne sèche et que s’installe le chaos, la légendaire impunité des dirigeants faillis menace de s’étendre au commun des malfaiteurs. Ce n’est plus par un œil au beurre noir mais par des cadavres que se soldent les violences conjugales. Non seulement les braqueurs de banque courent en liberté, mais ils se promettent de récidiver au besoin, ils incitent même les citoyens à leur emboîter le pas, tout cela sans être inquiétés le moins du monde. Ce n’est plus du banal haschich qui passe illicitement la frontière avec la Syrie, mais de l’essence, du fuel, du pain et même des médicaments, tous produits dont manque cruellement la population locale.


Microcosme du Liban actuel que le très officiel ministère de la Santé ? C’est l’interrogation que formulait l’autre jour dans nos colonnes mon collègue Fady Noun, à propos de la volatilisation dans cette caverne d’Ali Baba de stocks de coûteux remèdes pour cancéreux offerts par une fondation caritative américaine. Sinistrement évidente est la réponse : quel organe d’un État à tel point gangrené pourrait échapper à la pourriture ?


Pour rappel, c’est un autre et scandaleux échantillon de microcosme qui, telle une monumentale tuile, nous tombait littéralement des nues à la mi-août. Alarmée par l’éventualité d’un piratage, la Grèce envoyait alors ses chasseurs encadrer un avion de ligne libanais demeuré désespérément sourd aux appels affolés des aiguilleurs. Il y avait bien un pilote à bord, et même plus d’un. Mais ces messieurs n’étaient pas sur la bonne fréquence radio, s’étant apparemment branchés sur une complainte de la diva Oum Koulsoum. Le scandale réside tout d’abord dans le fait que le mélomane en chef était le propre fils du président de la compagnie aérienne nationale, et qu’il n’a donc pas essuyé la moindre sanction, ne fût-ce que pour la légitime panique qui s’est emparée des passagers. Le scandale est ensuite dans les explications embarrassées du ministre des Transports, qui s’est pratiquement fait traiter de menteur par les autorités grecques. Ravivé par cette affaire, le scandale est enfin dans le périlleux mélange d’incurie, de népotisme et d’affairisme affectant les opérations – et la réputation – d’un transporteur aérien qui fit naguère la fierté du Liban. Fret, maintenance de la flotte, service informatique, cafèt’ et catering y sont ainsi gérés par les cousins et alliés du patron.


Au sol comme dans les airs, on le voit bien, aucun abus, aucune dérive ne saurait encore surprendre. En définitive, rien de plus qu’un fait divers, le naufrage provoqué du Liban ?


Issa GORAIEB

[email protected]


Ce titre qui évoque, c’est vrai, le Notre Père des chrétiens, n’y voyez pas pour autant un appel à la prière, une pieuse invitation au respect de la volonté divine. Faute de conviction, ces lignes sont encore moins quelque supplique élevée au président de la République, qui se voulait en effet le père de tous, le pressant de prêter l’oreille aux plaintes.C’est de faits divers...