Rechercher
Rechercher

Moyen-Orient - Éclairage

Moqtada Sadr prend en otage la formation du gouvernement en Irak

Le puissant clerc chiite a rappelé samedi que sa démission du Parlement n’équivalait aucunement à un renoncement au pouvoir... bien au contraire.

Moqtada Sadr prend en otage la formation du gouvernement en Irak

Les partisans du clerc chiite Moqtada Sadr protestant contre la nomination de Mohammad el-Sudani par le Cadre de coordination chiite au poste de Premier ministre. Ils scandaient hier, dimanche 31 juillet 2022, des slogans à l’intérieur du Parlement irakien, situé dans la zone verte sous haute sécurité de la capitale Bagdad, un jour après l’avoir pris d’assaut. Sabah Arar/AFP

Au Parlement ou pas, le vrai chef, c’est lui. Et Moqtada Sadr l’a rappelé samedi avec éclat et violence, lorsqu’il a sommé ses partisans de se rassembler par milliers pour une démonstration de force au sein même de la Chambre. Bilan provisoire : plus de 120 blessés, dont cent civils et 25 membres du personnel de sécurité, selon le ministère irakien de la Santé.

Après avoir abattu des barrières en béton, après s’être immiscés dans la zone verte de Bagdad qui abrite départements gouvernementaux et missions étrangères, les sadristes ont pris d’assaut l’hémicycle pour protester contre la nomination au poste de Premier ministre du candidat du Cadre de coordination chiite Mohammad el-Sudani, accusé d’être à la solde de la République islamique iranienne et honni pour sa proximité avec Nouri el-Maliki, ennemi intime de leur leader.

Souvent décrit comme étant soutenu par Téhéran, le Cadre regroupe en réalité des formations politiques diverses, aujourd’hui unies par leur rejet de l’imprévisible clerc mais divisées sur d’autres sujets. C’est qu’à leurs yeux, Sadr n’est pas un homme de confiance. Sa renommée, il ne la doit ni à sa loyauté envers ses alliés ni à la stabilité de ses convictions. Jadis bête noire de Washington, celui qui avait fait de la lutte contre l’occupation américaine son combat principal – peut-être le seul qui lui ait jamais servi de boussole – s’est imposé au cours de la dernière décennie comme le chantre d’un nationalisme chiite non seulement opposé aux États-Unis, mais aussi distant de l’Iran voisin… Au point de représenter aujourd’hui, en coulisses, le moindre mal pour de nombreuses chancelleries occidentales, Washington et Londres en tête.

Lire aussi

Kazimi se pose encore comme le candidat du compromis

C’est la seconde fois en moins d’une semaine que Sadr impose son tempo au pays. Mercredi déjà, des centaines de manifestants avaient fait irruption au Parlement à l’appel de leur leader. La séquence qui s’est ouverte samedi perdurait encore hier, les partisans sadristes ayant érigé des tentes et se préparant à un long sit-in au sein du Parlement. Leurs demandes ? La dissolution de la Chambre, la tenue d’un nouveau scrutin et le remplacement des juges fédéraux qu’ils jugent partiaux.

Cul-de-sac

Pour Sadr, cette dernière manœuvre est une manière explicite de rappeler à ses adversaires son statut sur la scène chiite irakienne : il est incontournable. S’il a forcé ses députés à présenter leur démission au cours du mois de juin, le vide laissé au profit de ses rivaux n’était qu’une chimère. Certes, l’application des règles électorales permet à celui qui est arrivé en deuxième position dans chaque circonscription libérée d’occuper le siège vacant. Mais Sadr comme ses opposants savent que le clerc dispose d’une arme fatale : la rue. Personne ne sait mieux que lui la mobiliser. Pour le Cadre d’ailleurs, mieux vaut le compter au rang des partenaires retors avec lesquels gouverner qu’à celui d’opposant numéro un. Les frissons qu’il leur a offerts la semaine dernière le confirment : Sadr a beau avoir démissionné, le Cadre n’en est que plus isolé politiquement.

Sorti en tête du scrutin législatif d’octobre 2021 à l’issue d’une campagne électorale dont il s’était retiré à plusieurs reprises pour mieux revenir, le clerc a, dans le sillage de son triomphe, entamé un bras de fer avec ses concurrents du Cadre, dont l’alliance du Fateh – bras politique de la coalition paramilitaire du Hachd al-Chaabi (PMF) largement appuyée par Téhéran – et la coalition pour l’État de droit de l’ancien Premier ministre Nouri el-Maliki.

Lire aussi

Le cadeau empoisonné de Moqtada Sadr à Téhéran

Objet du litige ? Le vainqueur avait promis de rompre avec la culture de la gouvernance par consensus qui prévaut en Irak depuis l’invasion américaine de 2003. Mais face à lui, des rivaux soucieux de protéger leurs prérogatives et effrayés par la perspective d’un gouvernement de majorité qui les exclurait du pouvoir. Or, à travers l’alliance multiconfessionnelle – désormais en miettes – qu’il avait formée avec le KDP kurde, dominant dans la région du Kurdistan autonome, et avec la coalition pour la souveraineté (arabe sunnite) conduite par le président du Parlement Mohammad Halboussi, Moqtada Sadr ne disposait pas des deux tiers de la Chambre – ni même de la majorité absolue – pour lancer la formation du gouvernement, c’est-à-dire nommer dans un premier temps le président – qui, selon la coutume, doit être issu de la communauté kurde – qui nommera officiellement ensuite le Premier ministre, choisi en amont par les formations politiques chiites. Face à l’impasse, le clerc chiite a dû déclarer forfait, du moins en apparence, en claquant la porte du Parlement, à la fois parce qu’il lui était impossible dans les présentes circonstances de gagner la manche et qu’il ne voulait pas non plus endosser la responsabilité d’un cul-de-sac politique dans un contexte sécuritaire et économique particulièrement délétère.

Influence sans visibilité

La dernière démonstration sadriste est l’occasion pour le clerc populiste d’exposer cette rhétorique d’incorruptible qui lui est si familière. Mais s’il dénonce à tour de bras la malhonnêteté de ses adversaires, sa croisade lexicale résiste difficilement à l’épreuve des faits : la corruption est un fléau national aux racines profondes et aux responsabilités plurielles… auquel Moqtada Sadr participe habilement. Un appétit qui s’est renforcé après la victoire historique du mouvement sadriste à l’issue des élections de 2018, moment charnière à partir duquel il a pu discrètement et rapidement tisser sa toile au sein de tous les rouages de l’État, en misant d’une part sur la faiblesse des Premiers ministres qui se sont succédé depuis ; en allant conquérir de l’autre des fonctions d’influence mais à visibilité réduite, dont des centaines de postes sous-ministériels.

Depuis neuf mois, l’Irak navigue en eaux troubles. Le niveau de tensions est tel qu’il ravive le douloureux souvenir des deux guerres civiles irakiennes post-2003, malgré une configuration confessionnelle autre. Car c’est bien le spectre d’un basculement armé dans la rue entre partisans de Sadr et ceux de certaines formations appartenant au Cadre qui hante le pays. Si Moqtada Sadr ne jure aujourd’hui que par l’action politique pacifique, il reste appuyé par une milice lourdement armée, Saraya al-Salam. En face, les armes circulent librement aussi et plusieurs factions du Hachd al-Chaabi ont prouvé jusqu’où elles étaient capables d’aller pour défendre leurs intérêts. Depuis le déclenchement du soulèvement irakien en octobre 2019, près d’une trentaine de journalistes et d’activistes ont été assassinés dans le cadre d’une campagne largement imputée aux PMF. Et en novembre dernier, alors que les milices armées proches de Téhéran protestaient contre les résultats électoraux, la résidence du Premier ministre Moustapha Kazimi, située dans la zone verte de Bagdad, a été visée par une attaque de grande envergure, dans ce qui semblait alors relever d’une tentative d’assassinat, attribuée, là aussi, à des groupes armés soutenus par l’Iran. Toutefois, depuis l’élimination dans un raid US en janvier 2020 de Kassem Soleimani – ancien chef de l’unité al-Qods au sein des gardiens de la révolution –, la chaîne de commandement Téhéran-Bagdad a souvent donné l’impression d’avoir du plomb dans l’aile. Pour l’heure, la possibilité d’une explosion de violence intrachiite est limitée par deux obstacles de taille : la République islamique n’en veut assurément pas. Le plus haute autorité religieuse d’Irak, l’ayatollah Ali Sistani, non plus.

Célébration d’une fête religieuse chiite dans le Parlement occupé par les sadristes

Après leur première nuit passée dans le Parlement irakien, les partisans de l’influent leader Moqtada Sadr ont célébré hier le premier jour d’une fête religieuse chiite. Samedi, pour la seconde fois en moins d’une semaine, des milliers de partisans de Moqtada Sadr ont envahi le Parlement, dans la zone verte ultrasécurisée de Bagdad, pour protester contre l’arrivée au poste de Premier ministre d’un candidat proposé par leurs adversaires. Dimanche matin, des volontaires distribuaient de la soupe, des œufs durs, du pain et de l’eau aux manifestants qui ont passé leur première nuit au Parlement. Des haut-parleurs diffusaient les chants religieux traditionnels à l’occasion de mouharram, le mois lunaire qui a débuté dimanche en Irak et durant lequel les chiites célébreront Achoura.

Au Parlement ou pas, le vrai chef, c’est lui. Et Moqtada Sadr l’a rappelé samedi avec éclat et violence, lorsqu’il a sommé ses partisans de se rassembler par milliers pour une démonstration de force au sein même de la Chambre. Bilan provisoire : plus de 120 blessés, dont cent civils et 25 membres du personnel de sécurité, selon le ministère irakien de la Santé. Après avoir...
commentaires (4)

QU’EST CE QUE J’AURAIS AIMER AVOIR LE GRAND MOKDATA SADR (NORMAL IL A LE NOM DE FAMILLE QUI VAS AVEC, NOUS AVIONS LE GÉANT MOUSSA SADR) ICI AU LIBAN A LA PLACE DE CE SAYYED QUI SE CACHE ET QUIE NE SAIT QUE CRIER ET LEVER LE DOIGT … MOKTADA SADR A COMPRIS 2 choses une Î NE FAUT JAMAIS FAIRE CONFIANCE A L’OCCIDENT ET CERTAINEMENT ENCORE MOINS AVEC L’IRAN

Bery tus

18 h 58, le 01 août 2022

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • QU’EST CE QUE J’AURAIS AIMER AVOIR LE GRAND MOKDATA SADR (NORMAL IL A LE NOM DE FAMILLE QUI VAS AVEC, NOUS AVIONS LE GÉANT MOUSSA SADR) ICI AU LIBAN A LA PLACE DE CE SAYYED QUI SE CACHE ET QUIE NE SAIT QUE CRIER ET LEVER LE DOIGT … MOKTADA SADR A COMPRIS 2 choses une Î NE FAUT JAMAIS FAIRE CONFIANCE A L’OCCIDENT ET CERTAINEMENT ENCORE MOINS AVEC L’IRAN

    Bery tus

    18 h 58, le 01 août 2022

  • MY MAN MOKTADA SADER

    Gaby SIOUFI

    14 h 32, le 01 août 2022

  • UN PATRIOTE IRAKIEN. PAS COMME LES VENDUS DE CHEZ NOUS.

    LA LIBRE EXPRESSION NE COMMENTE PAS.ELLE CONSEILLE

    12 h 20, le 01 août 2022

  • en Irak, ce sont les civils qui envahissent le parlement, au Liban ce sont les parlementaires et leurs milice qui envahissent les civils. et on se croit toujours issus de la cuisse de jupiter nous autres au Liban

    Gaby SIOUFI

    09 h 19, le 01 août 2022

Retour en haut