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Lifestyle - Page Blanche

Rentrer au Liban

Rentrer au Liban

Photo M.A.

Rentrer au Liban a plusieurs significations. Il y a ceux qui rentrent de voyage après un séjour professionnel ou des vacances et il y a ceux qui viennent rendre visite à des proches ou y passer leurs congés. Et lorsqu’on regarde ces gens, ils ont sur le visage des émotions et des expressions différentes. L’arrivée à l’aéroport de Beyrouth quand on a été respirer un autre air n’a rien d’heureux ou d’honorable. L’arrivée à Beyrouth est difficile. Elle l’est dès qu’on échoue au comptoir de l’aéroport du pays que l’on quitte. Automatiquement, les vacances sont terminées. Les marmots braillent, les parents ne cherchent même pas à les calmer. D’autres tentent, tant bien que mal, de vous doubler dans la queue, avec un rire gras, propre aux Libanais. Nous sommes loud, on ne peut rien y faire. Dans cette queue immense où sont entassés valises et passagers nerveux, on ne se ressemble pas. Le cœur lourd de devoir revenir à cette misérable vie qui est la nôtre, je regarde ces voyageurs venus de partout. Il y a ceux qui, comme nous, rentrent de vacances, l’âme en peine. Après avoir trempé dans une mer de cristal, dormi sous le soleil, bercés par le chant des cigales, mangé de la salade grecque tous les jours, on sait que l’atterrissage va être difficile. Que même si l’ambiance est un peu plus légère durant la période estivale, le Liban, ce n’est pas la Grèce. Derrière nous, il y a cette famille qui vient d’Allemagne, faisant escale avant d’atteindre la terre promise. Cela fait trois ans qu’ils ne sont pas revenus. Ils expliquent en allemand à leurs enfants qui ne parlent pas l’arabe qu’ils vont directement se rendre chez téta et jeddo. Eux sont heureux. Ils rentrent « à la maison ». Ils vont manger des kneffés et des fouérigh, s’asseoir sur la balançoire de la véranda et humer le parfum des figuiers de leur village. Il y a aussi ce couple de personnes âgées qui sont allées rendre visite à leurs enfants à Toronto. Un peu perdus, ils ne savent pas quoi faire quand la jeune femme leur dit qu’ils ont un excédent de bagages. Ne maîtrisant pas bien l’anglais, ils n’y comprennent pas grand-chose. On s’approche d’eux pour leur dire quoi faire, sous les cris d’un jeune couple en lune de miel qui essaie de magouiller quelque chose lors de leur passage à la détaxe. Tout ce beau monde se rend au duty free. Certains achètent de la féta pour se remémorer les saveurs de leurs déjeuners, d’autres de grands sacs de Toblerone pour leurs petits cousins. Et moi, j’erre entre les rayons, espérant secrètement que le vol sera annulé. L’embarquement commence. Serrés les uns contre les autres, on monte à bord. Un bébé pleure, une dame nous roule sur les pieds, son carry-on étant beaucoup trop grand, et, bien évidemment, on ne trouve pas de place pour ranger le nôtre. Je somnole et je me réveille au moment où les roues de l’avion touchent le tarmac. Quelques applaudissements, et avant même que l’engin se soit arrêté, tout le monde se bouscule. Les portes s’ouvrent et soudain, une immonde odeur d’urine fétide nous prend à la gueule. Le couloir qui nous mène au Amn el-aam empeste. La chute est rude. Ahla bi hal Tallé. Ahleyn. « Nous sommes heureux et honorés… » Please, ta gueule. Les employés de la Sûreté générale font la tronche. On les comprend. Une fois les passeports tamponnés, on se dirige bon gré, mal gré vers le tapis des bagages. Les valises jonchent le sol. Il y en a venues de partout. C’est un bordel sans nom. Je peine à trouver un chariot, les 3etel les ont tous pris. Une femme, à côté de moi, craint pour ses valises (je la comprends). Heureusement, elles arrivent. On a eu de la chance. Et là, c’est la sortie vers la moiteur et la nuit noire. « Taxi ? » « Taxi ? » Non merci, ça va aller. Et puis les rires éclatent. Un groupe de chabeb sont venus accueillir leur copain parti étudier à l’étranger. Une femme, les yeux embués, court vers sa fille. Il n’y a rien à dire, leur joie est un peu contagieuse. On est tous rentrés à la maison.

Chroniqueuse, Médéa Azouri anime avec Mouin Jaber « Sarde After Dinner », un podcast où ils discutent librement et sans censure d’un large éventail de sujets avec des invités de tous horizons. Tous les dimanches à 21h, heure de Beyrouth.

Épisode du 10 juillet : La danse dans le monde arabe, Nadra Assaf.

https://youtu.be/cRB7dDoKQqY


Rentrer au Liban a plusieurs significations. Il y a ceux qui rentrent de voyage après un séjour professionnel ou des vacances et il y a ceux qui viennent rendre visite à des proches ou y passer leurs congés. Et lorsqu’on regarde ces gens, ils ont sur le visage des émotions et des expressions différentes. L’arrivée à l’aéroport de Beyrouth quand on a été respirer un autre air...

commentaires (2)

Un plaisir de vous lire Mme Azouri. Un texte vivant, réel et loin des fanfaronnades politiques.

Adel Chehade

15 h 17, le 21 juillet 2022

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Commentaires (2)

  • Un plaisir de vous lire Mme Azouri. Un texte vivant, réel et loin des fanfaronnades politiques.

    Adel Chehade

    15 h 17, le 21 juillet 2022

  • C’est aussi pire à l aéroport de montreal

    Robert Moumdjian

    05 h 50, le 21 juillet 2022

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