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Moyen-Orient - Rapport

Du phosphate syrien exporté vers l’Europe au profit d’une compagnie russe

Du phosphate syrien exporté vers l’Europe au profit d’une compagnie russe

Un navire russe quittant le port de Tartous, en Syrie, le 26 septembre 2019. Maxime Popov/AFP

Du phosphate extrait en Syrie et utilisé pour produire des engrais est à nouveau exporté vers l’Europe, au profit d’une entreprise russe et du régime de Damas frappés par des sanctions internationales, indique un rapport publié jeudi.

L’Italie, la Bulgarie, l’Espagne et la Pologne font partie des pays membres de l’Union européenne qui importent du phosphate syrien, selon le rapport d’un consortium de journalistes d’enquête dirigé par Lighthouse Reports et l’Organized Crime and Corruption Reporting Project.

La Serbie et l’Ukraine sont aussi de gros consommateurs de phosphate syrien. Selon l’enquête, qui cite des documents douaniers et des données commerciales, la Serbie a importé pour 72 millions de dollars depuis 2017 et l’Ukraine pour 30 millions de dollars au cours des quatre dernières années.

L’Italie et la Bulgarie ont également relancé leurs importations de ce minerai ces deux dernières années.

L’Espagne et la Pologne ont commencé à importer du phosphate syrien en janvier, respectivement à hauteur d’environ 900 000 et 37 000 dollars cette année, selon des chiffres rapportés à l’ONU.

Le commerce se développe rapidement alors que la guerre en Ukraine fait grimper les prix des engrais et des phosphates, augmentant la demande de phosphate syrien bon marché et de haute qualité, une des principales exportations de la Syrie avant le déclenchement de la guerre en 2011, selon le rapport.

Des ventes discrètes

Les sanctions internationales imposées sur le régime de Bachar el-Assad depuis le début de la guerre n’interdisent pas l’exportation du phosphate syrien, mais des personnalités russes et syriennes, visées par des sanctions européennes ou américaines, sont impliquées dans ce commerce, toujours selon le rapport.

Les accords d’exportation sont gérés par des compagnies liées à Stroytransgaz, un géant russe de la construction, qui dirige le port de Tartous, un des plus importants de Syrie.

La société russe, possédée à 80 % par un oligarque proche du Kremlin, contrôle aussi des usines d’engrais gérées par l’État syrien, ainsi que le droit d’extraire et de vendre des phosphates d’une mine importante sur une durée de 50 ans.

Selon le contrat conclu entre le régime Assad et Stroytransgaz, cité dans le rapport, 30 % des revenus des ventes de phosphate sont réservés à l’État syrien.

Stroytransgaz, qui est sous le coup de sanctions occidentales depuis l’annexion par Moscou de la péninsule ukrainienne de Crimée en mars 2014, nie travailler en Syrie, mais l’enquête révèle que de hauts responsables de la société russe supervisent ces contrats.

Les ventes vers l’Europe se font discrètement : les cargos désactivent leurs systèmes de suivi en se dirigeant vers la Syrie et réapparaissent plus tard en route vers l’Europe, d’après l’enquête.

Connexions libanaises

Pire encore, les ventes à l’Europe alimentent un réseau complexe de sociétés fictives et d’intermédiaires, dont la compagnie maritime libanaise Mediterranean Petroleum and Shipping, a révélé l’enquête. Deux entreprises gérées par un homme d’affaires libanais ont facilité l’arrivée de phosphate syrien en Serbie via la Roumanie, a précisé le rapport.

En Syrie, les ventes de phosphate à des pays européens contribuent à enrichir des profiteurs de guerre syriens et russes, notamment une milice syrienne qui s’est convertie en une agence de sécurité et qui est dirigée par deux personnes affiliées au régime Assad, ajoute le rapport.

Le document affirme enfin que ce commerce ne profite pas aux agriculteurs syriens qui sont en difficulté depuis que le gouvernement a supprimé, il y a un an, les subventions sur les engrais sur fond de pénuries et d’inflation.

Source : AFP


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