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Culture - Une journée avec...

La chanteuse Frida, une rebelle qui prône l’amour

Après Deir el-Qamar, le temple de Niha et le Sporting Club, Frida sera ce soir dans les jardins publics à Zouk Mikaël pour sa dernière performance dans le cadre de la 22e édition de la fête de la Musique au Liban, organisée par l’Institut français. « L’Orient-le Jour » a passé une journée avec l’artiste. Un simple moment de grâce...

La chanteuse Frida, une rebelle qui prône l’amour

Frida lors de son concert au Sporting Club de Beyrouth dans le cadre de la fête de la Musique : la puissance de la voix et le don du partage. Photo Putzi Productions

Si, en philosophie, la définition d’une vie bonne est celle d’un être en parfaite harmonie avec le cosmos, alors Frida est définitivement une femme heureuse ! Et si cette artiste au regard de lumière et au teint de voie lactée danse pieds nus, c’est que Frida est toujours en connexion avec la terre nourricière, qu’elle tire son énergie de tout ce que la vie lui offre, qu’elle puise ses forces de la nature et de ses ressources, de la force des rochers, du mouvement des nuages, du souffle du vent et du ressac des vagues. Alors, laissez vos angoisses, vos appréhensions, vos phobies et vos peurs au seuil de sa porte et préparez-vous à une rencontre au niveau humain. Pour elle, le bonheur est un état d’esprit, une connexion avec l’univers qu’il faut rétablir, et la joie de vivre est d’abord un choix, mais qu’il faut constamment revisiter.

Frida et Simba, une amitié indéfectible. Photo D.M.

Frida et Simba

Dans son appartement situé sur une colline élevée de la montagne libanaise, nous sommes accueillis par Simba, qui n’est pas un chien, compte tenu du regard qu’il vous lance, du mouvement de son corps, de sa démarche altière et de sa présence forte et corporelle? et on a presque l’impression de l’entendre vous dire : « Bienvenue chez ma maîtresse, elle et moi, c’est une longue histoire d’amour ! » Simba assiste à l’entrevue avec attention et toute l’affection qui se dégage de ses yeux lorsqu’il tourne la tête vers Frida. De la fenêtre de l’appartement, on remarque deux grues qui éventrent la terre. « C’était une belle forêt, confie l’artiste, que Simba et moi avions l’habitude de parcourir tous les matins pour nous ressourcer. La déforestation fut un acte violent dans notre quotidien et une période de deuil que l’on nous a imposée, on m’arrachait une partie de moi-même, c’est ce qui m’a poussée par ailleurs à accepter un voyage au Mexique pour m’éloigner du bruit, comme quoi, l’univers a toujours des desseins cachés… »

Frida en totale osmose avec son public. Photo Pia Chaib

Frida et l’univers

Issue de l’univers des grandes compagnies, spécialisée autrefois en conseils, son terrain expérimental n’avait pas de limites et Frida se battait sans arrêt pour l’optimisation des ressources humaines en développant des stratégies d’organisation. La musique s’est présentée à elle comme un cadeau du ciel, elle qui n’a jamais fait de démo, n’a jamais frappé aux portes, ni pris des cours de chants ou joué d’un instrument. « C’est la force de l’univers qui s’est chargée de me porter, confie-t-elle. Plutôt que d’aller à la quête de l’événement qui transformera ta vie, il te suffit d’augmenter ton énergie et de te placer sur la bonne fréquence pour établir un pouvoir magnétique qui fera venir les choses à toi. » Lorsqu’elle entame son parcours spirituel, Frida décide de se pencher sur la corrélation entre la joie, l’intuition et la créativité, et décide d’écrire sa première chanson. Adepte de la puissance du pouvoir créatif de tout être humain, elle est persuadée que l’homme qui se confine à ce qu’il a appris à faire passe à côté de ses talents qu’il se doit de découvrir. « La musique s’est présentée à moi comme le langage d’expression de cette réalité que je percevais et de cette connexion qu’il me fallait établir. Elle m’a permis d’extérioriser tout ce que j’avais absorbé durant des années. L’état d’être complet dans lequel la musique me mettait me confirmait toute la différence entre la connaissance et la sagesse. Moi qui lisais un livre par jour, j’ai décidé en 2012 d’abandonner la lecture. Sur Google, la connaissance est à portée de tous, par contre, la sagesse est acquise lorsqu’on s’approprie cette connaissance et qu’on la fait sienne. J’étais une très belle encyclopédie, mais je n’avais pas le temps de transformer mon savoir en un pouvoir constructif, la musique a changé la donne. J’écris toutes mes chansons lorsque je suis dans cet état d’être, un état réceptif loin de la réflexion. Guidée par ma voix interne. » Et si Frida a composé ses albums sans avoir appris à chanter, cela prouve pour l’artiste combien l’être humain a déjà toutes les réponses en lui, et le pouvoir de se connecter et de contrôler ses énergies positives. « Dans la vie, tout est énergie, dit-elle. Nous sommes des êtres vibratoires à des densités différentes, et cela dépend, pareil aux fréquences musicales, sur laquelle nous nous plaçons. Quand nous sommes sur la mauvaise fréquence, c’est la loi des séries, mais il suffit de changer de fréquence en contrôlant son esprit et en se concentrant sur le bien pour devenir son propre gourou et pour que le monde s’ouvre à chacun. Quand l’homme se remplit et se noie d’amour, il devient un faiseur de miracles et tout l’univers œuvre pour sa joie. »

Frida s’arrête sur sa lancée. Il est déjà l’heure de partir pour son prochain rendez-vous. « Je reviens vite », lance-t-elle à Simba. Ce dernier la regarde avec l’air de lui répondre : « Je sais… » Et nous voilà en route pour la station télévisée Mariam TV où Frida est invitée pour débattre de l’événement, la fête de la Musique.

Frida très à l’aise sur le plateau télé. Photo DR

Frida et la télé

Dans les studios de Mariam TV, Frida est invitée, dans le cadre de l’émission al-Waad, aux côtés de Marielle Salloum, chargée de communication et relations presse à l’Institut français du Liban, qui débat de la mission de l’IFL dans la transmission de la culture et dans l’encouragement continuel et le soutien que l’institut prodigue aux artistes à travers des projets qu’il propose toute l’année durant. Frida fait la différence en rentrant pieds nus sur le plateau. La responsable de production lui fera remarquer que les prises seront larges, et l’artiste chausse à nouveau ses tongs. Elle qui n’est pas une habituée des plateaux semble à l’aise parce que Frida est comme ça, toujours bien avec elle-même. Elle avoue que les concerts qu’elle a présentés étaient empreints d’amour et de partage, et remercie les membres de l’équipe de l’IFL pour leur détermination et l’importance de leur mission. Et de conclure : « Propager l’amour et la joie, c’est ma mission à moi et dans la sacralité de la liberté, toujours… »

Le troisième rendez-vous se profile à l’horizon, direction la salle où Frida retrouve ses musiciens pour un dernier filage.

Frida et ses musiciens

Ils sont ses lieutenants, sa famille de cœur, ses Hermès pour propager le beau, parce que ce que Frida sait faire de mieux, c’est transmettre le beau. Pause-café avec galettes de thym en sus, l’artiste, après avoir distribué un câlin à chacun, réunit ses musiciens pour leur donner le carnet de route qu’ils devront suivre et le choix des titres qui seront joués à Zouk Mikaël, son quatrième et dernier concert après Deir el-Qamar, Niha et le Sporting Club de Beyrouth.

La répétition commence, nous ne sommes plus dans le même état physique. La voix de Frida suave et profonde est un remède à tous les maux, une réponse à toutes les questions. La clim est-elle élevée ? Ou la chair de poule est-elle la manifestation physique de la voix de cette femme ?

La mélodie de Sous le ciel de Paris donne le « la », et le reste va ressembler à un voyage dans le monde de l’émotion, celui que chaque spectateur fera lorsqu’il assistera à un concert de Frida. Il s’agit de douleur et de remède, il s’agit de bonheur et de sa transmission, il s’agit aussi de mauvaise fortune et de mauvais sort qu’il faut renverser et de souffle, le sien et le nôtre, coupé au son de sa voix et qu’il nous faut reprendre.

Frida à la guitare, Rami Akiel manie tantôt du mélodica, tantôt du qanoun, Scarlett Saad au piano, Patrick Abi Abdallah à la batterie et à la percussion, et Anthony Atoué à la basse. Frida entame sa première chanson Baní boomeh. La puissance de sa voix, la portée son timbre qui semble venir des profondeurs de cette terre qu’elle affectionne nous transporte. Ya sadiqi (Mon ami) aborde le thème de la solitude à démonter parce qu’on n’est jamais seul lorsqu’on a un ami, de la puissance d’être à plusieurs, pour gravir tous les sommets et devenir les montagnes, la mer et les navires qui la traversent. Ana min, une chanson qui aborde la recherche de soi ou d’un autre moi-même, car la force de Frida, elle, est d’être l’univers entier ; elle peut être l’oiseau qui se pose à sa fenêtre, l’arbre que l’on vient de couper sous sa maison, le petit enfant qui lui tend la main pieds nus, elle est l’univers parce que l’univers est en elle et que, pour le retrouver, il suffit de se préparer à sa venue. La musique de Frida, c’est d’abord les instruments qui l’accompagnent, mais c’est aussi ses paumes qui battent la mesure, sa voix qui prend tous les accords à bras-le-corps, c’est le battement de ses pieds nus sur le sol et sa robe qu’elle fait virevolter.

Elle entame La valse des bisous, une de ses premières chansons en français, vous donne envie d’embrasser et d’étreindre le monde entier. Sauf que ce que l’artiste préfère par-dessus tout, c’est chanter en libanais, « car c’est une langue dont le sens des mots est en accord avec le son que l’on fait lorsqu’on les prononce », dit-elle.

Frida et la scène

Avant de monter sur scène, l’artiste confie avoir un rituel. Elle s’isole avec ses cinq musiciens pour méditer et unifier les champs magnétiques de leurs cœurs et devenir une seule entité. Elle les guide dans la méditation. « Une fois sur scène, dit-elle, nous sommes connectés verticalement et l’un à l’autre, et il arrive souvent que l’on s’entende réfléchir. Nous avons une approche très coopérative. Chacun de nous possède son propre univers, son expérience. Recréer les chansons, les penser à nouveau tous ensemble rend la musique plus riche et mes musiciens plus heureux. »

Il est l’heure de se quitter, mais on ne quitte jamais Frida, elle a pris possession d’une partie de nous, et pour l’avoir une fois entendue, nous la portons à jamais dans notre tête et dans nos cœurs.

(*) Frida sera ce samedi 25 juin en concert à Zouk Mikaël dans le cadre de la fête de la Musique organisée par l’Institut français du Liban. Et à partir du 22 septembre, en tournée à travers la Suisse (Bernes, Zurich, Fribourg et Bâle), et en octobre à Paris.


Si, en philosophie, la définition d’une vie bonne est celle d’un être en parfaite harmonie avec le cosmos, alors Frida est définitivement une femme heureuse ! Et si cette artiste au regard de lumière et au teint de voie lactée danse pieds nus, c’est que Frida est toujours en connexion avec la terre nourricière, qu’elle tire son énergie de tout ce que la vie lui offre, qu’elle...

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