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Les grandes vacances


Allons bon, voilà que la route de l’aéroport fait peau neuve. Remisés, en effet, sont nombre de ces portraits géants de chefs iraniens qui bordaient outrageusement la voie, au profit de panneaux vantant cette fois les charmes du tourisme libanais. Attendus avec impatience pour la saison estivale (eux et leurs dollars tout frais), nos expatriés pourront enfin, dès leur descente d’avion, constater qu’ils sont bel et bien chez eux, et non dans quelque province de la République des mollahs.


Rien que pour cette première bouffée de home, sweet home fleurant bon les vacances, l’événement valait d’être relevé. On ne se fera pas trop d’illusions toutefois sur le civisme dont a subitement fait preuve le Hezbollah en accédant de bonne grâce à la requête des autorités touristiques. La crise actuelle n’épargne aucune couche de la population, aucune clientèle idéologique ou sectaire ; aucun effort, aucun sacrifice n’est donc de trop pour éviter d’effaroucher cet afflux fort bienvenu de billets verts. Mais surtout, rien ne change vraiment pour ce qui est de l’essentiel, dans un pays souffrant de mille plaies aux divers plans politique, sécuritaire, judiciaire, socio-économique, financier et autres. Le plus grave de tous ces maux reste cependant cette insolente impunité couvrant toutes sortes de crimes et qui fait tristement du Liban l’archétype des pays de non-droit.


C’est précisément ce que vient rappeler la dernière sentence du Tribunal spécial pour le Liban, qui a condamné par contumace deux membres du Hezbollah à la détention à perpétuité dans l’affaire de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Rien là de bien nouveau, puisqu’un premier cadre de la milice avait déjà été condamné, toujours in absentia. Ce qui frappe en revanche, c’est l’appel qu’a lancé le procureur Norman Farrell pour que soient livrés au TSL ces personnages convaincus, a-t-il souligné, de meurtre prémédité et d’acte de terrorisme.


Car cet appel, le magistrat canadien ne s’est même pas donné la peine de l’adresser aux autorités officielles libanaises, dont l’incapacité est ainsi tenue pour acquise : hors du coup l’État, qui a d’ailleurs observé dans toute cette affaire un stupéfiant silence radio ! Non sans candeur, c’est de ceux-là mêmes qui assurent abri et protection aux trois hommes que le procureur attend un beau geste. Vœu pieux, encore, que son espoir de voir la communauté internationale contribuer à leur arrestation ; car leurs vacances, les fugitifs se satisferont volontiers de les passer peinards, choyés, traités en héros dans leur inviolable sanctuaire libanais…


Des vacances forcées, c’est l’État qui en prend lui aussi, alors que le temps presse et que s’accumulent les dossiers en souffrance. Ce n’est que cinq bonnes semaines après les législatives et la conséquente démission du gouvernement que l’Assemblée est invitée à désigner un nouveau Premier ministre. Si on n’est pas trop pressé de conclure, c’est parce que l’on s’obstine à mettre la charrette devant les bœufs, à former le gouvernement avant d’en avoir mandaté le chef, à se disputer les parts les plus consistantes du gâteau. Chantage et extorsion sont ainsi pratiqués à grande échelle ; le plus révoltant toutefois est que c’est le culte de cette funeste règle d’’impunité, encore elle, qui prend le pas désormais sur les classiques, les banales ambitions politiques.


C’est pour enterrer définitivement tous les cadavres laissés par sa longue et catastrophique gestion de l’électricité que Gebran Bassil exige qu’on lui restitue le département, faute de quoi, ce serait le blocage. Ailleurs, ce sont par exemple les ministres poursuivis dans l’affaire de la monstrueuse explosion de 2020 dans le port de Beyrouth qui devront être, coûte que coûte, équipés de blindages ministériels.


Vacances garanties, que pourrait encore demander le peuple ?

Issa GORAIEB

[email protected]


Allons bon, voilà que la route de l’aéroport fait peau neuve. Remisés, en effet, sont nombre de ces portraits géants de chefs iraniens qui bordaient outrageusement la voie, au profit de panneaux vantant cette fois les charmes du tourisme libanais. Attendus avec impatience pour la saison estivale (eux et leurs dollars tout frais), nos expatriés pourront enfin, dès leur descente d’avion,...