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Nos Lecteurs ont la Parole

Lettre ouverte aux juges libanais

Mesdames et Messieurs les juges, ceux d’entre vous à qui je m’adresse se reconnaîtront eux-mêmes avant que Dieu ne reconnaisse les siens.

Vous avez toutes et tous fait de hautes études. Déjà à l’école, on vous a enseigné, pour un certain nombre d’entre vous, les principes de la religion. Puis vous avez suivi des études de droit soit au Liban, soit en France, dans les meilleures universités, où l’on vous a inculqué les principes de justice, de morale, de vérité. Certains d’entre vous ont même poursuivi des études supérieures de droit ou obtenu un doctorat, d’autres ont écrit des ouvrages juridiques. Puis pour devenir magistrat, vous avez suivi pour la plupart des études spéciales à l’issue desquelles vous avez prêté le serment de juger toujours en votre âme et conscience et de faire prévaloir le droit, la justice et la vérité sur toute autre considération.

Qu’avez-vous fait de tous ces principes ? Pourquoi avez-vous failli à votre serment ? Par appât du gain, par lâcheté, à cause de liens privilégiés avec un leader politique ou un banquier ? Comment avez-vous laissé ce pays arriver à cet état de déliquescence au point qu’il est devenu aux yeux de la communauté internationale un État failli, un État voyou, l’un des pays les plus corrompus au monde ?

Certains d’entre vous ont condamné des faibles et ont épargné des puissants, d’autres ont condamné et jeté en prison celui qui a volé une poule sur l’étal d’un supermarché ou une bicyclette et ont laissé en liberté ceux qui ont volé des milliards de dollars en puisant dans les caisses de l’État ou dans les comptes des déposants dans les banques. D’autres refusent depuis près de trois ans de faire droit aux revendications légitimes des déposants spoliés par les banques.

Comment avez-vous laissé ce pays, votre pays, celui surtout de vos enfants et de vos petits-enfants, arriver à cet état de délabrement et de non-droit ?

Vous avez protégé les riches et les puissants et condamné les faibles et les victimes, qui par appât du gain, qui par manque de courage, qui pour faire plaisir à un puissant ou par complaisance envers un leader politique. Vos enfants et vos petits-

enfants ne vous pardonneront jamais de leur avoir laissé un pays en ruine, un pays en lambeaux, un État voyou, une sorte de jungle sans foi ni loi.

C’est sur vos épaules, Mesdames et Messieurs les juges, que repose maintenant la lourde tâche de redresser ce pays et de le faire sortir de l’état de non-droit. Il est encore temps de le faire. Des politiciens, il n’y a rien à attendre car ils sont pour la plupart corrompus jusqu’à la moelle, des banquiers non plus car se comporter en requin est dans leur ADN.

Vous seuls êtes capables de renverser le cours des événements, cette chute inexorable du Liban dans le ravin, en condamnant sévèrement les corrompus, les voleurs, les criminels, quels que soient leur statut social, leur fortune ou leur position dans la hiérarchie politique. Car rendre la justice, dire le droit est censé être dans votre ADN. Si vous le faites, le peuple élèvera des monuments en votre honneur, vous serez de véritables héros. Vous en êtes capables si vous le décidez. Ayez le courage de le faire, pensez à votre progéniture avant de penser au peuple de votre pays. Si vous n’en êtes pas capables, si on vous empêche de le faire, si les puissances du mal sont plus fortes que votre ferme résolution, il est tout à votre honneur alors que vous en alertiez l’opinion publique et que vous démissionniez collectivement.

Bon courage. Bonne chance.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Mesdames et Messieurs les juges, ceux d’entre vous à qui je m’adresse se reconnaîtront eux-mêmes avant que Dieu ne reconnaisse les siens.Vous avez toutes et tous fait de hautes études. Déjà à l’école, on vous a enseigné, pour un certain nombre d’entre vous, les principes de la religion. Puis vous avez suivi des études de droit soit au Liban, soit en France, dans les meilleures...

commentaires (1)

Amen inchallah

Eleni Caridopoulou

20 h 04, le 18 juin 2022

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Commentaires (1)

  • Amen inchallah

    Eleni Caridopoulou

    20 h 04, le 18 juin 2022

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