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Culture - Initiative

A l'Alba, les artistes d’aujourd’hui viennent au secours de ceux de demain

À l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA), l’Expo du cœur, une initiative organisée par l’amicale de l’ALBA, réunit plus d’une cinquantaine d’artistes libanais qui se mobilisent pour présenter des œuvres dont les profits seront reversés aux étudiants en difficulté.

A l'Alba, les artistes d’aujourd’hui viennent au secours de ceux de demain

Une œuvre signée Imad Fakhri. Photo DR

L’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA) a formé des dizaines de générations, bravé les affres de la guerre, traversé le temps et ses méandres. Elle a toujours véhiculé des valeurs essentielles, porté ses étudiants vers des horizons glorieux, les a formés à l’école du beau et de la maîtrise de la technique pour franchir les frontières portant leurs créations, leur savoir-faire et leur appartenance et faire la fierté du Liban. Fondée en 1937, l’ALBA se consacre depuis 1959 à l’enseignement des beaux-arts et comprend actuellement l’école d’architecture, l’école des arts plastiques et arts appliqués, l’école des arts décoratifs – avec des sections pour l’architecture d’intérieur, les arts graphiques et de publicité ainsi que de design de mobilier – sans oublier l’école de cinéma et de réalisation audiovisuelle ainsi que l’institut d’urbanisme. Elle fait aujourd’hui partie de l’Université de Balamand.

Une photographie signée Joe Kesrouani. Photo DR

Dans un souci d’unité et de cohérence, mais aussi d’esprit d’équipe, d’échanges et de complémentarité, l’amicale de l’ALBA, qui regroupe les anciens, affirme s’être « toujours engagée à établir de solides liens de fraternité, d’entente, d’entraide et de solidarité pour être toujours à l’écoute des générations d’artistes que l’université forme ». Elle comprend aujourd’hui plus de 4 000 membres, organise des événements tout au long de l’année, s’occupe bien sûr de moments conviviaux avec des dîners et des loteries à l’appui au profit de ses élèves et œuvre à créer de nouvelles dynamiques afin de venir en aide aux étudiants tout en se préoccupant de leur avenir. Cette année, son engagement ne s’arrête pas là. Du 3 au 6 juin, l’amicale organise une exposition intitulée l’« Expo du cœur ». Un collectif qui réunira de grands talents libanais et dont les profits seront reversés aux étudiants dans le besoin.

Une sculpture de Randa Nehmé. Photo DR

Précurseurs de l’avenir

Parce qu’ils sont nombreux à subir les contrecoups d’une crise économique inédite, se battant pour venir à bout de leur année universitaire – certains acculés à prendre de petits boulots, à jongler entre les heures de cours et les heures de travail, voire quelque fois, à abandonner –, l’amicale de l’ALBA a lancé un appel à tous les anciens de l’académie devenus aujourd’hui des artistes accomplis, afin de monter cette exposition collective. « Nous avons utilisé les réseaux sociaux, confie Fawzi Nasr, président de l’amicale et directeur de l’école d’architecture, et les retours ont été au-delà de nos espérances. Plus de 200 œuvres comprenant sculptures, peintures, photographies et céramiques seront exposées dans la salle polyvalente à l’entrée de l’académie et nous avons même été contraints d’en refuser quelques-unes par manque de place. Les artistes ont pris à leur compte tous les frais et reversent la moitié de leurs profits pour subventionner la scolarité des étudiants. »

Une oeuvre de l’artiste Carole Chaker. Photo DR

Et Liliane Jamo Maalouly, responsable des relations publiques et membre de l’amicale, d’ajouter : « Nous sommes responsables de préserver le niveau culturel et artistique en tant qu’amicale, et c’est également le souhait d’André Bekhazi, doyen de l’université et parrain de ce projet. C’est pour cela que l’on déploie toute notre énergie à réfléchir à des initiatives afin que l’art résiste et persiste. L’Expo du cœur a pour ambition de se déplacer à l’intérieur du pays et peut être à l’extérieur si l’infrastructure nous le permet. » « Une décision importante a été prise, rebondit le président, cet événement sera désormais annuel. » Pour Jean-Louis Mainguy, directeur de l’école des arts décoratifs et de l’école d’architecture d’intérieure et de design d’espaces, responsable de la scénographie de l’événement, l’exposition révèle un élément essentiel. « C’est une approche, relève-t-il, qui nous laisse voir l’ensemble d’une réflexion générationnelle sur l’avenir de l’art au Liban, une façon de préfigurer à quoi ressemblera demain. » Et d’enchaîner : « Le 4 août a été un moment révélateur et déclencheur qui a donné aux artistes l’occasion d’aller dans des introspections plus approfondies dans leur approche artistique. Dans les artistes accomplis, déclare Jean-Louis Mainguy, certains ont été mes élèves, d’autres sont devenus des collègues dans la profession, mais d’autres, qui sont en recherche permanente – Charles Khoury, Imad Fakhri, Youssef Aoun, Joseph Harb, Aida Salloum, Carole Chaker, Leila Jreidini pour n’en citer que quelques-uns –, nous donnent la possibilité de réfléchir sur l’avenir de la profession et de l’art en général. Ce sont les précurseurs de l’avenir qui attend les nouvelles générations. »

Une toile du peintre Youssef Aoun. Photo DR

« Nos artistes sont notre victoire »

La sculpture placée dans l’axe de la pyramide à l’entrée de la salle polyvalente où l’Expo du cœur prendra place est une création de Jean-Louis Mainguy et fait partie, avec la pyramide, d’une installation créée en 2002 pour le Showhouse de la villa Audi. Sa symbolique est éloquente et à propos. « Autrefois, explique l’architecte, pour honorer une bataille navale gagnée, des sculptures nommées “victoires” étaient mises en proue du navire pour annoncer, à l’entrée du port, aux concitoyens qui les attendaient et apaiser leurs doutes, la victoire des guerriers partis au combat. Ma “victoire” revisite le passé. Formée d’un fragment de sculpture hellénistique en marbre et patine, elle est complétée par des éléments contemporains notamment les deux ailes en bois (inspirées des dessins de Léonard de Vinci pour l’envol) et trône altière et fière. »

Une sculpture de Zaven Hadichian. Photo DR

Parce que l’art éduque, permet de développer des capacités ou d’en créer de nouvelles, parce que l’immortalité d’une société est tributaire de ses artistes (témoins de l’histoire), l’art contribue au développement de l’individu, joue un rôle majeur fondamental dans le développement d’un pays et permet d’échapper au destin de l’enfermement. S’il ne peut pas changer le monde, l’art peut changer notre vision du monde. Pour Jean-Louis Mainguy, « cette victoire est un souhait de remettre le passé au présent, de remettre cette fiction à l’intérieur de notre quotidien. Nous sommes face à tant de batailles, enfermés dans un quotidien qui ne trouve plus son sens que dans une triste dynamique, celle de la survie, nous éloignant inexorablement des valeurs essentielles que procure l’art, qu’il nous faut mettre cette victoire sur la proue de notre navire, de manière à ce que l’on puisse encore espérer aller de l’avant. Et les ailes, symboliques d’un envol, seront celui de notre pays vers des horizons plus cléments et plus glorieux ».

L’Expo du cœur

Exposition collective d’artistes plasticiens à la salle polyvalente de l’ALBA par l’amicale des anciens. Vernissage vendredi 3 juin à 18h30.

Du 3 au 6 juin de 17h à 20h.

L’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA) a formé des dizaines de générations, bravé les affres de la guerre, traversé le temps et ses méandres. Elle a toujours véhiculé des valeurs essentielles, porté ses étudiants vers des horizons glorieux, les a formés à l’école du beau et de la maîtrise de la technique pour franchir les frontières portant leurs créations, leur savoir-faire et leur appartenance et faire la fierté du Liban. Fondée en 1937, l’ALBA se consacre depuis 1959 à l’enseignement des beaux-arts et comprend actuellement l’école d’architecture, l’école des arts plastiques et arts appliqués, l’école des arts décoratifs – avec des sections pour l’architecture d’intérieur, les arts graphiques et de publicité ainsi que de design de mobilier – sans oublier l’école de cinéma et de...
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