L'ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU, Linda Thomas-Greenfield le 19 mai 2022 à New York. Photo John Minchillo / POOL / AFP
A la veille de l'expiration de la trêve négociée par l'ONU au Yémen, le gouvernement et les rebelles houthis ne sont pas encore parvenus à un accord sur sa reconduction, menaçant les avancées réalisées ces deux derniers mois sur le plan humanitaire.
Depuis son entrée en vigueur le 2 avril pour une période initiale de deux mois, la trêve a offert un répit au pays, dévasté par sept ans de guerre entre le gouvernement, appuyé par une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite, et les rebelles houthis, soutenus par l'Iran. Outre un cessez-le-feu, relativement respecté, la trêve prévoit une série de mesures devant alléger la souffrance de la population, notamment la réouverture de l'aéroport de Sanaa aux vols commerciaux, la facilitation de l'approvisionnement en carburant et la levée de sièges imposés à certaines villes.
Mercredi, un avion de la compagnie Yemenia a décollé de Sanaa en direction du Caire, assurant la première liaison entre les capitales yéménite et égyptienne depuis 2016. L'avion est parti avec 77 passagers à son bord de l'aéroport de Sanaa, contrôlé par les rebelles houthis et fermé au trafic commercial pendant plus de six ans, a indiqué le bureau de l'envoyé spécial de l'ONU au Yémen.
Il s'agit du septième vol à partir de la capitale depuis l'entrée en vigueur de la trêve, les précédents ayant tous desservi la capitale jordanienne Amman.
L'ONU et les organisations humanitaires ont souligné l'impact positif de la trêve sur la vie des Yéménites, notamment la baisse de moitié du nombre de victimes civiles, l'amélioration de l'approvisionnement en carburant et la possibilité offerte à des centaines d'habitants de la capitale, dont beaucoup de malades, de se rendre à l'étranger.
Mardi, une trentaine d'ONG impliquées sur le terrain ont adressé une lettre ouverte au gouvernement et aux rebelles leur demandant de "prolonger l'accord de trêve" et d'"œuvrer pour la paix".
"Redoubler la pression"
Mais les deux parties s'accusent mutuellement de ne pas avoir tenu la totalité de leurs engagements, et aucune percée n'a encore été annoncée dans les discussions sur une éventuelle reconduction.
Le chef du conseil présidentiel du Yémen, Rashad al-Alimi, qui dirige le gouvernement soutenu par l'Arabie saoudite, s'est entretenu mardi par téléphone avec le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. Le dirigeant yéménite lui a demandé de "redoubler la pression" sur les houthis pour qu'ils respectent leurs "engagements envers la trêve, notamment en ouvrant les routes vers Taëz", a rapporté l'agence de presse officielle Saba.
Cette ville de 600.000 habitants est encerclée par les insurgés depuis des années et les pourparlers organisés par l'ONU la semaine dernière à Amman n'ont pas abouti à l'ouverture des principaux accès.
De leur côté, les rebelles exigent des discussions sur "le versement des salaires (des fonctionnaires, NDLR), les services de base et la politique monétaire", le pays étant confronté à un effondrement de son économie, selon la chaîne de télévision des houthis Al-Massirah.
Mardi, les Etats-Unis ont affirmé que les négociations sur la reconduction de la trêve étaient "difficiles". Les discussions "ne sont pas terminées mais semblent un peu difficiles", a déclaré l'ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU, Linda Thomas-Greenfield.
Le conflit qui oppose depuis 2014 les houthis aux forces du gouvernement a fait des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés. La guerre au Yémen, présentée par l'ONU comme l'une des pires catastrophes humanitaires actuelles au monde, a exposé une grande partie de la population à une situation de faim aiguë, proche de la famine.


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