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La propagande de la haine

La propagande de la haine

Une capture d’écran d’une vidéo, confirmée par la LADE, montre des agents électoraux du Hezbollah mettant des bulletins de vote dans des enveloppes. Capture d’écran de la vidéo publiée par la LADE

Dimanche soir, les bureaux de vote ferment leurs portes. Les électeurs au Liban viennent de voter et de choisir leur candidat, librement, en toute démocratie, innocemment dans certaines régions ou plus sournoisement dans d’autres, accomplissant un devoir de citoyenneté des plus basiques. Sauf qu’au Liban, la notion d’État et de citoyenneté porte un sens totalement différent des démocraties occidentales.

Commence alors un marathon télévisé doublé d’un relais sur les réseaux sociaux ou s’enchaînent les discours les plus haineux qu’un pays puisse connaître, bravant toutes les règles de la déontologie professionnelle et violant gracieusement la liberté d’opinion et toute notion d’objectivité et d’impartialité.

Tandis que certaines chaînes télévisées hésitaient entre discours de propagande et couverture médiatique professionnelle, essayant d’amadouer leurs détracteurs en donnant la parole à différentes tendances politiques, d’autres journalistes ne cachaient plus leur jeu et se sont livrés à une bataille sans pitié en intimidant presque les électeurs aux portes des bureaux de vote. Des violations évidentes du silence électoral dans les bureaux de vote ont aussi entaché ces élections en plus des questions inappropriées posées à des candidats visiblement intimidés et gênés. Reporters chevronnés se sont mêlés à d’autres moins expérimentés recrutés dans l’urgence afin de pouvoir couvrir la totalité des régions électorales, dans une tentative de retransmettre l’ambiance des élections tant attendues dans un contexte de crise socio-économique des plus dures. Scotchés devant leur poste ou les écrans géants dans les bureaux des différents candidats ou partis politiques, les électeurs étaient harangués à longueur de journée dans un sprint final impitoyable où tous les coups étaient permis. Il est évident que les reporters se sont contentés de transmettre des rumeurs ou de petits incidents anodins de disputes entre représentants des candidats et de petites altercations, mais le plus grave se passait ailleurs. Le plus humiliant était l’achat de voix ou, pire encore, quand certains représentants politiques violaient ouvertement le processus électoral en votant à la place des électeurs, allant même jusqu’à les accompagner derrière l’isoloir dans certaines circonscriptions. Nul ne peut prétendre que cela n’est pas dans les habitudes locales mais fait partie d’un folklore de corruption banalisée bien de chez nous durant les élections. Il est cependant outrageux de voir que la notion de citoyenneté est encore tellement loin d’habiter l’esprit des Libanais. Certains allaient même jusqu’à se vanter d’avoir pu extirper plusieurs sommes d’argent de candidats rivaux en leur promettant de voter pour eux.

Certes, les chaînes télévisées s’accusaient les unes les autres en reprochant aux candidats concurrents de se livrer à des manœuvres illégales dès les premières heures, mais il va de soi que presque tous les candidats, sauf les indépendants issus de la contestation du 17 octobre, ont essayé de promettre monts et merveilles à toute personne proposant de vendre son bulletin de vote au plus offrant. Par ailleurs, les Libanais expatriés, qui eux ont voté sous des cieux plus respectueux du jeu démocratique, ont assisté avec dégoût à tout ce cirque télévisé surréaliste qui montre bien que les anciens démons de la corruption des citoyens est toujours présent et que les leçons n’ont pas été tirées, malgré tout ce que le pays a connu au cours des dernières années. En dépit de l’euphorie générale après le triomphe de certains candidats indépendants face aux mastodontes prosyriens dans certaines régions, l’ambiance est restée des plus toxiques et l’image retransmise était celle d’un pays au bas de l’échelle de l’éducation civique, du respect des droits politiques et de la citoyenneté.

Les journaux télévisés du soir même et du lendemain ont montré le degré d’ignorance et de manque de professionnalisme dans un domaine qui prône pourtant la liberté d’expression et l’impartialité. Partout, le Libanais moyen recevait des discours de propagande et de haine communautaire, qui sont de mauvais augure pour les années à venir. Même au niveau des chiffres et des résultats, les médias ont participé joyeusement au chaos des derniers scores, élevant d’un cran la frustration chez les uns et les autres avant que le ministère de l’Intérieur n’arrive tant bien que mal à se prononcer officiellement.

Le ministre de l’Intérieur avait vainement demandé à longueur de journée aux différents médias télévisés de ne pas obscurcir le paysage électoral en diffusant des nouvelles non vérifiées de différentes sources, mais le bilan final de cette journée a été plutôt, et avec tous nos respects, une retransmission de mauvaise foi, bourrée de préjugés, toutes chaînes confondues.


Dimanche soir, les bureaux de vote ferment leurs portes. Les électeurs au Liban viennent de voter et de choisir leur candidat, librement, en toute démocratie, innocemment dans certaines régions ou plus sournoisement dans d’autres, accomplissant un devoir de citoyenneté des plus basiques. Sauf qu’au Liban, la notion d’État et de citoyenneté porte un sens totalement différent des...

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