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Sanctionné à Berlin et menacé par les eurodéputés, Schröder paie ses liens avec Poutine

Sanctionné à Berlin et menacé par les eurodéputés, Schröder paie ses liens avec Poutine

Vladimir Poutine et l'ex-chancelier allemand Gerhard Schröder à Svetlogorsk, le 03 juillet 2005. Photo d'archives AFP

Privé d'une partie de ses avantages d'ex-chancelier et menacé jeudi de sanctions à Bruxelles, Gerhard Schröder risque de payer au prix fort ses liens avec Vladimir Poutine et ses mandats dans des groupes russes.

Les nuages s'accumulent au-dessus de l'ancien chancelier allemand de 78 ans, qui refuse toujours de quitter ses fonctions dans plusieurs groupes énergétiques russes malgré l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Une première charge est venue jeudi du Bundestag, la chambre basse du parlement allemand.

La commission budgétaire a voté une résolution proposée par la coalition au pouvoir privant d'une partie de ses avantages l'ex-dirigeant social-démocrate (1998-2005). M. Schröder n'aura ainsi plus le droit de bénéficier de bureaux alloués par l'Etat fédéral.

Lâché par son entourage

"Les groupes parlementaires de la coalition ont tiré les conséquences du comportement de l'ancien chancelier et lobbyiste Gerhard Schröder face à l'invasion russe en Ukraine", justifie la commission. "C'est bien! Un ancien chancelier qui fait ouvertement du lobbying pour le régime criminel de Poutine ne devrait pas se voir offrir un bureau par les contribuables", a réagi sur Twitter le ministre des Finances, Christian Lindner.

La coalition explique aussi cette décision par le fait que "l'ancien chancelier Schröder n'assume plus aucune obligation continue liée à sa fonction". En tant qu'ancien chancelier, il a droit encore à plusieurs bureaux à la chambre des députés et à un budget pour du personnel. Un privilège qui coûte 400.000 euros par an aux contribuables. L'ancien dirigeant, lâché ces derniers mois par une partie de ses collaborateurs, va conserver cependant sa protection policière et sa pension de retraite d'ex-chancelier.

Plus globalement, la commission budgétaire demande au gouvernement de veiller désormais à ce "que la dotation de fonction des anciens chanceliers fédéraux se fasse en fonction de l'obligation continue découlant de leur fonction et non en fonction de leur statut". M. Schröder n'est ainsi pas exclusivement concerné et Angela Merkel elle-même, au pouvoir entre 2005 et 2021, pourrait à l'avenir voir rogner une partie de ses avantages. Mais c'est bien M. Schröder, devenu une figure encombrante en Allemagne y compris pour l'actuel chancelier social-démocrate Olaf Scholz, qui est la cible principale.

Une deuxième salve est venue de Bruxelles. Les députés du parlement européen ont voté à une large majorité une résolution non contraignante demandant nommément à M. Schröder de démissionner de ses postes.

"Parfait démocrate"

Gerhard Schröder reste en effet président du comité des actionnaires de Nord Stream AG, le gazoduc controversé entre la Russie et l'Allemagne suspendu en février, et président du conseil de surveillance de Rosneft, premier groupe pétrolier russe. "Les membres européens des conseils d'administration des grandes entreprises russes et les hommes politiques qui continuent à recevoir des fonds russes" devraient être ajoutés à la liste des sanctions de l'UE, stipule le texte.

Cette demande est soutenue par une large alliance de chrétiens-démocrates, de libéraux et de Verts, mais aussi de sociaux-démocrates au sein du Parlement européen. "Sanctions européennes et privation de privilèges personnels - la fin peu glorieuse de l'ancien chancelier", a réagi sur Twitter Mykhaïlo Podolyak, conseiller de la présidence ukrainienne, pour qui "le mépris de son peuple et de son histoire est le destin de chaque lobbyiste du régime de Poutine en Europe".

L'ancien chancelier est sous pression depuis l'invasion de l'Ukraine. Contrairement à la plupart des anciens dirigeants européens présents avant la guerre dans les instances dirigeantes des entreprises russes, il n'a pas démissionné. M. Schröder, depuis privé de distinctions honorifiques par plusieurs villes et ciblé par des appels à son éviction du parti social-démocrate SPD, avait fait savoir en avril qu'il n'avait aucune intention de démissionner, sauf si Moscou venait à cesser ses livraisons de gaz à l'Allemagne.

Un scénario auquel il disait ne pas croire. M. Schröder, chancelier quand M. Poutine est arrivé au pouvoir en 2000, a noué "une véritable amitié, basée sur la confiance" avec le dirigeant russe, qu'il a dépeint en 2004 en "parfait démocrate", rappelait en février à l'AFP la politologue Ursula Münch. Des liens financiers relient aussi l'ancien avocat à la Russie. Outre ses actuelles fonctions, M. Schröder devait ainsi en juin entrer au conseil de surveillance du géant russe Gazprom.


Privé d'une partie de ses avantages d'ex-chancelier et menacé jeudi de sanctions à Bruxelles, Gerhard Schröder risque de payer au prix fort ses liens avec Vladimir Poutine et ses mandats dans des groupes russes.Les nuages s'accumulent au-dessus de l'ancien chancelier allemand de 78 ans, qui refuse toujours de quitter ses fonctions dans plusieurs groupes énergétiques russes malgré...