Rechercher
Rechercher

Société - Enquête / Port

Arrestation d’un Portugais au Chili : une opportunité que le Liban risque de rater

Dessaisi en raison de multiples recours, le juge en charge de l’enquête Tarek Bitar n’a pas la prérogative d’en assurer le suivi.

Arrestation d’un Portugais au Chili : une opportunité que le Liban risque de rater

Une vue du port de Beyrouth après la double explosion du 4 août 2020. Photo Anwar Amro

Un développement international de taille est survenu jeudi dans l’enquête sur la double explosion au port de Beyrouth (4 août 2020) : un ressortissant portugais, Jorge Moreira, 43 ans, a été arrêté par les autorités espagnoles et placé en « liberté conditionnelle » avec interdiction de quitter le territoire, dans l’attente d’une demande formelle d’extradition que présenterait le Liban.

Recherché par Interpol, l’homme avait été refoulé mercredi de l’aéroport de Santiago (Chili) vers Madrid, au moment où il débarquait d’un vol en provenance de la capitale espagnole. « Il est poursuivi pour un délit de terrorisme et usage d’explosifs entraînant la mort », a précisé à l’AFP un des porte-parole du Haut Tribunal espagnol de l’Audience nationale. Selon le chef de la préfecture de police à l’aéroport de Santiago, Christian Saez, Moreira est soupçonné d’avoir introduit des « éléments explosifs » au Liban, en lien avec la double explosion au port.

Interrogée par L’Orient-Le Jour, une source proche du dossier confirme que le suspect portugais est effectivement impliqué dans l’affaire, tout en affirmant cependant que les chefs d’accusation contre lui sont gardés sous le sceau du secret de l’enquête. Il n’est donc pas certain que le grief retenu à son encontre soit l’importation du nitrate d’ammonium, à l’origine de la double explosion, ajoute la même source. Selon celle-ci, aussitôt après la catastrophe, le parquet de cassation de Beyrouth avait demandé à Interpol de lancer une « notice rouge » (message d’alerte) à l’encontre de plusieurs suspects, y compris le ressortissant portugais, pour plusieurs actes (importation du nitrate d’ammonium, son emmagasinage, etc.), sans définir de manière plus précise les actes attribués à chacun d’eux.

Inspection du nitrate et réexportation

Moreira aurait été identifié par l’enquête menée par Fadi Sawan, prédécesseur du juge d’instruction près la cour de justice Tarek Bitar, comme ayant une « relation » avec le nitrate d’ammonium. Selon une autre source proche du dossier, le Portugais, employé jusqu’en 2016 dans une fabrique d’explosifs au Mozambique, avait visité le Liban avant la catastrophe du 4 août pour s’enquérir de l’état de la marchandise, en vue de la réexporter. Après la demande du parquet de cassation, son nom avait été diffusé aux services de police internationaux en vertu de la notice rouge d’Interpol. Il avait été alors appréhendé une première fois au Portugal en 2021 et y avait été détenu pendant plusieurs semaines. Il avait finalement été relâché, faute pour la justice libanaise d’avoir assuré le suivi nécessaire. L’AFP rapporte en effet que selon le quotidien portugais Jornal de Noticias, le Liban n’avait pas fourni dans les délais requis la documentation nécessaire à la demande d’extradition.La notice d’Interpol étant toujours en vigueur, le Portugais a été donc refoulé mercredi vers l’Espagne, d’où il avait embarqué à destination du Chili. Toujours selon la source interrogée, les autorités espagnoles ont l’obligation de confisquer son passeport et de notifier la justice libanaise de son état. Reste à savoir si l’avocat général près la Cour de cassation Imad Kabalan, compétent pour réclamer l’extradition, entreprendra cette démarche.

Lire aussi

L’enquête de Bitar bloquée à la porte du ministre des Finances

Quoi qu’il en soit, Tarek Bitar dispose d’un délai légal de quelques semaines pour faire parvenir aux autorités espagnoles le dossier du suspect. À l’expiration de ce délai, Moreira pourrait à nouveau être relâché, si le juge Bitar ne fait pas suite à leur demande. Une telle issue est la plus vraisemblable, estime la même source, faisant observer que même si le parquet demande l’extradition du suspect portugais, il reste que Tarek Bitar est dessaisi de l’enquête en raison des multiples recours portés à son encontre par les responsables politiques mis en cause dans l’affaire.

L’opportunité de compléter l’enquête avec cet élément international qui pourrait contribuer à déterminer précisément les circonstances et les auteurs du crime serait alors une nouvelle fois perdue, suppute la source.

Pour mémoire

Si les silos de Beyrouth pouvaient parler...

Dans le même esprit, le journaliste Jean Aziz, un ancien conseiller du président Michel Aoun devenu un critique sévère de la politique du CPL, a déclaré hier sur son compte Twitter que « l’important est que le Liban œuvre à ramener Jorje Moreira ». « Encore plus important est qu’il soit maintenu en vie, et que la mafia au pouvoir permette au juge Bitar de l’interroger », a-t-il lancé. « Impliqué dans le crime du 4 août, il représente la pièce maîtresse de ce dossier noir », croit savoir M. Aziz.


Un développement international de taille est survenu jeudi dans l’enquête sur la double explosion au port de Beyrouth (4 août 2020) : un ressortissant portugais, Jorge Moreira, 43 ans, a été arrêté par les autorités espagnoles et placé en « liberté conditionnelle » avec interdiction de quitter le territoire, dans l’attente d’une demande formelle d’extradition...

commentaires (4)

(Zombs au pouvoir libanais) = (la hayatan liman tounadi)

Wlek Sanferlou

19 h 07, le 23 avril 2022

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • (Zombs au pouvoir libanais) = (la hayatan liman tounadi)

    Wlek Sanferlou

    19 h 07, le 23 avril 2022

  • la question est de savoir SI il serait possible qu'un autre juge soit nomme pour suivre cette affaire en lieu et place de T Bitar ! les criminels locaux oseraient ils alors s'y opposer de n'importe quelle maniere qui leur serait possible de faire ?

    Gaby SIOUFI

    10 h 55, le 22 avril 2022

  • N’est-ce pas le ministre des finances qui bloque les nominations judiciaires qui permettraient à Tarek Bitar de reprendre l’enquête ? Ce ministre nous avons le pouvoir de l’envoyer lui et son parti dans les poubelles de l’histoire. Comment ? En se rendant aux urnes le 15 mai et en votant pour les seuls qui le VEULENT et qui le PEUVENT, les seuls qui se sont engagés explicitement à gouverner le pays sans le tandem diabolique et à ne pas reconduire Nabih Berri à la tête du parlement. Si on continue à mettre les FL dans les kellon et qu’on vote pour ceux qui défendent cette position, Berri et Nasrallah seront toujours au pouvoir, et l’enquête du port sera morte, tout comme le Liban.

    Citoyen libanais

    06 h 11, le 22 avril 2022

  • Cet article est mieux renseigné et plus fiable que l'autre article de l'OLJ sur le même sujet.

    GM92190

    00 h 13, le 22 avril 2022

Retour en haut