Ahmed Nasser Al-Raisi, président d'Interpol. le 23 novembre 2021 à Istanbul. Ozan KOSE / AFP
Le parquet antiterroriste français (Pnat) a ouvert une enquête préliminaire pour "torture" et "actes de barbarie" après une plainte d'une ONG visant l'Emirati Ahmed Nasser Al-Raisi, président d'Interpol depuis novembre, a appris l'AFP jeudi auprès d'une source judiciaire.
L'ONG Gulf Centre for Human rights (GCHR) considère M. Al-Raisi comme l'un des responsables de tortures visant un opposant émirati, Ahmed Mansoor, par ses fonctions de haut responsable au ministère de l'Intérieur des Emirats arabes unis, et a déposé plainte contre lui en janvier auprès du parquet antiterroriste, compétent en matière de crimes contre l'humanité. La source judiciaire n'a pas indiqué à quelle date l'enquête avait été ouverte.
Selon deux sources proches du dossier, elle a été confiée en France aux gendarmes de l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité, les génocides et les crimes de guerre (OCLCH).
William Bourdon, avocat de l'ONG GCHR, a indiqué à l'AFP que "dès lors qu'une enquête préliminaire a été ouverte, et elle s'imposait du fait de la présence du mis en cause en France" du fait de ses fonctions à Interpol, "il est totalement incompréhensible que le Pnat n'ait pas fait interpeller M. Al-Raisi alors qu'il avait la possibilité de le faire". Selon l'analyse de l'avocat, M. Al-Raisi serait l'un des responsables actuels de ces tortures, ce qui serait un motif d'exception à l'immunité diplomatique dont il bénéficie selon l'accord de 2008 régissant les relations entre la France et Interpol, organisation dont elle accueille le siège.
L'avocat a ajouté que son client Khalid Ibrahim, directeur du GHCR, avait été entendu par les gendarmes de l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité le 18 mars.
M. Al-Raisi avait déjà été visé par deux plaintes, dont l'une avait été déposée par le GCHR, déjà, le 7 juin. Ces deux plaintes avaient été classées par le parquet antiterroriste pour absence de compétence: l'intéressé ne résidait pas en France et ne se trouvait pas sur le sol français.
En janvier, l'organisation avait déposé la nouvelle plainte simple qui a conduit à cette enquête, soulignant que M. Al-Raisi se trouvait cette fois à Lyon, dans le centre-est de la France, tweets d'Interpol à l'appui.
D'autres tweets plus récents, début mars, l'ont montré à nouveau en France.
L'élection à la présidence d'Interpol de M. Al-Raisi, à Istanbul le 25 novembre dernier, a suscité la colère des défenseurs des droits de l'Homme et de responsables politiques qui ont estimé qu'elle portait atteinte à la mission de l'organisation.
Outre ses fonctions auprès d'Interpol, à temps partiel, non rémunérées et essentiellement honorifiques, Ahmed Nasser Al-Raisi est inspecteur général du ministère de l'Intérieur des Emirats arabes unis depuis 2015.


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