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Lifestyle - Liban POP

Le nouvel opus de Aziza, une ode à la fragilité

Aziza lançait le 18 mars le nouveau morceau de son album prévu pour juin 2022, « Disco drama ». Ce titre, « Marra kaman », lancé sur toutes les plateformes avec un clip sur YouTube, est une reprise du célèbre « Ancora » de Mina, vedette italienne des années 1970. La chanteuse libanaise le détourne en un grand moment d’émotion.

Le nouvel opus de Aziza, une ode à la fragilité

Aziza sur le set de « Marra kaman ». Photo DR

Elle est obsédée par un certain âge d’or dont elle porte en elle les lumières et les paillettes. L’âge d’or mythique de Beyrouth, bien sûr, mais aussi, plus largement, celui des années 1970 et 1980, avec ses rythmes, sa liberté, sa gaieté et sa sensualité naissante, souvent torride comme peut l’être ce qui a été réprimé trop longtemps. Mais ce que Aziza ne sait peut-être pas, c’est qu’elle incarne elle aussi le nouvel âge d’or, trop étouffé par la nostalgie pour se reconnaître comme tel, et qui a duré cette dizaine d’années précédant la crise économique et la double explosion au port de Beyrouth.

Dès ces brèves années de renaissance qu’a connues Beyrouth, Aziza était présente sur les scènes les plus informelles et conviviales. On a écouté son tarab décalé au café à l’ancienne de Gemmayzé, Ahwet el-e’zez, comme cela se faisait aux débuts de la chanson arabe. On l’appelait Azizat Beyrouth, l’aimée de Beyrouth. Et sa différence était déjà là. Sa voix pliée aux résonances orientales dès la petite enfance, du temps où elle accompagnait son père et triomphait dans les comédies musicales scolaires, lui permet d’introduire au répertoire classique des accents surprenants de pop, de jazz et de disco, relevant de piment fort des saveurs sonores réputées liquoreuses. Son premier album Aziza sort en 2014 et offre un mélange de sons inspirés de la région du Levant, notamment du folklore chaabi, égyptien et libanais. En 2016, elle enregistre un premier morceau original : Or’os maaya. En 2018, elle collabore avec la plateforme de streaming Anghami sur une chanson pour la Coupe du monde, 3alamna wahed. Sa carrière de chanteuse, compositrice et interprète s’affirme et la conduit sur plusieurs scènes à travers le monde, notamment au Mexique, en Italie, à Paris et à Londres ainsi que de nombreux pays de la région.

Aziza sur le set de « Marra kaman ». Photo DR

Un nouveau morceau pour « Disco drama »

La double explosion de Beyrouth la laisse, comme tous les habitants et la scène artistique de la capitale, désemparée. Elle se remet debout en composant Waynik ya Beirut, un morceau surgi de ce traumatisme. La marque de mode parisienne AZ Factory lui commande une chanson en l’honneur du créateur Alber Elbaz emporté par le Covid la même année. Ce sera In my own skin. Mais cette incursion dans la chanson anglaise la renvoie à ses fondamentaux. Engagée sur le front de l’autonomisation des femmes arabes, elle offre à celles-ci Min hadid, une reprise en arabe du Bang-bang de Nancy Sinatra, comme une célébration de la force féminine, de la confiance et de l’inclusion. Ce morceau sera le premier de son nouvel album en préparation dont la sortie est prévue en juin 2022 : Disco drama.

« Tes lèvres, encore une fois »

Deuxième chanson de cet opus attendu dont le titre résume le propos, où l’énergie du disco vient ébouriffer le mélo du tarab, Marra kaman est sorti le 18 mars sur toutes les plateformes, avec un clip publié sur YouTube. Il s’agit d’une reprise du célèbre Ancora de la chanteuse italienne Mina, tube de 1987. Contrairement à Mina dont la prestation sur cette chanson est hyperdramatique, les paroles écrites par Anthony Khoury du groupe Adonis, autant que la prestation de Aziza, sont tout en émotion et sobriété. C’est une chanson de l’amour blessé. Elle s’adresse à l’aimé et confie, en substance : « Je t’aime tout bas, je t’aime tout haut/ Je t’aime quand tu m’attends des nuits/ Et que je te retrouve. » Le refrain, vibrant, crie une nostalgie érotique : « Ce mot, encore une fois/ Redis-le, encore une fois (…)/ Tes mains, encore une fois/ Et tes lèvres, encore une fois/ Et ce regard, encore une fois/ Aime-moi encore, plus encore, encore une fois. »

Aziza sur le set de « Marra kaman ». Photo DR

« Une Dalida contemporaine »

Dans le clip réalisé par Eli Salameh règne une atmosphère qui invoque le Opening Night de Cassavetes. Une Aziza sereine incarne une star dans sa loge, sereine, réconciliée avec la rupture, un peu mélancolique mais déterminée. Sobre, elle porte néanmoins un manteau de fourrure, accessoire éminemment rattaché au luxe et au succès dans les années 70 et 80 du siècle passé. Le plan, éloigné, la montre assise sur une chaise, se faisant maquiller sans ostentation. Un clap fixe cette scène quand, tout à coup, elle voit quelque chose ou quelqu’un qui va l’ébranler. La chanson, posée dans les premières secondes, s’emballe. Le réalisateur travaille les émotions de Aziza, la renvoie à ses propres blessures. Elle pleure. Pour de vrai. Battante dans la vie, Aziza accepte de baisser la garde devant la caméra. De presque nues au départ, ses paupières scintillent de strass et les larmes se mêlent aux paillettes de son maquillage. Derrière elle un vrai feu embrase le décor et les cœurs au fil de ce crescendo poignant. Clap de fin, l’émotion est palpable et les internautes ne s’y trompent pas en comparant Aziza à une Dalida moderne. Dalida n’a-t-elle pas, elle aussi, conjugué ses cultures pour offrir à son public un genre inédit, à la fois tendre et joyeux, langoureux et rythmé ?

Aziza sur le set de « Marra kaman ». Photo DR

Tomber les masques

« Derrière le maquillage et la façade de perfection derrière lesquels nous nous cachons, nous autres gens du spectacle, nous sommes tous des êtres humains après tout. Nous rions, nous aimons, nous pleurons et nous ressentons la douleur sous toutes ses formes », commente Aziza. « Marra kaman est une ode à l’amour et au désir, mais aussi à la vérité, même quand celle-ci n’obéit pas aux critères esthétiques et ceux d’une vie sans un pli comme celles qui s’exposent sur les réseaux sociaux », ajoute-t-elle. « Cette chanson invite quelque part à tomber le masque, se montrer tel qu’en soi-même, se libérer de l’image publique qu’on se donne », martèle Aziza, qui souligne : « Il y a du pouvoir dans la vulnérabilité et j’espère que cette chanson le montre et qu’elle aidera ceux qui souffrent de toutes sortes de blessures, qu’elles soient d’amour ou des difficultés de la vie, à laisser leur douleur s’exprimer et prendre ainsi le chemin de la guérison. On dit bien que la musique guérit. Si Marra kaman ne réussit que cela, ce serait ma plus belle récompense. »


Elle est obsédée par un certain âge d’or dont elle porte en elle les lumières et les paillettes. L’âge d’or mythique de Beyrouth, bien sûr, mais aussi, plus largement, celui des années 1970 et 1980, avec ses rythmes, sa liberté, sa gaieté et sa sensualité naissante, souvent torride comme peut l’être ce qui a été réprimé trop longtemps. Mais ce que Aziza ne sait peut-être...

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