Rechercher
Rechercher

Culture - Exposition

À la galerie Tanit, regardez, écoutez et remontez le temps

L’espace sis à Mar Mikhael entame la saison 2022 après deux années particulièrement difficiles avec la collective « Kan Ya Makan », où les œuvres de 18 artistes révèlent les trajectoires qui façonnent notre imaginaire et sculptent notre personnalité.

À la galerie Tanit, regardez, écoutez et remontez le temps

L’intellectuel Edward Saïd revit sous la plume de Abed al-Kadiri. Photo DR

Il s’agit de contes de mythes et de légendes. Un peu pour comprendre l’origine des choses, beaucoup pour assimiler le fonctionnement du monde, sonder l’affect qui nous lie les uns aux autres et se pencher sur l’inconscient collectif. Le mythe, (mythos en grec) est d’abord une parole, un récit populaire, qui tantôt laisse passer un message, tantôt amène la vérité ou dénonce la réalité des choses. Récit de la tradition orale, le conte est l’expression d’une mémoire anonyme et collective. Quant aux légendes, ce sont des événements qui se sont quelquefois réellement produits et laissent leur ancrage historique et géographique s’enraciner dans la vie locale. L’exposition « Kan Ya Makan »

à la galerie Tanit est une multitude de présences sous forme de poèmes qui réfléchissent la vie d’existences, d’instincts humains, de chansons, de toiles, de sculptures, pareils à des fragments qui revisitent nos mémoires collectives. Des œuvres d’art, des projets, des collaborations et des acquisitions incroyables qui réveillent notre passé, notre imagination et questionnent notre futur. Alors laissez-vous emporter dans l’univers de Youssef Abdelke, Adel Abidin, Shirin Abu Shaqra, Abed al-Kadiri, Ziad Antar, Willy Aractingi, Zena Assi, Oussama Baalbaki, Jean Boghossian, Roy Dib, Simone Fattal, Mohssin Harraki, Randa Mirza, Kevork Mourad, Nabil Nahas, Roy Samaha, Hossein Valamanesh, Ghassan Zard, qui, chacun à sa façon, raconte une belle histoire et quelquefois son histoire…

L’installation de Hossain Valamanesh représentant 3 éléments, le feu, l’eau et la terre, interpelle le visiteur de la galerie Tanit. Photo DR

Il était une fois… des livres et des chansons

Il était une fois une chanson qui sous ses faux airs joyeux, raconte une histoire sordide : les membres d’un navire à la suite d’une pénurie de vivres, tirent à la courte paille pour désigner qui parmi eux sera dévoré par les autres… Le sort désigne le plus jeune de la bande, qui se met à prier pendant que ses compagnons débattent sur la meilleure façon de le déguster. Ziad Antar accompagne les mots de la chanson par la mélodie qui s’échappe d’une boîte à musique actionnée par une petite manivelle… et voilà notre enfance qui ressurgit.

Lire aussi

À la bibliothèque publique de Bachoura, des êtres humains comme des livres ouverts

Ce sont les eaux profondes qui ont inspiré Ghassan Zard pour sculpter 3 vagues qui viennent se poser sur le sol de la galerie. Elles sont les vagues de la Méditerranée ou d’un océan lointain, elles sont peut-être celles qui agitent les profondeurs, telles les histoires racontées qui remuent notre présent. Elles peuvent aussi déceler des trésors enfouis, ceux que cet artiste a pris le parti de sculpter, inspiré par les contes de son enfance et par l’indétrônable Tintin et son Rackham le rouge. Des histoires que l’on peut lire dans les livres de notre enfance, encore faut-il que le livre ne soit pas consommé par le feu. Et l’on est porté à se poser la question pourquoi donc Jean Boghossian a-t-il décidé de présenter un livre brûlé recouvert d’une couche de peinture qui fige son trépas, celui des histoires saccagées par le temps ? Et si Tintin fait partie de notre enfance, Baudelaire fait partie de notre jeunesse, et qui de mieux que cet auteur dont les poèmes constituent une célébration du passé, qu’ils prennent la forme d’un Paris disparu, d’un tableau découvert, d’une femme aimée ou d’un pays visité. Pour honorer la littérature, qui de plus approprié que ce génie moderne dans ses thèmes et classique dans sa forme, pour ressurgir sous les pinceaux de Oussama Baalbaki ? Lui, qui depuis sa plus tendre enfance a été nourri par son père à l’amour des livres ? Ou encore Edward Saïd, ce grand intellectuel et écrivain censuré par plus d’un pays arabe et qui nous apparaît vivant et glorieux sur la toile de Abed al-

Kadiri ? Des histoires, mais aussi des poèmes chantés (les Roubaiyat) que Mohssin Harraki a couché sur des surfaces transparentes qui dans un mouvement circulaire et ascendant nous laissent reprendre les marches de l’histoire, ces histoires que Simone Fattal a sculptées pour nous rappeler qu’elles étaient d’abord épiques.

Randa Mirza, « Issaf et Naila », 2015. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Tanit

Quand l’art nous instruit et nous grandit

Le saviez-vous que les cèdres immortels qui surgissent comme des géants du passé sous le coup de pinceau de Nabil Nahas ont été évoqués dans la légende de Gilgamesh 18 siècles avant Jésus-Christ ? Et que la légende d’Œdipe roi dont la phrase célèbre sculptée en néon trône en lettres illuminées (une œuvre de Adel Abidin) dans la galerie, est une histoire d’infanticide avant d’être un complexe ? Son père craignant les prévisions de l’oracle décide de tuer son fils en l’exposant pour qu’il soit dévoré par les bêtes sauvages, le serviteur obéit à son maître et cloue les pieds de l’enfant, et voilà ce qui lui vaut le nom de Œdipe-pieds enflés. Et que le serpent en couleur de Willy Aractingi est passé de l’Égypte à la sphère gréco-romaine ? Originellement associé à la résurrection dans l’au-delà, ce serpent était devenu dès le Moyen Empire le protecteur de Rê, puis le gardien d’Osiris en vertu du concept de l’union solaire osirienne.

À la galerie Tanit, autant d’histoires que l’on croit connaître et que les œuvres d’art nous dévoilent peut-être pour aller chercher plus loin leur sens et leur portée sur notre quotidien. Chercher par exemple dans la toile de Zéna Assi, parmi le foisonnement de scènes, de personnages et de récits auquel il faut donner un temps plus long qu’un simple regard, ou les chercher encore dans la profondeur du diorama (vitrine sur le monde) de Randa Mirza où l’artiste déterre et révèle les mythes pré-islamiques. Dans une réappropriation politique d’un récit occulté, elle conte de manière judicieuse l’histoire de mythes arabes ensevelis.

Évoquer la vie et son passé enfoui mais ne jamais oublier ce qui les constituent : les 4 éléments (l’eau, la terre, le feu et l’air). Hossain Valamanesh (artiste décédé récemment et que la galeriste a voulu honorer) en a représenté trois – le feu, l’eau et la terre – qui dans une installation placée au centre de l’espace, interroge le visiteur.

De l’œuvre de Kevork Mourad surgit une effervescence de formes tantôt humaines, tantôt architecturales, tantôt violentes, tantôt d’une vitalité apaisée. Et s’il cherche à créer une image symbolique qui porte un signifiant et un signifié, Youssef Abdelke fait réfléchir le spectateur sur l’œuvre et dans l’œuvre, intellectuellement, physiquement et mentalement. Des récits qui influencent notre culture et nos traditions, des récits qui ont toujours fourni une toile de fond à l’art. Des récits captivant, surprenants, voire effrayants et qui ont inspiré les créations. Toutes les créations.

La galerie Tanit

Collective de 18 artistes sous l’intitulé « Contes, Mythes et légendes ».

Mar Mikhael, rue d’Arménie. Jusqu’au 16 avril 2022. Tel. 961-71-328814

www.galerietanit.com

Il s’agit de contes de mythes et de légendes. Un peu pour comprendre l’origine des choses, beaucoup pour assimiler le fonctionnement du monde, sonder l’affect qui nous lie les uns aux autres et se pencher sur l’inconscient collectif. Le mythe, (mythos en grec) est d’abord une parole, un récit populaire, qui tantôt laisse passer un message, tantôt amène la vérité ou dénonce la réalité des choses. Récit de la tradition orale, le conte est l’expression d’une mémoire anonyme et collective. Quant aux légendes, ce sont des événements qui se sont quelquefois réellement produits et laissent leur ancrage historique et géographique s’enraciner dans la vie locale. L’exposition « Kan Ya Makan »à la galerie Tanit est une multitude de présences sous forme de poèmes qui réfléchissent la vie d’existences,...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut