Rechercher
Rechercher

Économie - Agriculteur

Le LCPS se penche sur l’impact de la crise sur les petits producteurs

Sans surprise, c’est principalement la dépréciation de la livre par rapport au dollar qui ressort dans la majorité des problèmes cités.

Le LCPS se penche sur l’impact de la crise sur les petits producteurs

Parmi les autres problèmes propres à Rachaya, mais qui empoisonnent aussi la vie des agriculteurs dans d’autres régions figurent notamment les vols de ruches et de bétail. Des chèvres à Rachaya. Photo M.A.

Le renforcement des capacités productives du pays est un des enjeux majeurs des réformes que le Liban, en crise depuis plus de deux ans, doit lancer pour relancer son économie tout en assainissant son passif financier accumulé au fil des ans. Mais si les débats se sont essentiellement portés sur de grands chantiers comme la réforme de l’électricité ou les infrastructures portuaires, l’agriculture semble, comme assez souvent dans l’histoire récente libanaise, reléguée au second plan.

Face à ce désintérêt chronique, certaines institutions, tels le Centre de recherches et d’études agricoles libanais (Creal), qui met fréquemment à jour des statistiques exhaustives sur le secteur, ou plus récemment le Lebanese Center for Policy Studies (LCPS), qui a récemment publié une série d’études sur « l’impact des multiples crises sur les entrepreneurs travaillant par nécessité (NDE ou Necessity-Driven entrepreneurs) », s’investissent sur le dossier. Des données – disponibles sur son site – que le LCPS a rassemblées au cours de la seconde moitié de 2021, et compilées dans un rapport en trois volets, pour autant de villages pris en compte : Fnaidek (Akkar, Liban-Nord), Hidab Qattine (Liban-Sud) et Rachaya (Békaa-Est).

Lire aussi

Les cultures devraient baisser « d’au moins 70 % » au cours de la prochaine saison

C’est sur cette dernière localité que se focalise la deuxième publication du LCPS dans le cadre de son rapport, après un premier dédié à Hidab Qattine et publié fin janvier et en attendant le dernier, pas encore annoncé. Le choix de Rachaya est assez symbolique dans la mesure où c’est dans ce village que plusieurs hommes politiques, tels que le premier président libanais élu après le mandat français, Béchara el-Khoury, ou son Premier ministre Riad el-Solh ont été emprisonnés pendant les événements du 11 novembre 1943, qui ont conduit à l’indépendance le 22 novembre de la même année. Sur le plan agricole, la localité peut également faire office de cas d’école. Doté d’un climat plutôt continental comme beaucoup de zones de la Békaa, elle produit des olives, des cerises, des abricots ou encore du raisin. Les producteurs de Rachaya sont également constitués d’apiculteurs et de quelques éleveurs, notamment de volailles, de chèvres, de bovins ou de lapins. Une production qui doit être assurée en quatre petits mois, pendant l’été, mais qui doit permettre aux petits producteurs de subvenir à leurs besoins tout le reste de l’année.

Sur le plan agricole, la localité de Rachaya peut également faire office de cas d’école. Doté d’un climat plutôt continental comme dans beaucoup de zones de la Békaa, elle produit des olives, des cerises, des abricots ou encore du raisin. Photo M.A.

La dépréciation de la livre, principal fléau

Si les conclusions de chaque étude font essentiellement ressortir les difficultés spécifiques à chacune des régions, elles permettent néanmoins d’identifier certains problèmes communs à tous les producteurs, petits et grands, comme le confirment à L’Orient-Le Jour le président de l’Association des agriculteurs, Antoine Hoyek, et celui du syndicat des agriculteurs de la Békaa, Ibrahim Tarchichi. « Les problématiques peuvent varier selon la position géographique de telle ou telle localité, la proximité et l’accessibilité des cours d’eau (que ce soit pour des raisons techniques ou politiques, NDLR) ou encore les dégâts provoqués par le climat, dont l’impact peut être plus ou moins grave en fonction de la saison », résume Antoine Hoyek. « Les difficultés qu’ont les producteurs à écouler leurs marchandises, que ce soit sur le territoire libanais ou à l’étranger, entrent également dans la catégorie des problèmes partagés par une majorité de petits exploitants », enchaîne Ibrahim Tarchichi.

Lire aussi

Exportations vers l’Arabie : les agriculteurs libanais croulent sous les dettes et les stocks

Sans surprise, c’est principalement la dépréciation de la livre par rapport au dollar (21 000 livres pour un dollar hier, soit une dépréciation de plus de 90 % par rapport à la parité officielle), qui ressort majoritairement au niveau des problèmes cités, que ce soit ceux liés aux achats de fourrage pour les éleveurs, des frais d’irrigation (surtout pour ceux qui sont éloignés des points d’eau accessibles), ou des achats d’intrants (engrais et matériel). « Pour un agriculteur qui doit pomper l’eau d’un lac agricole ou d’un puits, la facture de mazout a explosé, celle-ci représentant désormais près de 50 % des coûts de production, contre 10 % avant la crise », affirme Ibrahim Tarchichi. « C’est autant dû à la dépréciation qu’à la levée des subventions sur les prix en livres des carburants (depuis juin 2021, NDLR) », ajoute-t-il. Antoine Hoyek souligne pour sa part que cette facture peut être moins salée pour les exploitants qui sont à proximité de sources d’eau, qui sont plus nombreuses et accessibles dans le Mont-Liban que dans la Békaa.Parmi les autres problèmes propres à Rachaya, mais qui empoisonnent aussi la vie des agriculteurs dans d’autres régions, figurent notamment les vols de ruches et de bétail. Autre phénomène notable directement lié à la crise : une majorité de nouveaux exploitants sont des personnes qui ont perdu leur emploi et qui sont revenus habiter dans leur village d’origine pour créer de petites exploitations agricoles pensant ainsi pouvoir en vivre et créer des emplois. Autant de projets qui peinent à aboutir dans la mesure où ces exploitants finissent par mettre leur famille à contribution afin de réduire les coûts autant que possible, minimisant ainsi l’impact de leur entreprise sur l’économie. Les petits producteurs sont également demandeurs d’une aide technique qui leur permettait de mieux choisir les cultures et d’optimiser leur rendement. Un savoir-faire que l’État serait actuellement incapable de fournir, selon les agriculteurs interrogés par le LCPS, et qui ont davantage confiance dans les centres académiques et universitaires.

En 2019 (l’année à la fin de laquelle le Liban a plongé dans la crise), l’agriculture n’a contribué qu’à hauteur de 3,2 % du PIB, selon l’Administration centrale de la statistique, soit autant que les restaurants. Pour les syndicats précités, une des premières mesures que devrait prendre le gouvernement pour aider la filière à sortir la tête de l’eau doit être de faciliter l’accès et réduire les coûts des exportations que ce soit par voie terrestre ou maritime.

Le renforcement des capacités productives du pays est un des enjeux majeurs des réformes que le Liban, en crise depuis plus de deux ans, doit lancer pour relancer son économie tout en assainissant son passif financier accumulé au fil des ans. Mais si les débats se sont essentiellement portés sur de grands chantiers comme la réforme de l’électricité ou les infrastructures portuaires,...
commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut