Monsieur le Ministre, cher Docteur Fayad, vous avez dit l’autre jour que si nous avons le courant entre deux heures et deux heures trente par jour au lieu des quatre heures promises, c’est parce que nous consommons trop d’électricité !
Je dois avouer que vous avez raison, c’est un peu de ma faute, toute cette pénurie d’électricité qui frappe le Liban. À travers ce courrier, je souhaite faire mon mea culpa.
Effectivement, en tant que mère de famille, dès que le courant arrive, si c’est au début de la nuit, je cours réveiller les petits et allumer l’unique ampoule de leur chambre pour qu’ils puissent faire leurs devoirs et réviser les leçons qu’ils n’ont pas pu finir plus tôt à la lumière de la bougie.
Il m’arrive aussi de courir comme une folle pour lancer une machine à laver en espérant qu’elle puisse
terminer avant la prochaine coupure. Une fois la machine lancée, je me précipite à la cuisine pour préparer le repas du lendemain pour la famille.
Parfois, dans un élan de folie, il m’arrive de rebrancher le frigo pour avoir un semblant de vie normale pendant ces deux heures à deux heures trente de bonheur que vous avez la grande amabilité de nous accorder.
J’avoue aussi qu’il m’est déjà arrivé de lancer le chauffe-eau parce que les petits en ont marre de prendre des douches à l’eau froide en plein hiver.
Voilà, je suis désolée d’avoir causé autant de tort parce que j’ai « abusé » du courant pendant les deux heures à deux heures trente par jour, sachant que pour en profiter, il m’arrive de me lever en pleine nuit, notre vie au Liban étant organisée en fonction de la disponibilité du courant électrique.
Désolée encore d’avoir cru que depuis l’invention de l’ampoule électrique par Edison en 1879, il s’agissait d’un droit fondamental.
Merci, Monsieur le Ministre, de m’avoir ramenée à la dure réalité d’être née au Liban, de ne l’avoir jamais quitté et d’y habiter toujours malgré toutes les guerres et les épreuves, et surtout de m’avoir rappelé par une simple phrase sur le ton de l’humour que les droits fondamentaux n’existent toujours pas au Liban en 2022.
Pour finir, une citation de Gebran Khalil Gebran : « Les mots sont éternels. Tu devrais les dire ou les écrire avec la conscience de leur éternité. »
Bien cordialement.
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