Rechercher
Rechercher

Culture - En librairie

« Histoire illustrée du Liban » : de la construction d’un pays à la reconstruction d’une nation

Écrit par Nayla de Freige et Maria Saad et illustré par Fadlallah Dagher, l’ouvrage en français a été réédité chez Hachette Antoine. Il est déjà dans les bacs, en attendant les versions arabe et anglaise qui sont en phase de finalisation.

« Histoire illustrée du Liban » : de la construction d’un pays à la reconstruction d’une nation

Nayla de Freige, Maria Saad et Fadlallah Dagher ont décidé d’offrir leurs droits d’auteur à une ONG libanaise qui encourage la lecture. Photo DR

Trente-quatre ans après la première édition de l’Histoire illustrée du Liban, les deux auteures Nayla de Freige et Maria Saad ainsi que l’illustrateur Fadlallah Dagher reprennent l’aventure et actualisent l’ouvrage, en y ajoutant les dates et événements importants de l’histoire contemporaine du pays du Cèdre jusqu’à l’accord de Doha en 2008.

En quête de l’information juste

Trois ans à se retrouver autour d’une table, à faire des recherches poussées, consulter des textes de référence et des archives de presse. Trois ans à discuter, s’interroger, prendre des notes, parfois même se décourager, avant de reprendre de plus belle. Et cela pour donner forme à cet ajout de six pages sur l’histoire contemporaine qui s’écoule de 1975 à 2008. Un travail beaucoup plus difficile à entreprendre que les 57 pages précédentes qui parcouraient l’histoire du pays de l’âge de pierre jusqu’à cette date fatidique qui allait changer tout le cours de l’histoire du Liban.

L’histoire du Liban, riche en dialogues et discordes, illustrée ici par Fadlallah Dagher. Photo DR

« Il nous a été très dur de continuer dans la partie de l’histoire contemporaine. Nous étions sur une corde raide. C’est pourquoi nous avons observé un nouveau procédé, précise Nayla de Freige : recommandations d’experts de tous bords ainsi que conseils fournis par Carla Eddé, cheffe du département d’histoire-relations internationales à l’USJ, qui nous a aidés à identifier les dates-clés qui ponctuent les six pages augmentées. » « Pour ces six pages, il nous a fallu trois ans de travail (pas d’une manière permanente, bien sûr), mais c’était ardu, poursuit-elle, bien que fait avec beaucoup de plaisir. Nous nous demandions si nous pouvions résumer une période aussi sensible. Comment aussi parvenir à (ré)concilier les Libanais face aux faits, car chacun lit l’histoire sous son propre angle ? C’est pourquoi on arrêtait, on reprenait, puis on arrêtait de nouveau, jusqu’à ce qu’Hachette Antoine nous contacte en nous disant “allez-y”. Ainsi, lorsque nous avons accepté leur proposition, nous avons demandé d’avoir le visa de la Sûreté générale pour être parés face aux éventuelles attaques des uns et des autres. »

Pour Maria Saad, la difficulté résidait dans le choix des événements importants. « Il fallait choisir les dates essentielles pour montrer cette évolution dans le temps, car il y a certaines dates repères qui allaient changer le cours des événements. »

L’histoire du Liban, riche en dialogues et discordes, illustrée ici par Fadlallah Dagher. Photo DR

À quel lectorat s’adresse le livre ?

Dès le début de cette démarche, l’objectif premier de l’illustré n’était pas d’écrire l’histoire, ni d’en faire un manuel scolaire, « mais en l’absence de livre d’histoire unifié à l’école, nous nous sommes sentis dans l’obligation de rédiger cet ouvrage, affirment les auteurs de concert. C’est donc un livre de bibliothèque éducatif, mais en aucun cas nous ne prétendons vouloir en faire un livre scolaire ». Et Nayla de Freige de poursuivre : « On perçoit un véritable problème à aller plus loin dans l’histoire du Liban, puisqu’on voit que les manuels scolaires d’histoire s’arrêtent en 1943. Il était essentiel d’avoir du recul sur les événements. Nous nous sommes donc arrêtés en 2008, juste après la guerre de 2006, qui représente un tournant quasi décisif dans l’histoire du pays. » À la question de savoir à qui s’adresse ce livre, Maria Saad, diplômée en archéologie et enseignante d’histoire, répond d’emblée : « Pour moi, cet ouvrage s’adresse essentiellement aux jeunes. En plus de 20 ans de carrière, j’ai côtoyé beaucoup d’enfants qui me demandaient ce qui s’est passé exactement en 1975. Je leur devais des réponses. »

Ce à quoi Fadlallah Dagher, qui, outre les illustrations, s’est davantage impliqué dans l’écriture de la nouvelle édition, ajoute : « Il s’adresse aux jeunes mais aussi aux adultes qui ne connaissent pas bien l’histoire de leur pays. Cet ouvrage est comme un guide. Il ne suffit probablement pas, mais il informe, et souvent d’une façon ludique. Cela aidera le lecteur adulte à aiguiser sa curiosité, à poursuivre des recherches, à synthétiser les événements et même à les relier avec le passé. » Tous trois s’accordent à dire dans la note d’intention que c’est un outil qui ouvre des fenêtres vers un dialogue, soit avec les parents, soit avec soi-même. Ils y expriment leur souhait « de donner l’envie aux lecteurs d’aller plus loin dans leurs recherches ». La lecture n’est-elle pas la clef de l’ouverture aux autres et de la tolérance ? C’est la raison pour laquelle Nayla de Freige, Maria Saad et Fadlallah Dagher ont décidé d’offrir leurs droits d’auteur à une ONG libanaise qui encourage la lecture.

Outre cette invitation à la lecture et à la recherche, l’ouvrage est un véritable message de paix. Car bien que cette partie ajoutée couvre une période sombre, l’espoir d’un Liban nouveau et l’attachement au pays se lisent à travers les lignes. Cela explique d’ailleurs le choix de la photo de la sculpture d’Arman pour la quatrième de couverture. Cette sculpture monumentale, appelée Espoir de paix et qui a été érigée devant le ministère de la Défense à Yarzé en août 1995, fait fusionner la guerre et la paix. Pour Nayla de Freige, dont la plume journalistique s’est révélée en cofondant L’Orient des copains et par la suite L’Orient Junior et qui est aujourd’hui PDG de L’Orient-Le Jour, cet ouvrage s’adresse, comme les illustrés de Tintin, aux lecteurs de 7 à 77 ans. « Histoire illustrée du Liban parle donc aux personnes de tous âges et de toutes convictions. Nous voulons croire qu’il y aura toujours des courants et des individus – l’histoire l’a prouvé – qui pourront construire une nation indépendante, libre et souveraine, bâtie sur des bases équitables… L’écriture y est simplifiée, jamais romancée, et l’on s’est basés sur des livres d’histoire, sur des journaux (pour la période récente) et des recherches dans des livres déjà écrits », dit-elle.

« Histoire illustrée du Liban », un livre éducatif aux éditions Hachette Antoine Jeunesse. Photo DR

Un message d’espoir

L’écriture à deux dans la première édition et à trois dans la seconde a été donc facilitée par le choix des dates qui correspondent aux événements qui seront importants pour la continuité de l’histoire.

L’ouvrage – dont la version en français est déjà dans les bacs, en attendant celles en arabe et en anglais – est rédigé comme un film grâce aux images qui sont dessinées avec un souci du détail, afin de reproduire authentiquement l’époque (architecture, décors, costumes, physique des populations). Les événements se suivent d’une manière chronologique avec en exergue dans la marge des petites histoires croustillantes qui donnent de la vie et animent la grande histoire. On ne peut qu’emprunter ses mots au président disparu Charles Hélou qui avait préfacé la première édition : « L’ouvrage a l’aisance, l’attrait, la grâce des livres pour enfants, en même temps qu’il manifeste une ampleur de connaissance, un souci d’objectivité, une rigueur dans l’observation et le témoignage qui sont les qualités premières des récits pour grandes personnes. »

Histoire illustrée du Liban, réactualisé, et qui reprend les mêmes textes et les mêmes illustrations à quelques détails près, se pare de couleurs plus fraîches, de cartes évolutives de Michael Davie et de multiples références. Il ne prend aucun parti sauf celui d’un pays jalousé et envié pour s’être toujours relevé en dépit de toutes les invasions qui se sont succédé et de toutes les claques qu’il a reçues. Pays abritant les minorités, le Liban fait et continuera à faire rêver en un monde meilleur.

« Nous sommes encore dans ce pays en mouvance qui a eu son indépendance en 1943, mais qui est en train de se redéfinir et de se reconstruire pour devenir un jour, espérons-le, une nation », conclut Nayla de Freige.

Trente-quatre ans après la première édition de l’Histoire illustrée du Liban, les deux auteures Nayla de Freige et Maria Saad ainsi que l’illustrateur Fadlallah Dagher reprennent l’aventure et actualisent l’ouvrage, en y ajoutant les dates et événements importants de l’histoire contemporaine du pays du Cèdre jusqu’à l’accord de Doha en 2008. En quête de l’information...
commentaires (1)

Le mot 'nation' se traduit en arabe par 'Oumma'. Le Liban ne peut être une 'Oumma' puisque, déjà, cela contredit le concept islamique de 'Oumma' qui, pour faire simple, est les musulmans pris dans leur ensemble. Ensuite, beaucoup de libanais se sentent culturellement plus proches d'un iranien, d'un saoudien ou d'un belge, que d'un libanais habitant a 300 mètres de chez eux... Par contre, tous les libanais sont d'accord pour dire qu'ils appartiennent au Liban en tant que 'Kayan', c'est a dire 'entité'. Et aussi, tous veulent une 'Daoula', c'est a dire un 'état' (qui fonctionnerait). Désolée, chers libanais, il n'y a pas a espérer d’émergence de nation a l'horizon, mais il y a, quand même et malgré tout, la continuité du 'Kayan'... C'est déjà ça et peut-être ceci explique cela...

Mago1

13 h 40, le 15 janvier 2022

Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Le mot 'nation' se traduit en arabe par 'Oumma'. Le Liban ne peut être une 'Oumma' puisque, déjà, cela contredit le concept islamique de 'Oumma' qui, pour faire simple, est les musulmans pris dans leur ensemble. Ensuite, beaucoup de libanais se sentent culturellement plus proches d'un iranien, d'un saoudien ou d'un belge, que d'un libanais habitant a 300 mètres de chez eux... Par contre, tous les libanais sont d'accord pour dire qu'ils appartiennent au Liban en tant que 'Kayan', c'est a dire 'entité'. Et aussi, tous veulent une 'Daoula', c'est a dire un 'état' (qui fonctionnerait). Désolée, chers libanais, il n'y a pas a espérer d’émergence de nation a l'horizon, mais il y a, quand même et malgré tout, la continuité du 'Kayan'... C'est déjà ça et peut-être ceci explique cela...

    Mago1

    13 h 40, le 15 janvier 2022

Retour en haut