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Culture - Quoi qu’on en lise

Le plus beau roman d’amour

J’avais toujours considéré « Clair de femme » de Romain Gary comme le plus beau roman d’amour avant de découvrir « Gioconda » de Nìkos Kokàntzis.

Le plus beau roman d’amour

Nìkos Kokàntzis. Photo DR

Il y a des romans où il faudrait pour les chroniquer seulement copier/coller un extrait du livre et ne rien ajouter d’autre. Gioconda de Nìkos Kokàntzis en fait partie. Édité pour la première fois en 1975, réédité par les éditions de l’Aube, Gioconda est l’histoire d’amour de deux adolescents à Thessalonique, en Grèce, dans les années 40. « Ceci est une histoire vraie », écrit l’écrivain Nìkos Kokàntzis pour débuter son roman, et c’est son histoire. La famille de Gioconda était juive, la sienne ne l’était pas. Gioconda habitait la maison en face de la sienne, « une maison pauvre (…) basse, allongée, avec un toit pentu de vieilles tuiles » dans un quartier où, à l’époque, « il y avait des jardins et des fleurs, mais pas de voitures ; chaque saison avait encore son parfum et le silence de la nuit n’était troublé que par l’aboiement d’un chien, le chant d’un coq avant le jour ». Gioconda était la compagne de jeux préférée de Nìkos, « nous avons joué tous deux dès nos plus jeunes années, quand je ne l’avais pas encore distinguée des autres; nous avons joué quand j’avais sept ou huit ans et elle six ou sept, quand j’avais douze ans et elle, onze, qu’elle était devenue importante pour moi et que j’étais son héros ». Nìkos trouvait Gioconda « belle, grande, bien faite, avec une nonchalance dans les gestes et un sourire qui éclairait et qui réchauffait tout autour d’elle ».

Puis la guerre est venue, puis l’occupation, puis leur premier baiser qui donna le vertige à Nìkos. « Elle était à moi, j’étais son amant, nous étions mariés, nous n’étions pas mariés, nous avions des enfants, nous n’étions rien que nous deux, les Allemands étaient partis, la guerre était finie, nous étions aux Indes, en Afrique, en Espagne, au Tibet, nous avions une jolie petite maison, nous étions vieux et avions des petits-enfants, nous voguions dans des yachts blancs, nous volions au ras des flots dans notre avion, j’étais à la guerre, on m’avait décoré, j’étais revenu en permission et elle m’attendait, j’étais un espion parachuté en Allemagne pour une mission dangereuse, j’étais sur le point de terminer la guerre à moi seul, il n’y avait pas de guerre, nous traversions le désert à dos de chameau sous un soleil insoutenable, nous descendions le Nil blanc parmi les odeurs du soir, nous découvrions Samarkand, Kaboul, Bénarès… »

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Puis vint le temps, où malgré son jeune âge, Nìkos entra dans la résistance. Il prit part à des réunions secrètes, jetait des tracts dans les cours des maisons la nuit, écrivit des slogans sur les murs et au milieu de tout cela, son amour, leur amour avec Gioconda s’enveloppait, se décuplait et sans préméditation, ils firent l’amour. Dans la chambre de Nìkos, alors que la brise marine du soir arrivait par la fenêtre aux volets fermés, Gioconda lui dit à voix basse : « Comme c’est beau ici (…) C’est frais, c’est calme. On dirait qu’il n’y a pas la guerre, qu’il n’y a rien. » Nìkos répondit : « Il n’y a pas de guerre ici, mon amour, pas en ce moment. Elle est d’ailleurs très loin. La guerre n’a rien à faire ici avec notre amour. » Puis les Allemands vinrent chercher la famille de Gioconda. La suite, on la devine. « C’était la fin. » Il aura fallu ensuite attendre trente ans pour que Nìkos décide de raconter cette histoire afin que Gioconda revive à travers ses mots. Un écrivain écrit généralement une dizaine de livres avec l’espoir de publier un jour son grand livre, une histoire d’amour, le seul sujet qui compte vraiment, le reste n’étant que foutaise. Nìkos Kokàntzis, lui, n’a écrit qu’un livre, une histoire d’amour et c’est le plus beau de tous nos livres.

« Gioconda »

Nìkos Kokàntzis

Les éditions de l’Aube.

Écrivain, journaliste, photographe et commissaire d’exposition, Sabyl Ghoussoub est l’auteur de deux romans aux éditions de l’Antilope : « Le nez juif » et « Beyrouth entre parenthèses ». Son troisième roman sortira aux éditions Stock courant 2022.


Il y a des romans où il faudrait pour les chroniquer seulement copier/coller un extrait du livre et ne rien ajouter d’autre. Gioconda de Nìkos Kokàntzis en fait partie. Édité pour la première fois en 1975, réédité par les éditions de l’Aube, Gioconda est l’histoire d’amour de deux adolescents à Thessalonique, en Grèce, dans les années 40. « Ceci est une histoire...

commentaires (1)

Merci Sabyl, fils de mon ami Kayssar, pour cette belle recension d’un si beau roman! Dans ce monde de brutes, ces lignes sont du miel…

Toutounji Georges

12 h 06, le 31 décembre 2021

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Commentaires (1)

  • Merci Sabyl, fils de mon ami Kayssar, pour cette belle recension d’un si beau roman! Dans ce monde de brutes, ces lignes sont du miel…

    Toutounji Georges

    12 h 06, le 31 décembre 2021

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