Pour Marc Chalhoub, « la photographie en noir et blanc est une magie à elle seule ». Photo DR
Il fait partie de ces artistes inclassables, ceux qui par leur polyvalence arpentent différents champs et échappent à un seul domaine. Pour avoir été dans sa jeunesse illustrateur et graphiste, et tout au long de sa carrière directeur artistique pour une grande agence publicitaire (H&C Leo Burnett), mais aussi producteur et scénariste de films, réalisateur d’une série télévisée qui attend de voir le jour et photographe dans ses moments de loisir, Marc Chalhoub a acquis l’art de l’équilibre, la puissance du regard qui filtre, le souci du cadrage et la constance de la simplicité. Jusqu’au 19 décembre, à la galerie Jacques Ouaiss (Achrafieh), il offre aux visiteurs le fruit d’un travail réalisé au gré de ses déambulations en temps de pandémie et de ses rendez-vous avec la nature, ce réservoir infini de merveilles. Si l’artiste a toujours privilégié les images soignées, c’est à sa formation de graphiste et de réalisateur qu’il le doit. Pour cette première exposition, son art photographique possède cette rare vertu de dire plus avec moins, d’inviter le regard à jouer du plein et du vide, du silence et du chuchotement des feuillus et des conifères.
De la réalisation à la photographie
Né en 1963 à Beyrouth d’une mère italienne et d’un père libanais, c’est à Rome que ses parents l’envoient achever ses études scolaires. Dans la Ville éternelle, au contact de David et de la chapelle Sixtine, il expérimente son premier rapport à l’art.
Sur les bancs de l’école, Marc Chalhoub passait son temps à dessiner, encouragé par ses parents qui voyaient se profiler une carrière d’artiste. Proust et Stendhal n’ont jamais atterri sur ses étagères et les bandes dessinées étaient sa seule lecture. De retour au Liban, il s’inscrit à l’Académie libanaise des beaux-arts (Alba) dans la section architecture d’intérieur, mais se dirige rapidement vers un cursus de publicitaire. Encore étudiant, il participe à un concours interuniversitaire pour réaliser un mémorial à l’effigie du président de la République assassiné Bachir Gemayel. Il gagne le concours et voit sa création érigée sur la place Sassine, une œuvre pour honorer la mémoire du président. Pour fêter la naissance de la Bédéthèque dans le quartier d’Achrafieh, il est chargé de réaliser des fresques murales où Gaston Lagaffe, Spirou et Tintin se retrouvent dans une farandole de couleurs. Son diplôme achevé, il est engagé chez H&C Leo Burnett pour une aventure qui durera 18 ans. D’abord à Beyrouth, puis à Djeddah et Dubaï où il est nommé directeur créatif régional. Lorsqu’il décide de passer à la réalisation et à l’écriture de scénarios, c’est naturellement que le passage s’opère : il avait fait ses armes à bonne école. Il fonde sa propre compagnie sans jamais dénigrer la photographie, son passe-temps favori.
Les photos de Marc Chalhoub, divinement contrastées, donnent de la profondeur au blanc et de l’éclat au noir, et les gris sont subtilement dégradés. Photo Marc Chalhoub
L’arbre, objet de fascination
À l’heure où le Liban subissait comme le reste du monde les effets néfastes de la pandémie, le confinement a contraint les citoyens tantôt à se retrancher, tantôt à s’évader loin de la ville et de son ambiance oppressante. En ce début de matinée, la brume qui recouvre routes et bois environnants ne s’est pas encore dissipée, le ciel se charge et l’obscurité a commencé son office. Marc Chalhoub, appareil à l’épaule, veille et attend le moment décisif. C’est une rencontre avec l’inattendu, encadrée sur un fond composé de construction et de texture. Le soleil et le bleu du ciel ne sont jamais au rendez-vous, mais le brouillard, les bourrasques de neige, le vent qui déplace les ramifications des arbres sont ses plus fidèles compagnons. Attentif à la nature qui l’entoure, il se plaît à absorber les choses avant de régler son viseur et de cliquer pour capter l’instant. « Sortir seul en pleine tempête avait un effet thérapeutique, confie l’artiste. Il m’arrivait, pour réaliser un cliché à double exposition ou à exposition longue, d’oublier le temps qui passait. En parfaite symbiose avec la nature, je renaissais. » À la fois figure symbolique et vecteur d’évolution, les arbres ont toujours attiré les artistes. Sujet privilégié parce que photogénique, ils possèdent en eux un mystère ambivalent, générateur à la fois d’angoisse et de sérénité, d’oppression et de sympathie. Les arbres, symboles de la vie, en ascension vers le ciel, majestueux et immuables, tantôt décoiffés ou altiers, tantôt énigmatiques et mystérieux, sont les témoins silencieux du temps qui passe et de la succession des saisons. La tribu de Marc Chalhoub se dresse avec une présence vénérable déployant ses forces secrètes, son entité divine et spirituelle, son énergie apaisante. Seul, individualisé, l’arbre devient personnage principal de l’œuvre, parfois transfiguré en objet inquiétant ou apaisant. À plusieurs comme dans une parfaite communion, se penchant les uns vers les autres, se tenant presque la main ou effectuant une belle ronde, on pourrait, si l’on fait silence, presque entendre les arbres parler.
Les arbres possèdent en eux un mystère ambivalent, générateur à la fois d’angoisse et de sérénité, d’oppression et de sympathie. Photo Marc Chalhoub
Intemporel et poétique
Chez Marc Chalhoub, le noir et le blanc jouent l’apaisement. Ses photos divinement contrastées donnent de la profondeur au blanc et de l’éclat au noir, et les gris sont subtilement dégradés. Les rayons lumineux structurent l’image et les cadrages particulièrement graphiques sont travaillés et réfléchis. Le travail de l’artiste, qui a pour vocation d’immortaliser l’instant, s’inscrit dans un autre rapport à la temporalité. Il photographie avec la lumière et attend avec patience le bon moment, pour produire des images hors du temps en les dépouillant pour n’en retenir que l’essentiel. Si le noir et blanc d’un minimalisme avoisinant l’art japonais permet d’accentuer les contrastes, de valoriser les volumes et les formes, de se concentrer sur le cadrage et la lumière, il a aussi le pouvoir de créer de l’intérêt venant du chaos, en mettant l’accent sur l’émotion au-delà des couleurs. Son rapport esthétique à ces « non-couleurs » met en valeur les formes et l’éclairage des sujets photographiés. « La photographie en noir et blanc est une magie à elle seule, précise l’artiste. C’est une interprétation du regard alors que les images en couleur en sont une reproduction. Ce choix a la capacité de créer une forte attention et de stimuler nos émotions. En supprimant la couleur, je participe à la mise en place d’une pureté où règne le chaos de la modernité et me rapproche du fine art. Je favorise le format carré, beaucoup plus graphique. » Aller à la rencontre des arbres de Marc Chalhoub, c’est ne plus regarder les arbres de la même façon.
Galerie Jacques Ouaiss.
Exposition collective avec Mouna Bassili Sehnaoui, Marc Chalhoub, Minnie Tabet et Nina Salem Shabb.
L’exposition se tiendra jusqu’au 19 décembre 2021.
Une exposition, quatre artistes
Dans le cadre du cycle de ses expositions collectives, Lorraine Ouaiss présente à la galerie Jacques Ouaiss le travail de quatre artistes et créateurs.
Médecin et professeure en pathologie à l’Université américaine de Beyrouth, Nina Salem Shabb y présente des œuvres en céramique qui explorent la relation entre l’expérience humaine, la faune et la flore. De par sa formation de pathologiste, ses réalisations sont détaillées comme examinées sous un regard microscopique. Les bénéfices de son travail sont reversés à des œuvres caritatives, principalement à Bterram.
Céramiste depuis une dizaine d’années, Minnie Tabet refuse l’appellation d’artiste. La céramique a toujours été sa passion et son passe-temps favori. Ses valises-sculptures attestent de sa nature de grande voyageuse, et bien qu’allergique aux champignons, elle n’hésite pas à les appréhender pour en faire une source d’inspiration qui donnera naissance à des œuvres colorées et ludiques.
Marc Chalhoub, graphiste, réalisateur, scénariste et photographe, expose pour la première fois sa série de photographies où l’arbre est à l’honneur.
Le style de Mouna Bassili Sehnaoui, artiste peintre confirmée, est influencé par un héritage culturel du Moyen-Orient. Elle favorise le traitement en aplats des couleurs et apporte une dimension très personnelle à ses espaces.


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