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Moyen-Orient - Nucléaire iranien

Entre Washington et Téhéran, les pourparlers reprennent... à reculons

Alors que redémarrent aujourd’hui les négociations indirectes à Vienne, la perspective d’une réactivation du Plan d’action global commun (JCPOA) n’a jamais paru aussi éloignée.

Entre Washington et Téhéran, les pourparlers reprennent... à reculons

Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique Rafael Grossi et le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique Mohammad Eslami se serrant la main lors de leur rencontre à Téhéran, le 23 novembre 2021. Photo Reuters

Les négociations indirectes sur le nucléaire reprennent aujourd’hui à Vienne, mais plus que jamais, l’opération ressemble à une tentative de ressusciter un cadavre, celui du marché qui avait été conclu en 2015 (JCPOA), comme si tous les acteurs pensaient, au fond, que ces pourparlers sont voués à l’échec mais qu’il faut tout de même leur donner une chance. Téhéran demande l’impossible à Washington, Washington menace de laisser tomber l’affaire et les Européens, fidèles à eux-mêmes, s’inquiètent. Sans compter l’un des non-protagonistes, Israël, qui, même s’il ne participe pas à ces discussions, fait des pieds et des mains pour que ses intérêts et ceux de ses alliés officiels et officieux du Golfe y soient priorisés. Depuis plusieurs semaines, l’État hébreu va jusqu’à faire planer le spectre d’une attaque directe contre la République islamique.

Conclu en 2015 sous l’administration de Barack Obama, l’Accord de Vienne visait à restreindre les activités nucléaires de Téhéran en échange d’un allégement des sanctions à son encontre. Il s’est toutefois vite heurté au jusqu’au-boutisme du président Donald Trump, avec pour conséquence le retrait unilatéral de Washington du deal en 2018, puis la réimposition et le renforcement des mesures punitives contre la République islamique. Si Joe Biden, actuel locataire de la Maison-Blanche, avait fait du retour au JCPOA la priorité de sa politique extérieure au Moyen-Orient, il a dès les premiers jours été confronté à une réalité bien différente de celle qui prédominait alors il y a six ans.

Les limites de la stratégie iranienne

Depuis 2019, l’Iran s’est progressivement affranchi des restrictions imposées à son programme nucléaire par l’Accord de Vienne. Il produit à présent de l’uranium enrichi à hauteur de 60 %, se rapprochant à grands pas des 90 % nécessaires à une utilisation militaire. Il a de plus su faire preuve d’une résilience certaine face aux manœuvres américaines et aux opérations de sabotage imputées à Israël, installant de nouvelles centrifugeuses, plus efficaces que les précédentes. Surtout, depuis sa victoire à l’élection présidentielle de juin, l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi – aligné sur les positions du véritable décideur iranien, le guide suprême Ali Khamenei – joue la carte maximaliste. À l’exigence déjà formulée par Téhéran, avant son arrivée aux commandes, d’une garantie écrite qu’aucune administration américaine ultérieure ne pourra se retirer de l’accord, se conjuguent désormais des requêtes réclamant l’annulation de toutes les sanctions, nucléaires comme non nucléaires. Demande quasi irrecevable pour la Maison-Blanche : quel message communiquerait-elle si elle revenait sur les mesures liées au terrorisme ou aux droits humains ? Téhéran a par ailleurs souligné à plusieurs reprises qu’il était hors de question d’étendre les discussions à ses autres activités, à savoir son programme balistique et son réseau régional de milices. Deux lignes rouges pour lui, mais des sujets plus sensibles que le nucléaire pour les plus proches alliés de Washington au Moyen-Orient, Israël et l’Arabie saoudite.

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L’inflexibilité de la République islamique s’explique par divers facteurs. Elle considère d’abord que c’est à Washington de faire des compromis puisque c’est lui qui est revenu sur ses engagements en 2018. Elle veut également amorcer les discussions en position de force, demander le maximum pour obtenir le minimum et engranger des concessions diplomatiques de son rival sans remettre en cause la posture antiaméricaine radicale adoptée par le nouveau pouvoir, celui-ci défendant l’éloignement de l’Occident et jetant son dévolu sur son environnement à l’Est. Pour certains analystes, Téhéran se montre vindicatif, car il semble en outre considérer que les gains engrangés par l’accord de 2015 n’avaient pas été à la hauteur des attentes et pense pouvoir encore faire monter les enchères en atténuant les dégâts en interne à travers une économie dite de «  résistance  », à savoir la consolidation d’un système autosuffisant au sein duquel l’État joue un rôle central. Mais la pandémie liée au coronavirus a démontré les limites de cette stratégie et la force de frappe de Washington. Téhéran a par exemple dû affronter une pénurie en fournitures médicales et médicaments à cause du refus des banques étrangères de traiter ses demandes en importation par peur des sanctions.

Menaces US d’action militaire

De leur côté, les Américains ne peuvent se montrer trop conciliants vis-à-vis d’une République islamique qui ne jure aujourd’hui que par le bras de fer, et doivent de surcroît ménager Tel-Aviv et Riyad. Le tout dans une arène politique locale marquée par une polarisation des positions sur le dossier iranien, y compris au sein du camp démocrate. À la mi-novembre, le média Axios dévoilait que Washington avait soulevé auprès d’Israël la possibilité d’un accord intérimaire avec l’Iran dans le but de gagner du temps dans les négociations. En échange d’une mise en pause de certaines activités iraniennes, la République islamique pourrait obtenir des États-Unis et de leurs alliés le déblocage des fonds iraniens gelés ou des dérogations aux mesures sur les biens humanitaires. Encore au stade de réflexion, la suggestion a pour le moment recueilli un avis défavorable de l’État hébreu qui craint que l’«  intérimaire  » ne se mue en «  permanent.  »

Face aux provocations iraniennes, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a assuré fin octobre que «  toutes les options étaient sur la table », n’écartant pas la possibilité d’une action militaire pour saper le programme nucléaire de son adversaire. En parallèle, l’envoyé spécial américain pour l’Iran Robert Malley est récemment parvenu à rallier le soutien des pays du Golfe – dont certains ont par le passé été des opposants farouches à l’accord de 2015 – en faveur d’un «  retour mutuel à une conformité totale  » au deal.

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En dépit de l’entremise de Paris, Londres et Berlin, Washington doit prendre en compte la dégradation de ses relations avec Pékin et Moscou, autres parties au JCPOA. Qui plus est, malgré ses dénégations, la Chine aurait réussi à contourner les sanctions US et à importer plus d’un demi-million de barils de pétrole iranien par jour en moyenne au cours des trois derniers mois, d’après les dires de commerçants et de sociétés de suivi des navires interrogés par l’agence Reuters. Alors que les alliés européens de Washington avaient – dans le cadre des six séries de pourparlers tenues entre avril et juin – exprimé un certain optimisme, c’est désormais l’état d’esprit inverse qui domine, galvanisé par le conflit entre Téhéran et l’Agence internationale de l’énergie atomique. Les inspecteurs de l’AIEA se sont ainsi vu refuser à nouveau l’accès au site nucléaire de Karaj, où ils devaient réinstaller des caméras de surveillance. Malgré tout, l’organisation a décidé de ne pas voter une motion de censure contre l’Iran la semaine dernière afin de ne pas mettre en péril une reprise des négociations. Même s’il est peut-être trop tard pour espérer une réactivation du deal.


Les négociations indirectes sur le nucléaire reprennent aujourd’hui à Vienne, mais plus que jamais, l’opération ressemble à une tentative de ressusciter un cadavre, celui du marché qui avait été conclu en 2015 (JCPOA), comme si tous les acteurs pensaient, au fond, que ces pourparlers sont voués à l’échec mais qu’il faut tout de même leur donner une chance. Téhéran demande...

commentaires (5)

Le problème Iranien c’est comme le jeu d’échec bien Perse, le roi doit survivre même si il faut sacrifier une partie de la population. Est comme le Roi (ayatollah) n’a rien à ciré du bien être de sa population, il ira jusqu’au bout pour retarder la partie même si les bombes devront la finir. Le même scenario sévit actuellement dans la pays des cèdres sous la domination du roi du sud.

DAMMOUS Hanna

13 h 23, le 02 décembre 2021

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Commentaires (5)

  • Le problème Iranien c’est comme le jeu d’échec bien Perse, le roi doit survivre même si il faut sacrifier une partie de la population. Est comme le Roi (ayatollah) n’a rien à ciré du bien être de sa population, il ira jusqu’au bout pour retarder la partie même si les bombes devront la finir. Le même scenario sévit actuellement dans la pays des cèdres sous la domination du roi du sud.

    DAMMOUS Hanna

    13 h 23, le 02 décembre 2021

  • LES CRABES SE PARLENT EN BAVANT A RECULON.

    DENIONS LA CENSURE.GARDONS NOS LIBRES EXPRESSIONS.

    14 h 29, le 29 novembre 2021

  • J' espere que ces fossoyeurs vont gouter un jour du plomb americain, bien fait , et que l' on va en finir avec ce cancer au MO...!

    LeRougeEtLeNoir

    10 h 55, le 29 novembre 2021

  • Toutes ces discussions ne servent rien. L'Iran veut sa bombe. C'est évident et il est prêt à affamer sa population pour cela. L'enrichissement de l'uranium à 60% (alors que 3 - 4% suffisent pour une utilisation civile) le prouve. Le programme poursuivi depuis des années a déjà coûté trop cher (directement par le prix des centrifugeuses, et indirectement par les sanctions américaines) pour qu'il soit question de revenir en arrière. Et tant pis pour la population! En quoi cela importe-t-il à des mollahs qui estiment n'avoir de compte à rendre qu'à Dieu?

    Yves Prevost

    07 h 39, le 29 novembre 2021

  • Il est evident que les iraniens ne sont pas interesses par un accord et cherchent a gagner du temps jusqu a obtenir la bombe atomique,ce qui semble etre imminent…l administration BIDEN et les europeens ne sont franchement pas a la hauteur face a cette theocratie diabolique experte en manipulations ….

    HABIBI FRANCAIS

    06 h 32, le 29 novembre 2021

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