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Culture - Installations

Quand l’art plonge dans le cerveau et navigue parmi neurones et synapses

À l’Institut français de Beyrouth, en partenariat avec la Région PACA – Zinc & Seconde Nature, dans le cadre du Festival Novembre numérique, on célèbre les arts numériques à travers deux œuvres immersives : « La Symphonie des vagabonds » de Yoann Ximenes et « I will sleep when I’m dead » réalisée par Jeanne Susplugas.

Quand l’art plonge dans le cerveau et navigue parmi neurones et synapses

« I will sleep when I’m dead » est une plongée dans le cerveau, une navigation parmi les neurones et synapses. © Grégoire Édouard

Sous la bannière de Novembre numérique, un festival qui se déroule depuis cinq ans dans tous les instituts français du monde entier au mois de novembre, l’Institut français de Beyrouth présente, deux œuvres où les artistes ont recours à l’art numérique pour donner naissance à des œuvres traditionnelles aux dimensions innovantes, que ce soit dans le médium utilisé ou par l’œuvre elle-même. Les projets choisis – La Symphonie des vagabonds de Yoann Ximenes et I will sleep when I’m dead de Jeanne Susplugas – sont oniriques et poétiques bien plus que numériques. Les dessins de Jeanne Susplugas, quoique ludiques et poétiques par moments, mettent le spectateur face à des sensations contradictoires qui peuvent tantôt le troubler et l’inquiéter, tantôt le rassurer et le rasséréner. Yoann Ximenes, quant à lui, invite le spectateur à faire un voyage dans l’espace en « lowtech » (technologie simple, peu onéreuse, accessible à tous).

Confrontez votre cerveau

D’abord mettre le casque, puis se laisser entraîner au fil de vos pensées, plonger dans le cerveau et naviguer parmi les neurones et les synapses. C’est le voyage quasi psychanalytique que propose Jeanne Susplugas à travers son œuvre I will sleep when I’m dead. L’esprit se perd à travers un labyrinthe matérialisé par des dessins 2D et 3D. « Le titre de mon œuvre renvoie à une double interprétation, précise l’artiste, d’abord le courant de la vie qui ne vous octroie aucun répit, ensuite le désir d’être toujours dans l’action, d’être vivant. Si je sonde le cerveau humain, c’est pour décrypter ce qu’il recèle comme pensées enfouies que nous avons souvent tendance à refouler. » Après avoir fait une résidence dédiée à la réalité virtuelle, Jeanne Susplugas collabore avec un codeur (celui qui développe les idées qu’elle réfléchit). De la vidéo au dessin en passant par la sculpture, elle se définit comme étant une artiste au travail très protéiforme. Pour avoir collaboré avec des céramistes, des maîtres verriers et autres artisans, le travail en équipe est un exercice dont elle connaît les rouages. « Pour ce projet, dit-elle, j’ai sollicité l’aide d’un neuroscientifique de l’Institut Pasteur et au fil de nos entretiens, j’ai commencé à dessiner le cerveau à la manière de portraits. C’était une manière de me poser la question : qu’est-ce que le portrait aujourd’hui? J’ai interrogé des pharmaciens, des médecins, psychiatres et psychologues. Je reproduisais les idées dans des dessins et des images afin de recréer un langage universel. Chaque dessin dissimulait une personnalité différente. »

Le voyage de Jeanne Susplugas prend son départ par la représentation d’une petite maison. Elle renvoie à la boîte crânienne, mais aussi au monde de l’intime.

Le spectateur s’imagine d’abord être dans un ciel étoilé, mais ce sont les synapses, avec toutes les pensées qui peuvent traverser l’esprit. Certaines sont actives et ont une incidence sur la navigation selon que l’on regarde à gauche ou à droite (procédé du eyes tracking) et à chaque pensée, trois choix sont possibles. C’est l’idée d’un voyage pseudo-psychanalytique avec l’effet barnum.

Utilisé dans l’astrologie, ce concept s’appuie sur la tendance des gens à se reconnaître dans des propos pourtant très généralistes, sans se rendre compte qu’ils pourraient s’appliquer à n’importe qui. Résultat, personne ne fait le même voyage, et si on venait à répéter l’expérience, elle ne sera jamais pareille. C’est un plaisir et une expérience à l’infini.

« La Symphonie des vagabonds », installation multimédia qui nous fait découvrir visuellement et musicalement les sons que produisent les planètes du système solaire. DR

Le cosmos est vibratoire

Artiste plasticien originaire de Perpignan, Yoann Ximenes a travaillé à l’interface du son et de la matière qu’il traite. Ses œuvres interrogent et révèlent les mouvements et les régularités géométriques inscrites au cœur de la matière, et lui permettent de relier l’infiniment grand à l’infiniment petit, la matière et le cosmos. Toute son œuvre tourne autour de la représentation visuelle du son. « J’essaie, dit-il, d’incarner le son, parce que la parole dans beaucoup de croyances engendre le réel. Pour moi, tout l’univers est vibration et cette vibration, même si on ne la perçoit pas, est sonore. »

À l’Institut français, dans le cadre du Festival Novembre numérique, il offre un voyage à travers le système solaire dans son installation La Symphonie des vagabonds. « En grec ancien, précise l’artiste, le mot planète évoque les étoiles qui étaient mouvantes mais se traduit aussi par le mot vagabond.

J’ai voulu coordonner les rotations des planètes autour du soleil et transposer en fréquence audio cette rythmique à la manière d’un métronome.

À chaque mouvement correspond un son et cette sonorité donne une note de musique qui sera propre à chacune des planètes : la Terre (par ex.) sera en La dièse, Venus sera en Si bémol. » Dans une salle obscure où l’artiste vous invite à vous étendre pour regarder son ciel, vous rencontrerez Vénus, Mercure et les autres dans un mouvement musical et dansant. L’artiste a installé au sol un dispositif composé de haut-parleurs, à l’intérieur duquel un petit récipient contient de l’eau tantôt colorée de bleu tantôt de rouge. Une lumière s’allume et éclaire l’eau en forme de vaguelettes et traverse la lentille pour être projeté au plafond.

Les images qui en ressortent ne sont pas des images vidéo numériques ou enregistrées, c’est l’effet de la lumière sur l’eau instantanément projeté au plafond. Tous les sons qui sortent s’opposent.

« Le son, ajoute Ximenes, est à la base de tout, c’est lui qui crée le graphisme grâce à la vibration. Parce que le cosmos est vibratoire et peut produire une sorte de mélodie cosmique, mon désir était d’illustrer d’une manière poétique une création où l’on observe ce que peut engendrer le son. » Institut français du Liban, jusqu’au 30 novembre.


Sous la bannière de Novembre numérique, un festival qui se déroule depuis cinq ans dans tous les instituts français du monde entier au mois de novembre, l’Institut français de Beyrouth présente, deux œuvres où les artistes ont recours à l’art numérique pour donner naissance à des œuvres traditionnelles aux dimensions innovantes, que ce soit dans le médium utilisé ou par...

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