Le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi. Archives/ Mandel Ngan/Pool/Reuters
Le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, doit effectuer à partir du 22 novembre une visite à Téhéran, quelques jours après s’être plaint de l’absence de contacts avec le gouvernement iranien sur le dossier nucléaire.
L’annonce de ce déplacement intervient le jour de la publication par l’AIEA à Vienne d’un rapport affirmant que l’Iran a significativement augmenté ces derniers mois la quantité d’uranium hautement enrichi, contrairement à ses engagements pris dans l’accord international de 2015 sur le programme nucléaire iranien.
Selon des estimations de début novembre, Téhéran a ainsi porté son stock enrichi à 60 % à 17,7 kg, contre 10 kg fin août, tandis que celui à 20 % est passé de 84,3 à 113,8 kg. L’Iran dépasse ainsi largement la limite de 3,67 % fixée par le « plan d’action global commun » (JCPOA, selon son acronyme anglais).
La visite de M. Grossi coïncidera en outre avec le début du prochain Conseil des gouverneurs de l’AIEA le 22 novembre et aura lieu une semaine avant la reprise, le 29 novembre à Vienne, des négociations entre l’Iran et les grandes puissances visant à tenter de sauver l’accord de 2015. Celui-ci est censé limiter drastiquement le programme nucléaire iranien en échange d’un allègement des sanctions.
M. Grossi est attendu lundi soir à Téhéran à l’invitation de l’Iran. Il « rencontrera mardi le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), Mohammad Eslami, et le chef de la diplomatie iranienne, Hossein Amir-Abdollahian », a indiqué le porte-parole de l’OIEA, cité par l’agence de presse iranienne Fars.
Le 12 novembre, M. Grossi s’était plaint de l’absence de contacts avec le gouvernement en Iran en place depuis août. « Je n’ai eu aucun contact avec ce gouvernement », a déclaré M. Grossi aux journalistes, ajoutant que les seules exceptions avaient été des « conversations techniques » avec Mohammad Eslami. « C’est stupéfiant, et je dis cela ouvertement parce que je le leur dis à eux », a-t-il ajouté, expliquant qu’il y avait « une longue liste de choses dont on a besoin de discuter ». Trois jours plus tard, les Affaires étrangères iraniennes annonçaient avoir adressé une invitation à M. Grossi à venir rencontrer leur chef.
La dernière visite de M. Grossi à Téhéran remonte au 12 septembre, et il avait rencontré seulement le chef de l’OIEA. Le chef de l’AIEA avait alors négocié un accord avec l’OIEA sur l’entretien des équipements de surveillance du programme nucléaire iranien. Et il devait revenir rapidement pour discuter avec le gouvernement investi en août et avait suggéré de pouvoir rencontrer « le président ou le ministre des Affaires étrangères ». « C’est à eux (aux Iraniens) de décider », avait-il ajouté.
Par ailleurs, l’AIEA a réfuté la possible utilisation de ses caméras de surveillance par les auteurs de l’attaque d’un site nucléaire iranien, comme l’a suggéré Téhéran, selon le même rapport publié hier. Rafael Grossi, « rejette catégoriquement l’idée que les caméras de l’agence aient joué un rôle pour aider une tierce partie à lancer une attaque sur le complexe de Tesa, situé à Karaj », près de Téhéran, en juin, est-il écrit. Les autorités iraniennes ont en effet informé l’AIEA qu’elles « enquêtaient pour déterminer si les terroristes avaient utilisé » l’équipement de l’agence.
Levée des sanctions
Après cinq mois de suspension, les négociations entre Téhéran et les autres pays encore parties à l’accord de 2015 (Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni, Russie) doivent reprendre le 29 novembre pour tenter de relancer ce pacte historique. Les États-Unis, qui se sont retirés unilatéralement de l’accord en 2018 et rétabli ensuite les sanctions contre l’Iran, participeront de manière indirecte aux discussions. En retour, Téhéran s’est progressivement affranchi des engagements pris dans cet accord.
Les responsables iraniens ne cessent de répéter la position de leur pays sur le retour irrévocable des États-Unis au pacte et la levée des sanctions qui asphyxient l’économie iranienne. « Nous avons entendu les intentions des États-Unis et leurs exigences pour qu’ils rejoignent les (discussions de Vienne), mais pour nous, ce qui compte, c’est d’être assurés de la levée des sanctions après les vérifications et les garanties nécessaires », a indiqué le 15 novembre le porte-parole de la diplomatie iranienne.
L’accord de 2015 est censé empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, alors que Téhéran a maintes fois démenti avoir l’intention de fabriquer une telle arme en insistant sur le caractère pacifique de son programme.
Source : AFP

