L’acteur français Philippe Caubère. Anne-Christine Poujalat/AFP
Il campe tour à tourmaître Cornille, le curé de Cucugnan et même la chèvre Blanquette : pour son retour sur scène après deux ans d’absence, Philippe Caubère donne vie à lui seul aux emblématiques personnages des Lettres de mon moulin.
Figure de la scène théâtrale française, ex-pilier du théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine, le comédien de 71 ans, connu pour ses pièces autobiographiques, est à l’affiche pour la première fois, depuis le classement sans suite en 2019, d’une plainte pour viol et la condamnation en septembre dernier de son accusatrice pour diffamation.
Pour son retour, au théâtre de l’œuvre, il a choisi un ouvrage qui enchante des génrations depuis 150 ans, Lettres de mon moulin (1869), recueil de nouvelles et légendes pittoresques sur la Provence.
« J’ai relu Alphonse Daudet et je me suis rendu compte à quel point il était un immense écrivain comme Balzac et Zola, bien loin des lectures enfantines auxquelles il est souvent associé. Son œuvre est une formidable introduction à la littérature », déclare à l’AFP Philippe Caubère.
L’acteur estime qu’« il y a un vrai théâtre dans ces histoires, avec la possibilité de jouer tous les accents du Sud ». Il a « su tout de suite » qu’il devait « apprendre par cœur ». « La lecture jouée ou non reste pour moi le degré zéro du théâtre. Apprendre par cœur, c’est pénétrer le texte plutôt que le survoler. Je voulais absolument incarner ces Lettres de mon moulin comme si c’était moi qui les avais imaginées », ajoute le comédien récompensé de trois Molière, dont un remporté pour Ariane ou l’âge d’or (1997).
Meunier, curé
Seul en scène et sans aucun décor, le comédien en redingote et gilet brodé XIXe interprète une quinzaine de Lettres de mon moulin qu’il joue par alternance : Le secret de maître Cornille, La chèvre de Monsieur Seguin et Le curé de Cucugnan, par exemple, les jours impairs, La mule du pape, Les deux auberges et L’Élixir du révérend père Gaucher (et d’autres encore), les jours pairs.
Meunier, curé ou petite chèvre intrépide, Philippe Caubère donne vie à tous les personnages hauts en couleur de Daudet, animaux compris, avec autant d’accents et de mimiques qui embarquent les spectateurs au cœur de la Provence du XIXe siècle.
C’est justement en Provence que le comédien a appris ses textes, pendant les confinements, « en marchant près de chez moi, entre Aix et Salon-de-Provence », raconte-t-il. Il voit dans ce spectacle « l’occasion de s’enfuir de ce » bordel général « dans lequel on est, pour retrouver la Provence » d’il y a 150 ans.
Philippe Caubère dit avoir été « profondément atteint » par les accusations à son encontre. « Je continue de faire instruire des plaintes contre celle qui m’a accusé. Mon avocate tient à mener cette action jusqu’au bout, estimant que c’est important pour moi comme pour tout le monde », ajoute-t-il.
« C’est dommage que chaque fois qu’il y a une révolution, elle apporte très vite son lot de malheurs », regrette-t-il, en référence au mouvement MeToo.
Jean-François GUYOT/AFP

