Des soldats irakiens déployés en masse après la tentative d’assassinat contre le Premier ministre Mostapha Kazimi, le 7 novembre 2021. Thaier al-Sudani/Reuters
L’attaque aux drones piégés qui a visé dimanche à Bagdad le Premier ministre irakien Mostapha el-Kazimi a été perpétrée par au moins une milice pro-iranienne, ont déclaré hier des sources proches des services de sécurité et des milices à Reuters. Les drones et les explosifs utilisés étaient de fabrication iranienne, ont ajouté ces sources souhaitant rester anonymes.
Les sources proches des services de sécurité irakiens et celles proches des milices irakiennes soutenues par l’Iran ont en revanche divergé sur les factions impliquées.
Pour deux sources proches des services de sécurité, l’attaque aurait été menée conjointement par le Hezbollah irakien (Kataeb Hezbollah) et une autre puissante milice chiite, Assaïb Ahl al-Haq. Une source proche des milices pro-iraniennes a déclaré que le Hezbollah irakien était impliqué, sans pouvoir confirmer le rôle de la milice Assaïb. Aucune des deux milices n’a répondu dans l’immédiat à une demande de commentaire, et à Téhéran, le gouvernement iranien n’a pas non plus répondu à cette demande.
L’attaque contre Mostapha el-Kazimi, qui n’a pas été revendiquée officiellement pour l’instant, a blessé plusieurs de ses gardes du corps mais le Premier ministre en est sorti indemne. Elle a ravivé les tensions en Irak, quelques semaines après les législatives anticipées du 10 octobre, dont les résultats ont été contestés par plusieurs formations politiques liées aux milices chiites pro-Iran.
Lié aux élections
Les analystes interrogés par l’AFP sont unanimes : la tentative d’assassinat du Premier ministre est intimement liée aux résultats des élections législatives et aux tractations destinées à former des alliances parlementaires entre partis, puis à désigner un nouveau gouvernement.
Les partisans du Hachd al-Chaabi, une coalition d’anciens paramilitaires pro-Iran désormais intégrés à l’État irakien, « possèdent un pouvoir de coercition », rappelle Renad Mansour, du centre de réflexion Chatham House. Et ils refusent d’être exclus des négociations qui se déroulent en coulisses.
À la veille de l’attentat contre le Premier ministre, l’influent leader chiite Moqtada Sadr, dont le courant est le grand gagnant des élections, menait ainsi des pourparlers avec des responsables sunnites et chiites, mais sans représentant de l’Alliance de la conquête, le bras politique du Hachd al-Chaabi.
Les pro-Iran « ont utilisé différentes tactiques pour faire pression sur le gouvernement pendant les négociations », explique Lahib Higel de l’International Crisis Group. « Ils ont crié à la fraude, ils ont fait pression dans la rue et vendredi ils ont essayé d’entrer dans la Zone verte », où se trouvent l’ambassade américaine et des bâtiments gouvernementaux, énumère-t-elle.
Samedi, les partisans du Hachd al-Chaabi ont installé un nouveau campement devant un accès à la Zone verte, quelques heures avant l’attaque au drone contre la résidence du Premier ministre, située dans ce périmètre ultra-sécurisé.
Vendredi soir, après les affrontements entre manifestants pro-Hachd al-Chaabi et la police, Qaïs el-Khazali, le chef d’Assaïb Ahl al-Haq, l’un des principaux groupes du Hachd, a « menacé » Mostapha el-Kazimi, souligne le chercheur Hamdi Malik sur Twitter. Dans une vidéo, M. Khazali s’adresse directement à M. Kazimi en évoquant le « sang des martyrs », c’est-à-dire deux manifestants, qui selon lui, ont été tués pendant les heurts. Il promet « un procès » au Premier ministre.
Par le passé, poursuit Hamdi Malik, les factions pro-Iran ont « menacé » le Premier ministre irakien pour faire entendre leurs griefs, mais l’attaque au drone piégé est « une tentative d’assassinat » de leur part.
En Irak, « l’utilisation de drones » par les factions pro-Iran est « devenue une stratégie récurrente pour mettre en garde ». « Mais aucun haut responsable n’a encore été tué lors de l’une de ces attaques », rappelle Renad Mansour.
Résultats confirmés
Dans ce contexte, la commission électorale irakienne a annoncé lundi la conformité des résultats après le recomptage de dizaines de milliers de bulletins, réclamé par des factions pro-Iran perdantes aux législatives d’octobre. Après l’examen des recours des factions contestataires, la commission a indiqué avoir conclu à la conformité des résultats, en annonçant dans un communiqué la fin du recomptage manuel des bulletins dans 4 324 urnes. « Nous avons vérifié tous les bulletins dans les bureaux de vote contestés et les résultats correspondent à ceux déjà annoncés », est-il indiqué. La commission a ajouté qu’elle annoncerait les résultats définitifs des élections après leur confirmation par le comité juridique, sans avancer de date.
Sources : agences

