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Culture - Cinéma

« Spencer », ou l’histoire d’un enfermement mental

À l’affiche de Grand Cinémas ABC, « Spencer » de Pablo Larrain offre une plongée vertigineuse dans l’âme torturée de Lady Diana. Sublime et déchirant, le film offre à Kristen Stewart son meilleur rôle.

« Spencer », ou l’histoire d’un enfermement mental

Kristen Stewart incarne Diana dans la meilleure performance de sa carrière. Photo DR

S’ouvrant sur le titre « Une fable d’une histoire vraie », Spencer, le film de Pablo Larrain, n’est pas le biopic auquel le public est habitué. Il s’agit, comme l’annonce le titre, d’une fable tirée d’une vraie tragédie. Il ne raconte pas l’histoire de la vie de Diana, il est une fiction plus qu’un fait, qui plonge le spectateur dans les affres de la psychologie tumultueuse de Lady Diana, un regard pour saisir son âme torturée, le temps d’un week-end.

Après Jackie, du même metteur en scène chilien où Natalie Portman errait comme un fantôme dans les couloirs vides de la Maison-Blanche, le réalisateur retrouve dans Spencer cette figure fantasmagorique pour mettre l’accent sur la solitude de son héroïne à ce moment charnière de sa vie (c’est après ces trois jours qu’elle décidera de divorcer du prince Charles).

Deux contraintes pour réaliser un film sur la princesse Diana s’imposent d’emblée. D’abord, Diana n’a jamais quitté les pensées du public. Tout le monde connaît par cœur ses mimiques, sa gestuelle, son look. Tout le monde garde en mémoire sa taille, sa coupe de cheveux, sa présence magnifique, son nez légèrement tordu, ses grands yeux tristes. Lady D était unique. Ensuite, personne ne ressemble à Diana. Jouer à la princesse ne va donc pas sans défis. Obtenir cet accent juste, tellement distinct et particulier, reproduire les expressions, les gestes, la voix et le langage corporel caractéristiques de Diana, et ainsi créer l’illusion de Diana, voilà ce que Kristen Stewart s’est efforcée à faire : habiter l’esprit et la présence de Diana dans une mesure presque étrange. Le résultat est un sans-faute.

Une petite histoire dans l’histoire

Décembre 1991, le mariage entre le prince et la princesse de Galles (Jack Farthing) bat de l’aile depuis longtemps. Les rumeurs de divorce et de liaisons extraconjugales inondent la presse britannique. Le couple est sous les feux des projecteurs et la reine veut calmer le jeu, décréter une trêve en cette période de fêtes. Le film se déroule durant un week-end de Noël, dans le domaine de Sandringham, et prend la forme d’un journal intime, voyeuriste, pour attester du désenchantement dévorant de la princesse. Diana est en retard pour le début des festivités. Seule au volant de sa Porsche, elle se perd dans cette région qu’elle connaît et où elle a pourtant grandi. Le fait qu’elle soit seule n’est pas un hasard. Le week-end n’a même pas commencé et déjà, le film nous apprend deux choses : qu’elle est en rupture et qu’elle est perdue. Arrivée sans chauffeur ni garde du corps, elle est accueillie par un ancien officier militaire au visage sévère (Thimothy Spall), amené sur les lieux pour garder un œil sur elle, et par sa dame de compagnie Maggy (Sally Hawkins), seule confidente et personne digne de confiance. Pour cette même raison, Maggy sera renvoyée : « À Sandigram, il ne peut y avoir de secrets, les murs ont des oreilles. »

Le reste ressemblera étrangement à une descente aux enfers. La vie au sein de la cage dorée de la famille royale est étouffante, comme tente de l’expliquer la princesse à ses deux fils. « Ici, dit-elle, il n’y a qu’un temps, il n’y a pas d’avenir, et le passé et le présent sont la même chose. Il n’y a pas de place pour tout ce qui n’est pas tradition. » Durant son séjour, Diana assume son rôle de mère pour ses deux fils William (Jack Nielen) et Harry (Freddie Spry), affronte ses troubles alimentaires qui contrastent avec le déploiement de nourriture décrit avec beaucoup de minutie ; la séquence d’arrivée quasi militaire des provisions pour les trois jours de fêtes de la famille royale est millimétrée, scrutée, rien ne dépasse. Le chef cuisinier (interprété par Sean Harris) prévient ses troupes : ils n’ont pas droit à l’erreur, on ne badine pas avec les traditions royales. Confrontée à une balance sur laquelle elle doit être pesée au début et à la fin du week-end, à une série de tenues présélectionnées qu’elle est censée porter pour tout, des repas aux sorties à l’église, Diana se sent non seulement totalement gérée et limitée, mais instantanément étouffée par son entourage. Le refuge, elle le trouvera en compagnie de ses enfants.

Mode, crise nerveuse

Âgée de 31 ans, l’actrice américaine Kristen Stewart a été surtout connue du public pour son rôle principal dans The Twilight Saga. Depuis, elle s’est fait un devoir de jouer des rôles dans des films indépendants, en plus de films grand public, comme Charlie’s Angels en 2019.

Kristen Stewart ne se contente pas d’usurper l’identité (bien qu’au niveau de l’imitation, elle soit superbe) de Lady Di. Elle se transforme ; elle change d’aspect, de rythme. La plupart du temps, nous voyons une femme d’une élégance inégalable, sauf qu’une partie d’elle est maintenant devenue une épave. Sa manière d’incliner la tête, d’obtenir la voix parfaite de la princesse, de balancer ses yeux sans cesse avec un regard affichant soit une sorte de désespoir, soit une timidité selon la situation... À aucun moment, Kristen Stewart n’est dans le rôle de Diana. Elle est Diane.

Écrit par Steven Knight, le scénario de Spencer n’aborde pas le film en revisitant le mythe de la princesse du peuple construit par les médias. Knight et Larraín évitent de céder à la facilité. Au lieu de cela, ils offrent au public un récit réaliste profondément préoccupé par l’analyse de la psychologie de Diana, et plus particulièrement par ses nombreux démons, usant de moyens différents que ceux de raconter une vie. Le film est accompagné de la bande son la plus déconcertante de Jonny Greenwood. Des cordes aiguës au tintement des carillons en verre, tout est là pour accentuer l’expérience bouleversante que vit la princesse. Vers la fin du film, un flash-back de mode revisite Diana au début de sa jeunesse dans certaines de ses tenues les plus célèbres, comme sa robe de mariée. Spencer est un film avec l’audace et l’imagination pour dépeindre Diana non comme une princesse rebelle, mais comme la femme de chair et de sang qu’elle était, et le film crée une sorte de projection onirique de sa vie intérieure. Spencer est une sorte d’histoire de survie où trois jours dans la vie de la princesse ressemblent à une éternité, portée par Kristen Stewart dans la meilleure performance de sa carrière.

* « Spencer » de Pablo Larrain au Grand Cinemas ABC.

S’ouvrant sur le titre « Une fable d’une histoire vraie », Spencer, le film de Pablo Larrain, n’est pas le biopic auquel le public est habitué. Il s’agit, comme l’annonce le titre, d’une fable tirée d’une vraie tragédie. Il ne raconte pas l’histoire de la vie de Diana, il est une fiction plus qu’un fait, qui plonge le spectateur dans les affres de la psychologie tumultueuse de Lady Diana, un regard pour saisir son âme torturée, le temps d’un week-end.Après Jackie, du même metteur en scène chilien où Natalie Portman errait comme un fantôme dans les couloirs vides de la Maison-Blanche, le réalisateur retrouve dans Spencer cette figure fantasmagorique pour mettre l’accent sur la solitude de son héroïne à ce moment charnière de sa vie (c’est après ces trois jours qu’elle décidera de...
commentaires (1)

wow.....et enfin de compte, la belle Diana Assassinée par la famille royale au UK...révoltant.

Marie Claude

10 h 24, le 07 novembre 2021

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Commentaires (1)

  • wow.....et enfin de compte, la belle Diana Assassinée par la famille royale au UK...révoltant.

    Marie Claude

    10 h 24, le 07 novembre 2021

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