Amélie Nothomb, 55 ans, une créature médiatique autant adulée que critiquée. Photo Joel Saget/AFP
Le Goncourt a été décerné hier au Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, pour son roman La plus secrète mémoire des hommes (éd. Philippe Rey). L’auteur devient ainsi, à 31 ans, le premier écrivain d’Afrique subsaharienne à être consacré par ce prix, et aussi l’un des plus jeunes lauréats. Comme Amélie Nothomb (qui, elle, a obtenu le Renaudot pour son trentième opus publié Premier sang edité chez Albin Michel), Mohamed Mbougar Sarr faisait figure de favori. Il avait été désigné comme tel par les journalistes littéraires qu’avait interrogés la revue Livres Hebdo.
Après une édition 2020 par visioconférence, le Goncourt était remis, cette fois, au restaurant Drouant, dans le quartier de l’Opéra à Paris, où s’était réuni, comme le veut la tradition, un jury de sept hommes et trois femmes.
« Mohamed Mbougar Sarr a obtenu six voix au premier tour pour son roman La plus secrète mémoire des hommes, qui s’inspire du destin maudit de l’écrivain malien Yambo Oulologuem », a annoncé Philippe Claudel, secrétaire général du Goncourt. D’autres voix sont allées à Sorj Chalandon pour Enfant de salaud (Grasset) et au Haïtien Louis-Philippe Dalembert pour Milwaukee Blues (Sabine Wespieser). Aucune ne s’est portée sur Christine Angot avec Le Voyage dans l’Est (Flammarion), qui avait remporté la semaine précédente le prix Médicis.
« Je ressens beaucoup de joie. Tout simplement », a déclaré le lauréat trentenaire à la presse à son arrivée à Drouant. « Je n’ai pas encore de mots pour en parler », a-t-il ajouté, se disant « très reconnaissant » et « heureux ».
Mohamed Mbougar Sarr, Prix Goncourt 2021. Photo Bertrand Guay/AFP
« Lu d’une traite »
Le président de l’Académie Goncourt, Didier Decoin, qui n’avait pas caché son admiration pour le roman de Mohamed Mbougar Sarr, a salué un « très beau livre » et un « hymne à la littérature ». « Ce que j’aime dans la littérature, c’est quand elle ouvre ses fenêtres. Je l’ai lu d’une traite », a-t-il déclaré. « Avec ce jeune auteur, on est revenu aux fondamentaux du testament du Goncourt. Trente et un ans, quelques livres devant lui. Espérons que le Goncourt ne lui coupera pas son désir de poursuivre », a commenté Philippe Claudel. « Ça c’est fait au premier tour. C’est écrit de façon flamboyante. C’est un hymne à la littérature », a souligné Paule Constant, autre membre du jury.
Ce Goncourt 2021 couronne les efforts d’un travailleur obstiné. Né en 1990, à Diourbel, dans le centre du Sénégal, ce fils de médecin qui, dès son jeune âge, se révèle avide lecteur et excellent élève, part suivre des classes préparatoires en France, dans un lycée de Compiègne près de Paris. Il poursuit son parcours à l’École des hautes études en sciences sociales et fait son entrée en littérature dès ses 24 ans, avec Terre ceinte, publié par une maison dont le catalogue l’avait formé, Présence africaine.
Repéré par Philippe Rey, Mohamed Mbougar Sarr a bénéficié du soutien attentif de cet éditeur à l’expertise reconnue pour la littérature francophone.
« J’ai eu beaucoup de chance, d’avoir été soutenu : ce n’est pas le cas de tous les écrivains africains. Ni de tous les écrivains tout court ! Je suis bien conscient qu’être un écrivain africain publié en France peut être compliqué, comme pour tous ceux qui viennent d’une marge. Mais c’est en train de changer. Que la littérature africaine reste largement à connaître, c’est aussi une chance pour elle », estimait l’écrivain, interrogé en septembre par l’AFP.
Mohamed Mbougar Sarr succède à Hervé Le Tellier, dont le roman L’Anomalie, primé l’année dernière lors d’une cérémonie en visioconférence, en raison de la crise sanitaire liée au Covid-19, avait néanmoins dépassé le million d’exemplaires vendus.
« Papa on a le prix ! »
Annoncé, comme de tradition, quelques secondes après le Goncourt et au même endroit, le prix Renaudot, a également été décerné hier, à Amélie Nothomb pour Premier sang (Albin Michel), consacré aux mémoires fictives de son père, décédé en 2020.
« Là vraiment j’ai envie de dire : papa, on a le prix ! » s’est exclamée l’autrice à succès, qui a été élue au 2e tour, avec 6 voix, contre 3 pour La Carte postale d’Anne Berest (Grasset).
Depuis son premier livre Hygiène de l’assassin en 1992, l’écrivaine belge aux chapeaux gothiques écrit sans relâche, publiant tous les ans au mois d’août et avec la même frénésie, un ouvrage au succès populaire quasi constant.
Dotée d’une productivité gargantuesque, créature médiatique autant adulée que critiquée, Amélie Nothomb a trouvé dans les mots de quoi étancher sa soif existentielle.
Amélie Nothomb, âgée de 55 ans, affirme écrire entre trois et quatre romans par an pour n’en publier qu’un seul. « Les autres ne seront jamais divulgués. J’ai pris des dispositions testamentaires en ce sens. »
Le Renaudot de l’essai a été décerné à Dans ma rue y avait trois boutiques (Presses de la Cité) d’Anthony Palou, a précisé Franz-Olivier Giesbert, un des jurés du Renaudot.
L’OLJ/AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine