Critiques littéraires Roman

Ecce robot

Un livre salué avec respect, curiosité et enthousiasme. Et pour cause ! L’interrogation qu’il suscite, celle de la supériorité des robots sur les humains ou les défaillances des vivants, fait débat. Kazuo Ishiguro, prix Nobel de littérature 2017, écrivain, romancier, scénariste britannique d’origine japonaise, né à Nagasaki en 1954, s'en est emparé.

Ecce robot

© Jonas Holthaus / LAIF-REA

Klara et le soleil de Kazuo Ishiguro, traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch, Gallimard, 2021, 386 p.

Aujourd’hui, avec son huitième roman, Klara et le soleil, Kazuo Ishiguro va encore plus loin dans sa quête, en toute audace et témérité, de la perception du monde, des illusions que l’être entretient avec les autres et surtout l’incompréhension et le dépassement quant au futur…

Le nom de Kazuo Ishiguro, 66 ans, ne laisse pas indifférent. Non qu’il soit aussi lauréat du prestigieux Booker Prize ou plébiscité comme l’auteur anglophone le plus lu. Ses livres ont retenu aussi bien l’attention des lecteurs que celle des cinéphiles. Car on lui doit l’excellent film Les Vestiges du jour (The Remains of the Day) du réalisateur James Ivory, tiré d’un de ses romans à succès.

L’intérêt des romans de cet auteur réside dans la manière dont il aborde les personnages, fouille le passé, narre avec cette limpide simplicité et surtout traque la force émotionnelle d’une société qui se dérobe souvent à toute transparence. Un ton critique certes virulent, toujours en sourdine et qui ne lâche jamais sa proie.

Son dernier roman, Klara et le soleil, considéré déjà par la presse internationale comme un nouveau chef-d’œuvre, est une éloquente illustration du talent d’un auteur qui sort du rang avec ses multiples préoccupations, notamment son amour du jazz, en offrant à la chanteuse Stacey Kent les paroles d’un album porté aux nues.

Dans une description presque clinique et froide, l’auteur place Klara, cette AA (amie artificielle), au cœur de l’ouverture d’une histoire qui ne tarde pas à fasciner et envoûter le lecteur mais aussi piquer sa curiosité et susciter son intérêt. Avant que, au fil des pages et des descriptions qu’on croyait innocentes ou insipides, tout ne s’emballe et ne bascule dans les zones du non-dit.

Klara en vitrine, parfait jouet, demoiselle de compagnie et discret objet de servitude. Les passants pressés et solitaires en pincent pourtant pour elle et louchent du regard vers cette créature étrange, ultraperformante, à mi-chemin entre une féminité recherchée et une machine sécurisante et sans danger.

Amoureuse des rayons bienfaisants du soleil, Klara, conçue pour tenir compagnie aux enfants et aux adolescents, guette le moment où une personne viendrait à sa rencontre, la choisir, l’adopter.

Et puis, comme toutes les histoires qui se concrétisent, une petite fille pose un regard ébloui et médusé sur Klara. Mais c’est mal connaître la nature humaine et ses secrets. Klara observe ce qui lui arrive sans comprendre. Les robots sont-ils si exigeants, si intransigeants, si infaillibles ? Les humains sont-ils si intrigants, si mystérieux, si déroutants, si opaques, si peu lisibles ?

Des rapports à décrypter pour un livre de science-fiction qui joue entre les techniques super sophistiquées et les chemins de traverse de la nature humaine. Un livre qui parle d’amitié, d’éthique, d’altruisme, de valeurs civilisatrices, de la notion humaine et des défis des techniques de pointe. L’ultime interrogation de Kazuo Ishigura est toutefois surprenante : les humains sont-ils remplaçables ? Quand on songe aux propos populaires : les cimetières sont remplis de personnes irremplaçables, on ne sait plus à quel saint se vouer. Ce livre en vaut le détour.


Klara et le soleil de Kazuo Ishiguro, traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch, Gallimard, 2021, 386 p.Aujourd’hui, avec son huitième roman, Klara et le soleil, Kazuo Ishiguro va encore plus loin dans sa quête, en toute audace et témérité, de la perception du monde, des illusions que l’être entretient avec les autres et surtout l’incompréhension et le dépassement quant au futur… Le nom de Kazuo Ishiguro, 66 ans, ne laisse pas indifférent. Non qu’il soit aussi lauréat du prestigieux Booker Prize ou plébiscité comme l’auteur anglophone le plus lu. Ses livres ont retenu aussi bien l’attention des lecteurs que celle des cinéphiles. Car on lui doit l’excellent film Les Vestiges du jour (The Remains of the Day) du réalisateur James Ivory, tiré d’un de ses romans à succès. L’intérêt des romans de cet...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut