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Dernières Infos - Soudan

Au Soudan, démonstration de force des pro-civils face aux pro-armée


Des manifestants soudanais réclamant un pouvoir civil au Soudan, à Omdourman, le 21 octobre 2021. Photo Ebrahim HAMID / AFP

Des dizaines de milliers de Soudanais ont défilé jeudi dans plusieurs villes, dont Khartoum, pour exiger un transfert du pouvoir aux civils, alors qu'un sit-in réclame depuis six jours "un gouvernement militaire" pour sortir le pays du marasme. Prenant la rue dans une démonstration de force face à une transition qui s'enlise, ils ont scandé "le peuple a choisi les civils" à Khartoum et Omdourman, sa ville-jumelle, l'emportant en nombre sur les partisans d'un "gouvernement militaire" qui ont planté samedi leurs tentes devant le palais présidentiel.

Pour éviter les heurts, les pro-civils ont soigneusement éviter d'approcher de ce campement aux portes du siège des nouvelles autorités de transition.

Partout, les défilés se sont déroulés dans le calme et la plupart des manifestants sont rentrés chez eux en soirée. Un seul incident a eu lieu, à Omdourman, où la police a tiré des grenades lacrymogènes sur un cortège aux portes du Parlement. Lundi déjà, la police avait dispersé de la même manière des pro-armée aux portes du QG du gouvernement.

Depuis la chute du dictateur Omar el-Bachir en 2019, civils et militaires tentent de mener conjointement une difficile transition.

"Quitte le pouvoir !"
Craignant sans doute une confrontation, le général Abdel Fattah al-Burhane - à la tête du Conseil de souveraineté, un organe militaro-civil qui chapeaute la transition avec le gouvernement civil - a insisté mercredi sur "le partenariat entre civils et militaires". Mais jeudi, les protestataires l'ont redit: "Burhane, quitte le pouvoir!". L'autre slogan-phare de cette journée de mobilisation a été "pas de retour en arrière", c'est-à-dire aux 30 années de dictature Bachir dominées par islamistes et militaires.

Les manifestants pro-armée, eux, ont brandi des portraits du Premier ministre Abdallah Hamdok, un ancien économiste de l'ONU, barrés d'une croix rouge. Des deux côtés, les leaders avaient exhorté leurs partisans à respecter l'autre camp tandis que les autorités, comme des responsables étrangers, avaient mis en garde contre une escalade dans ce pays, déjà secoué le 21 septembre par une tentative de coup d'Etat. Pour les militants de la "révolution" de 2019, il s'agit de montrer, avec ces manifestations, qu'ils peuvent encore tenir la rue. Aux partisans de l'armée, ils ont montré qu'ils étaient plus nombreux. Et au gouvernement dirigé par M. Hamdok, ils ont réclamé davantage pour une population asphyxiée par l'austérité imposée par le Fonds monétaire international (FMI) en échange de l'effacement de la dette du Soudan.

La rue en "arbitre"
Ces manifestants ont choisi une date symbolique, celle du 57e anniversaire de la première "révolution" ayant renversé un pouvoir militaire au Soudan, pays à l'histoire rythmée par les coups d'Etat.

"On ne veut plus d'un pouvoir militaire et on veut des élections conformément à la déclaration constitutionnelle" signée en 2019 par tous les anti-Bachir, assène à l'AFP Mohamed Ismaïl, militant politique qui défile à Omdourman.

L'Association des professionnels soudanais, acteur majeur du soulèvement anti-Bachir, veut elle déjà croire que la mobilisation a "sonné le glas" des autorités civilo-militaires de transition.

Pour beaucoup de manifestants, le sit-in des pro-armée est une machination des militaires pour reprendre le contrôle du pays. Et la manifestation de jeudi a été un moyen de remettre la transition sur les rails, alors que celle-ci doit aboutir in fine à l'établissement d'un pouvoir civil. Le rassemblement "vise à remettre la présidence du Conseil de souveraineté aux civils", explique à l'AFP Jaafar Hassan, porte-parole des Forces de la liberté et du changement (FLC), l'un des fers de lance de la révolte de 2019. "Et aussi à intégrer les forces des différents mouvements et milices dans l'armée nationale", poursuit-il, en référence au processus auxquels militaires et civils se sont engagés pour aboutir fin 2023 aux premières élections libres en 30 ans.

Cette intégration dans un pays où les groupes armés sont nombreux est une des pommes de discorde qui entravent la transition.

Hamada Abderrahmane, un commerçant de 37 ans, est lui venu d'une province au sud de Khartoum pour rejoindre le sit-in pro-armée. "Ils ont le droit d'exprimer leur opinion (...) Mais c'est nous qui avons raison, ce gouvernement n'a rien fait pour les Soudanais en deux ans",", assure-t-il. 


Des dizaines de milliers de Soudanais ont défilé jeudi dans plusieurs villes, dont Khartoum, pour exiger un transfert du pouvoir aux civils, alors qu'un sit-in réclame depuis six jours "un gouvernement militaire" pour sortir le pays du marasme. Prenant la rue dans une démonstration de force face à une transition qui s'enlise, ils ont scandé "le peuple a choisi les civils" à Khartoum et...