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Moyen-Orient - ÉCLAIRAGE

Ron Arad : à la recherche du soldat perdu

L’ancien pilote israélien, disparu au Liban en 1986, défraie de nouveau la chronique depuis que des médias ont révélé mardi la double opération du Mossad au Liban et en Syrie afin d’obtenir des informations.

Ron Arad : à la recherche du soldat perdu

Le 18 octobre 1986, « L’Orient-Le Jour » titre sur le raid israélien dans la région de Saïda ayant eu lieu deux jours plus tôt, et la capture d’un des pilotes par le mouvement Amal. Photo d’archives L’OLJ

C’est une affaire comme la région en connaît peu. De celles qui traversent les frontières et les années, offrant un instantané des enjeux qui façonnent chaque époque. Une histoire qui se joue dans un camp de réfugiés palestiniens, mais aussi dans la Vieille Ville de Jérusalem, à Damas, Nicosie ou Téhéran. Depuis le début de la semaine, la disparition d’un ancien pilote israélien pendant la guerre du Liban, près de Saïda, est revenue sur le devant de la scène. Deux médias arabes ont révélé l’existence d’une double opération menée par le Mossad, la première au Liban et la seconde en Syrie, visant à résoudre un mystère devenu affaire d’État.


Le 5 décembre 2005, un panneau d’affichage dans le port de Larnaca, à Chypre, offre 10 millions de dollars à toute personne apportant des informations concernant le pilote israélien Ron Arad, disparu en octobre 1986 dans la région de Saïda, au Liban. Photo AFP

L’étincelle a lieu le 17 octobre 1986. Le sud du pays est occupé par l’armée israélienne depuis 8 ans. La veille, un F-4 israélien a été abattu au-dessus des collines du camp palestinien de Miyé w Miyé, à une poignée de kilomètres à l’est de Saïda, « au cours d’un raid sur des positions palestiniennes » mené en représailles à un attentat à la grenade perpétré la veille à Jérusalem, rapporte L’Orient-Le Jour. Les deux pilotes à bord parviennent à s’échapper avant le crash de l’avion, en sautant en parachute. Le premier, qui a atterri dans une oliveraie, est retrouvé par les forces israéliennes et rapatrié à Haïfa par hélicoptère. Le second, porté disparu, sera l’objet d’une crise diplomatique dont l’écho se fait sentir jusqu’à ce jour.

Il s’appelle Ron Arad, mais à l’époque on ignore encore son nom. Il faudra attendre des mois pour que son identité soit révélée au public. Entre-temps, la confusion s’installe autour du sort de ce mystérieux pilote. Les autorités israéliennes sont persuadées qu’il est détenu par le mouvement chiite Amal qui, de son côté, fournit des informations contradictoires par communiqués interposés. Avant que Nabih Berry, leader du mouvement chiite et ministre d’État pour le Liban-Sud, n’admette publiquement les faits au lendemain d’une visite à Damas, le 22 octobre, tout en accusant l’occupation israélienne : « Israël a fait prisonnier tout le Liban-Sud. Il est inadmissible que cet État mobilise l’opinion publique mondiale autour d’un de ses prisonniers alors qu’il oublie les nôtres. La question qui doit être posée n’est pas où se trouve le pilote prisonnier, mais pourquoi l’aviation israélienne bombardait les civils palestiniens et libanais ? Le pilote se trouve aux mains d’Amal. Mais avant de réclamer sa restitution, Israël doit libérer le Liban et tous les prisonniers qu’il détient. » Amal proposera en 1987 un échange aux autorités israéliennes : Ron Arad contre 200 prisonniers libanais et 450 palestiniens, en plus d’un versement de 3 millions de dollars. Mais les négociations échouent, et le dossier est remis aux calendes grecques.

Une trentaine d’années plus tard, les dynamiques régionales ne ressemblent plus à celles de la fin des années 80. En octobre 1986, il s’agissait avant tout d’empêcher que le Liban ne redevienne une « base pour les terroristes », selon les mots de Yitzhak Shamir, fraîchement arrivé à la tête du nouveau gouvernement israélien. Depuis, les milices propalestiniennes ont été désarmées et l’État hébreu a mis fin à sa présence militaire sur le sol libanais. Le centre névralgique s’est déplacé : Tel-Aviv est désormais bien plus hanté par la menace iranienne et semble avoir tout oublié, ou presque, de l’origine libano-palestinienne de l’affaire.

Mort en captivité ?

Pour les Israéliens, ni les années ni le changement de contexte n’auront pourtant entamé le sérieux de l’affaire. Le cas de Ron Arad est resté une énigme irrésolue. Selon certaines sources, l’ancien colonel aurait été remis aux gardiens de la révolution, l’organisation paramilitaire iranienne. Un rapport des services de renseignements israéliens datant de 2016 indique quant à lui que l’homme serait mort en captivité en 1988.

Mais ces informations n’ont pas dissuadé les autorités israéliennes de poursuivre les recherches afin de retrouver celui qui, entre-temps, est devenu une icône nationale. Selon les médias al-Arabiya, basé à Dubaï, et Rai al-Youm, basé à Londres, le Mossad aurait récemment mené des opérations secrètes au Liban et en Syrie afin de retrouver la trace du pilote. Le premier volet de l’opération a lieu dans le village de Nabi Chite (Baalbeck) : des agents israéliens y auraient extrait l’ADN d’un corps afin d’identifier Ron Arad. La seconde partie se déroule en Syrie, où des agents israéliens auraient enlevé un ancien général iranien, avant de le conduire pour interrogatoire dans un pays d’Afrique (inconnu), puis de le relâcher.

Pour mémoire

Poutine : Le corps du soldat israélien disparu au Liban en 1982 a été retrouvé par Moscou et Damas

La veille, un autre incident, que certains médias suspectent d’être en lien avec ces révélations, trahit les nouvelles dimensions régionales de l’affaire. Les autorités chypriotes arrêtent lundi à Nicosie un Iranien en possession d’un pistolet. Les Israéliens le soupçonnent d’avoir préparé l’assassinat d’un (ou plusieurs) homme d’affaires israélien et accusent la République islamique de s’en prendre à ses intérêts sur l’île.

Devant la Knesset, le Premier ministre israélien Naftali Bennett cultive le mystère, qualifie l’opération de « courageuse », mais maintient que « c’est tout ce qu’il peut partager à ce stade ». L’opinion publique israélienne, toujours soucieuse d’examiner les performances et les ratés de son appareil sécuritaire, s’engouffre en quelques jours dans un débat national : l’opération a-t-elle été un échec ? Qu’avons-nous appris de nouveau ? Le jeu en valait-il la chandelle ? Bien que « brave, audacieuse et complexe », la mission n’est pas une réussite, avoue le directeur du Mossad. La cible a certes été atteinte, mais aucune nouvelle information n’a été obtenue concernant la disparition du pilote. Tout le monde le sait : les chances de retrouver Ron Arad en vie sont quasiment inexistantes. Son sort est désormais devenu affaire de politique et de symboles.


C’est une affaire comme la région en connaît peu. De celles qui traversent les frontières et les années, offrant un instantané des enjeux qui façonnent chaque époque. Une histoire qui se joue dans un camp de réfugiés palestiniens, mais aussi dans la Vieille Ville de Jérusalem, à Damas, Nicosie ou Téhéran. Depuis le début de la semaine, la disparition d’un ancien pilote...

commentaires (4)

Excellent papier. Décidément, SK a l'art de pondre des papiers inédits, sans infos ressassées et sur des thèmes d'actu. Bravo!

Marionet

20 h 21, le 07 octobre 2021

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • Excellent papier. Décidément, SK a l'art de pondre des papiers inédits, sans infos ressassées et sur des thèmes d'actu. Bravo!

    Marionet

    20 h 21, le 07 octobre 2021

  • Il bombardait le Liban sans égards pour les civils. Qu'il rôtisse en enfer!

    Politiquement incorrect(e)

    16 h 14, le 07 octobre 2021

  • on a beau vouloir dire "l'ennemi "dans toutes les stations de television libanaises ou durant un speech, en parlant d'ISRAEL il faut reconnaitre la splendeur de ce pays quand il continue a rechercher meme le corp d'un de ses soldats durant 40 ans sans relache alors que notre gouvernement et president et premier ministre n'ont pas eu mot pour les 210 morts et les 6500 blesses de l'explosion du port et pire n'a jamais voulu vraiment recuperer ses soldats enleves duarnt la fatidique semaine ou le general Aoun ayant declare la guerre a la Syrie a du s'enfuir en pyjama dans un tank francais laissant derriere lui sa famille et 350 soldats fait prisonniers par le ssyriens et que personne au Liban meme pas Aoun quand il est devenu president n'a fait un geste pour les recuperer LA VERITE: C'EST A CELA QUE L'ON RECONNAIT LA VALEUR D'UN PAYS ET PAS AUX DISCOURS VIDES ET AU BLOCAGE DES INSTITUTIONS... POUR NOS DIRIGEANS C'EST EVIDEMENT UN ENNEMI PUISQUE UN PRESIDENT ISRAELIEN A ETE MIS EN PRISON POUR CORRUPTION ET UN AUTRE EN PROCES POUR AVOIR RECU DU CHAMPAGNE D'UN RICHISISME AMERICAIN. AH SI LE LIBAN POURRAIT DEVENIR ISRAEL DANS SA MORALITE ET PAS LE BAZAR ACTUEL

    LA VERITE

    14 h 34, le 07 octobre 2021

  • Lorsque l’on pense a ce que fait Israel pour retrouver un seul de ses soldats disparu depuis des dizaines d’annees nous sommes desole’s de constater que nos ‘’dirigeants’’ ont passe par pertes et profits nos valeureux militaires detenus en Syrie et laisse’s a leur sort par leur chef de l’epoque, refugie’ a l’ambassade de France !

    Goraieb Nada

    07 h 51, le 07 octobre 2021

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