Critiques littéraires Roman

Maurice Genevoix, écologiste authentique

Maurice Genevoix, écologiste authentique

D.R.

Un jour de Maurice Genevoix, Plon, 2021, 200 p.

En 1974, Maurice Genevoix démissionne de son poste de secrétaire perpétuel de l'Académie française pour se retirer définitivement dans son vieux village Les Vernelles. Âgé de 83 ans, il sent sa fin proche. Mais l'homme de la guerre 14, le génial écrivain animalier, l'amoureux fou de la nature n'a pas fini d'avoir tout dit. Jusqu'en 1980, date de sa mort, il publiera ainsi trois ouvrages, dont Un jour (Seuil, 1976), roman qui reparaît aujourd'hui chez Plon avec une préface du petit-fils de l’auteur.

L'intrigue d’Un jour est très simple : le narrateur, Genevoix lui-même, fait la rencontre de Fernand d'Aubel en 1957, un propriétaire terrien vivant reclus dans son domaine des Vieux-Gués avec sa fille et deux domestiques. D'Aubel est un admirateur de l'écrivain dont il est l'aîné de vingt ans. Il lui fait alors une proposition : « Je vais vous demander une chose. Je vous la demande instamment, si baroque qu'elle puisse paraître (...) Voulez-vous me donner tout un jour, un de vos jours, et le confondre avec l'un des miens ? Je vous promets qu'il ne se passera rien (...) Je vivrai, vous étant là. »

Le lecteur va suivre le narrateur tout au long de cette journée avec d'Aubel qui, on le comprend très vite à la façon dont il s'exprime, aux messages qu'il délivre, est aussi Genevoix lui-même. C'est un tête-à-tête au-delà du temps.

Le roman tourne autour de la question du bonheur humain. Comment vivre heureux en cette vie brève, malgré la mort et la perte des êtres chers ? D'Aubel, au fil du jour, en donne peu à peu la réponse. « Depuis quarante ans, me dit-il, me rappellerais-je un seul jour où je n'aie pas senti le même émerveillement et la même plénitude ? »

Avoir la capacité de l'émerveillement... Voilà la clé du bonheur. Il ne s'agit pas d'aller loin, de s'étourdir, mais de regarder simplement autour de soi le miracle quotidien de la nature, et comprendre, avec son corps, organisme extraordinaire lui aussi, que l'on est une partie du tout. Regarder, ce n'est pas être un spectateur, c'est s'immerger dans ce qu'on regarde, par une expérience qui s'apparente à une espèce de mystique. D'abord et toujours contempler : « Il y avait là, appuyés tout du long au revers de la maison, un petit pré naturel, chevelu, exubérant, et une mare où nageaient quelques canes dans un brasillement de soleil. Tout or et bleu, d'un bleu limpide et profond, plus intense que le bleu du ciel à cause du reflet d'un arbre. »

Alors, par cette immersion totale, la mort n'existe plus. « C'est à l'instant où je mourrai, dit d'Aubel, que je serai un peu mieux un homme (...). Il n'y a pas de mort pour le passant qui passe (...). »

Genevoix est un vrai écologiste, mais tout pétri de culture, véritable érudit de la nature. Il était temps de rééditer ce roman, un petit traité du « bien vivre ».



Un jour de Maurice Genevoix, Plon, 2021, 200 p.En 1974, Maurice Genevoix démissionne de son poste de secrétaire perpétuel de l'Académie française pour se retirer définitivement dans son vieux village Les Vernelles. Âgé de 83 ans, il sent sa fin proche. Mais l'homme de la guerre 14, le génial écrivain animalier, l'amoureux fou de la nature n'a pas fini d'avoir tout dit. Jusqu'en 1980,...

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