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Moyen-Orient - Éclairage

La campagne de vaccination contre le coronavirus à Idleb a du mal à décoller

Malgré une flambée des cas, la majorité des habitants de l’enclave rebelle rechignent à se plier aux mesures sanitaires.

La campagne de vaccination contre le coronavirus à Idleb a du mal à décoller

Une unité Covid dans un hôpital d’Idleb. Omar Haj Kadour / AFP

Lorsque Ahmad a vu sur les réseaux sociaux il y a trois semaines que des vaccins anticovid étaient disponibles à l’hôpital de Aqrabat, il n’a pas hésité une seconde. Sa femme et lui ont quitté leur camp de déplacés proche de la frontière turque, dans le nord-ouest de la province d’Idleb, pour recevoir leur première dose. « Il y avait deux personnes qui patientaient devant nous, et en cinq minutes, c’était fait. Les vaccins sont accessibles et pourtant, les gens restent frileux », raconte ce jeune père de deux enfants.

Dans le bastion rebelle constamment assailli par les forces du régime de Damas et où s’entassent plus de quatre millions de personnes, dont plus de la moitié de déplacés, les contaminations connaissent pourtant une croissance alarmante. Deux semaines après la fête de l’Adha fin juillet, au cours de laquelle de nombreux réfugiés en Turquie ont rendu visite à leur famille restée en Syrie, le nombre de personnes atteintes de Covid-19 est monté en flèche, avec un taux de positivité de plus de 50 %. Plus de 1 100 cas ont été enregistrés dans le Nord syrien le 23 septembre, dont 623 rien que dans la province d’Idleb, et 20 décès ont été enregistrés. Des chiffres qui pourraient s’avérer bien plus élevés si les tests étaient menés à plus grande échelle.

Sur sa photo de profil WhatsApp, Ahmad pose avec son masque chirurgical qu’il ne quitte plus. Il y a quelques mois, sa mère de 70 ans a fini aux soins intensifs après avoir attrapé le virus. « Je ne veux pas revivre ça et je suis convaincu que le vaccin est la solution », dit-il. Mais dans le camp où il vit avec ses parents, ses frères et sœurs et sa petite famille, entassés dans un deux-pièces, des centaines de milliers de déplacés vivent dans des conditions extrêmes et n’ont cure du coronavirus.

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« On essaie autant que possible de sensibiliser la population aux gestes barrières à travers des campagnes dans les écoles, les souks, et on insiste sur l’importance de se faire vacciner », appuie Mounir el-Moustapha, directeur adjoint des Casques blancs, joint via WhatsApp. Cette région surpeuplée avait été jusque-là épargnée par les précédentes vagues. Elle voit aujourd’hui son système de santé, déjà durement touché par les bombardements systématiques des forces du régime, s’écrouler face à l’arrivée des nouveaux malades. « Si ça continue à ce train, on ne tiendra plus. La situation est catastrophique. Il n’y a plus un lit ou même un fauteuil de libre dans les hôpitaux », raconte pour sa part Mounir el-Moustapha. Les membres de la Défense civile sont, tout comme le personnel médical, en première ligne face au virus. Ce sont eux qui se chargent du transport des malades qui nécessitent une hospitalisation, mais aussi de l’enterrement des personnes décédées, dans des conditions difficiles afin que le virus ne se répande pas. Tous les Casques blancs auraient reçu au moins une dose du vaccin et plus de 85 % d’entre eux leur seconde injection.

Masque et gel

Dans le bureau de l’ONG dans laquelle Aya, 32 ans, travaille, le personnel s’est récemment mis à porter à nouveau un masque et garde du gel hydroalcoolique à portée.

« On essaie de faire attention, même si on est tous vaccinés », dit-elle. Son mari et elle ont récemment eu deux doses d’AstraZeneca, quelques mois après avoir contracté le Covid.

À la direction de la santé du ministère dirigé par le « gouvernement de salut national », mené par le groupe jihadiste Hay’at tahrir el-Cham (HTC), on espère que cette hausse des cas poussera enfin la population à respecter les mesures qu’elle tente tant bien que mal d’imposer. « Les gens qui se méfiaient du vaccin commencent à changer d’avis. Nous faisons campagne sur campagne pour les sensibiliser, mais la densité de la population et la pauvreté font que le virus se propage rapidement », explique Ghanem el-Khalil, responsable des relations publiques à la direction de la santé à Idleb. Cette montée en flèche serait notamment due au variant Delta qui affecte également les enfants, provoquant une augmentation des malades nécessitant d’être pris en charge. Le 3 septembre, la direction avait annoncé sur son compte Facebook la réception d’un troisième lot de vaccins, dont 358 800 doses du vaccin chinois Sinovac, après l’arrivée du second lot le 17 août qui comprenait 36 400 doses du vaccin britannique AstraZeneca. Les régions du nord-ouest de la Syrie reçoivent des vaccins par le biais du programme Covax de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pour l’instant, seules 75 749 personnes ont été vaccinées dans toute la province d’Idleb, selon les chiffres fournis par la direction de la santé. Une goutte d’eau. « Les espaces publics sont fermés, mais personne ne se plie aux règles. J’entends même des médecins dire qu’ils sont contre le vaccin, c’est absurde », poursuit Aya. À Idleb, les arguments des antivax sont les mêmes qu’ailleurs. Ils déplorent le manque de recul face au vaccin ou brandissent son inefficacité face au variant Delta. Mais surtout, « après avoir tout perdu, après avoir failli mourir sous les bombes du régime pendant des années, les gens se fichent totalement du coronavirus », déplore Ahmad.

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Malek*, redevenu infirmier faute de pouvoir vivre de sa vraie passion, le journalisme, s’est fait vacciner par crainte de contaminer un jour sa femme enceinte, mais surtout après avoir été menacé de licenciement par son hôpital s’il ne s’y pliait pas. « Cela fait plus de 50 ans que le sida existe et personne n’a trouvé de vaccin, c’est quand même surprenant, non ? » argue-t-il. « Celui qui doit mourir mourra », dit-il, laconiquement.

Le 11 septembre, le gouvernement du salut avait annoncé un confinement général d’une semaine. Puis il a reporté l’ouverture des écoles et exigé la fermeture de tous les marchés et des restaurants sauf ceux servant en plein air. Selon Ghanem el-Khalil, une nouvelle fermeture devrait être mise en place aujourd’hui pour une durée de deux semaines. Les garçons d’Aya tout comme ceux d’Ahmad resteront à la maison. « Le régime menace de mener une nouvelle offensive contre Idleb. Notre camp est un égout à ciel ouvert et nos enfants n’ont pas d’autre terrain de jeu. Alors, tout le monde se dit qu’après tout ça, le coronavirus reste un moindre mal », conclut Ahmad.


Lorsque Ahmad a vu sur les réseaux sociaux il y a trois semaines que des vaccins anticovid étaient disponibles à l’hôpital de Aqrabat, il n’a pas hésité une seconde. Sa femme et lui ont quitté leur camp de déplacés proche de la frontière turque, dans le nord-ouest de la province d’Idleb, pour recevoir leur première dose. « Il y avait deux personnes qui patientaient devant...

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