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Culture - Art numérique

Ces bâtisses abandonnées que Ismat Mahmassani sauvegarde en photo...

Toute son œuvre est une tentative de montrer que l’espoir peut, malgré tout, surgir du chaos. Cette artiste autodidacte présente sur son fil Instagram – et dans quelques galeries de la ville – des compositions photographiques, où les fleurs appliquées sur les bâtisses abandonnées de Beyrouth forment des cataplasmes d’une beauté réparatrice.

Ces bâtisses abandonnées que Ismat Mahmassani sauvegarde en photo...

Dans ce cliché, Ismat Mahmassani fait bourgeonner les fleurs sur la façade endommagée du Holiday Inn. Photo DR

Née à Beyrouth en 1974, mais ayant grandi à Paris, puis résidé à Londres et Dubaï, Ismat Mahmassani n’avait jamais vraiment vécu au Liban avant de décider de retourner s’y installer en 2018. Pour se familiariser avec la capitale, elle se met à en sillonner les rues et les quartiers à pied. Des déambulations au cours desquelles les anciennes maisons désertées et les bâtiments en ruine, vestiges de la guerre civile, retenaient constamment son attention. « Ces pépites anciennes cernées par des tours modernes et des immeubles en béton m’interpellaient », confie cette fille d’architecte sensible au patrimoine urbain. « Elles étaient souvent envahies par une végétation sauvage.

Et ces mauvaises herbes qui marquaient leur territoire sur des décennies d’abandon me rendaient triste », poursuit-elle. « J’étais émue par la façon dont elles se détérioraient, tandis que de nouveaux blocs rutilants s’élevaient à proximité. Je sentais que leur beauté et leur importance n’étaient pas du tout appréciées. Et j’en parlais souvent à mes amis, qui me disaient que c’est comme ça, que les choses sont ainsi dans ce pays et que je m’y habituerais bientôt. Mais je n’arrivais pas à accepter cet état de fait, alors que j’aurais tellement voulu pouvoir les sauvegarder, les restaurer, leur redonner une nouvelle vie, les préserver de la démolition… », assure la jeune femme.

À défaut d’avoir les moyens d’un richissime entrepreneur mécène, cette passionnée de photographie s’est mise à en immortaliser les façades, munie de son Nikon à chacune de ses sorties en ville. Tout en se plaisant à les imaginer recouvertes de fleurs et grouillantes de vie, de couleurs et de joie comme au temps de leurs jours heureux.

Ayant accumulé dans son appareil digital un grand nombre d’images de bâtisses beyrouthines patrimoniales, Ismat Mahmassani s’est mise à les partager, il y a quelques mois, sur Instagram. « J’en postais quelques-unes sur mon fil (baptisé the_i_visual_storyteller) pour éveiller l’attention sur la valeur inestimable de ces trésors urbains, porteurs de tant d’histoires et malheureusement en voie de disparition », dit-elle. « J’aspirais cependant à y introduire un plus. Quelque chose qui dégage non seulement de la nostalgie mais aussi une note d’espoir », affirme cette photographe autodidacte. Laquelle va profiter du rythme ralenti des longs mois de confinement dans son quotidien de maman de 4 enfants pour prendre un cours de photographie et de création de contenu visuel dans l’intention d’améliorer ses images. Et leur apporter cette touche de « réalisme magique » dont elle rêvait.

Ismat Mahmassani, nouvelle arrivée sur la scène photographique libanaise. Photo DR

Mystères et architectures en fleurs…

Expérimentant des superpositions numériques, elle opte alors pour des ajouts de fleurs, de plantes et de papillons « tirés d’images réelles » qu’elle intègre à ses photos de bâtisses beyrouthines d’avant-guerre. Faisant courir un feuillage grimpant le long d’un mur lézardé dans l’une ; comblant de pétales les impacts de balles sur la façade d’une autre ; ornant de fleurs des champs les rebords d’un iconique édifice des années soixante-dix ; ou encore faisant surgir une nuée de papillons des fenêtres creuses et sombres de ces maisons abandonnées, elle va apporter à ces architectures témoins du passé une note de vie, de couleurs et d’espoir rafraîchissante.

Poussée par ses amis, dont une galeriste qui lui propose de l’exposer, la photographe s’enhardit à imprimer, en mars dernier, quelques-unes de ses compositions. « À ma grande surprise, elles ont été rapidement vendues », s’exclame-t-elle réjouie. Signalant fièrement que « les acheteurs ne sont pas des amis complaisants, mais de parfaits étrangers, surtout des touristes et des expatriés ». Encouragée par ce premier succès, Ismat Mahmassani s’est déjà lancée dans une nouvelle série sur le même thème de ces architectures beyrouthines raconteuses d’histoire. Avec toujours le même désir d’y distiller cette note lumineuse et fleurie, symbole de son inaltérable espoir dans le relèvement du pays du Cèdre. Malgré tout…

« Je crois vraiment que les murs de Beyrouth sont pleins de mystères, que rien n’est ce qu’il semble être, et que tout peut renaître », affirme, avec conviction, cette nouvelle venue sur la scène photographique libanaise. Bien déterminée à participer à la sauvegarde, à sa manière – que d’aucuns trouveront peut-être un brin fleur bleue – de ces vestiges du patrimoine d’une ville qui fut un jour désirable…


Née à Beyrouth en 1974, mais ayant grandi à Paris, puis résidé à Londres et Dubaï, Ismat Mahmassani n’avait jamais vraiment vécu au Liban avant de décider de retourner s’y installer en 2018. Pour se familiariser avec la capitale, elle se met à en sillonner les rues et les quartiers à pied. Des déambulations au cours desquelles les anciennes maisons désertées et les bâtiments...

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