Le chef de l'Etat libanais Michel Aoun prononçant un discours au palais de Baabda, le 3 août 2021. Photo d'archives Dalati et Nohra
Le président libanais, Michel Aoun, a présidé dimanche à midi une réunion du Haut conseil de défense consacrée à l'explosion d'une réserve de carburant à Tleil, dans le Akkar, qui a fait au moins 28 morts. Il a dénoncé l'action de "groupes radicaux" qui veulent "semer le chaos" dans cette région du Liban-Nord.
Lors de la réunion du Conseil à Baabda, le chef de l'Etat libanais a appelé "les autorités judicaires concernées à mener des enquêtes le plus rapidement possible afin de déterminer les circonstances et les causes qui ont provoqué la catastrophe à Tleil et de poursuivre ses auteurs et instigateurs conformément aux lois en vigueur". Le président a également mis en garde contre la "politisation" de la tragédie, alors que depuis la matinée, le parti qu'il a fondé, le Courant patriotique libre (CPL) et le courant du Futur, dirigé par l'ex-Premier ministre Saad Hariri, s'échangent des accusations. Il a regretté que "le sang des martyrs soit exploité pour lancer des slogans et des appels qui révèlent clairement les intentions de leurs auteurs et le fait qu'ils sont au courant de plans qui visent à nuire au système et à ses institutions". M. Aoun a dans ce cadre appelé à la "solidarité au vu des circonstances difficiles" et à "transcender les divisions". Il a enfin rappelé avoir exposé, lors de la dernière réunion du Conseil, "un rapport sur la situation dans la région du Liban-Nord", notamment en ce qui concerne les "activités de groupes radicaux qui veulent créer une sorte de chaos et d'anarchie sécuritaire" et avoir "demandé aux chefs des services de sécurité de coordonner entre eux afin d'en tirer des conclusions et de prendre des mesures adéquates".
Pour sa part, le Premier ministre sortant, Hassane Diab, a estimé lors du Conseil de défense que "cette explosion résulte de la corruption qui est devenue monnaie courante dans le pays". "La catastrophe qui a eu lieu aujourd'hui dans le Akkar a frappé tout le Liban. Il s'agit d'un avertissement lancé à tous ceux qui ont vendu leur conscience et qui contribuent à aggraver les peines des Libanais", a-t-il affirmé. "Depuis un an et demi, nous demandons aux autorités militaires et sécuritaires de poursuivre les corrompus et nous avons demandé au pouvoir judiciaire d'émettre des jugements plus sévères", a ajouté M. Diab, appelant à l'adoption de "mesures strictes" à l'égard de ceux qui aggravent la misère des Libanais.
Les propos du président ont provoqué rapidement une réaction de Saad Hariri qui a estimé que ces propos sont "suspects" du fait qu'ils "recoupent une fois de plus ceux du chef du CPL", son gendre. M. Bassil avait, dans un tweet, évoqué une "mise en garde lancée il y a deux semaines, concernant le fait que le Akkar semble sortir du contrôle de l'Etat à cause des gangs des carburants qui coupent les routes et ferment les stations et qui interceptent des camions-citernes". Le chef du CPL avait appelé à "déclarer le Akkar zone militaire afin d'assurer la sécurité de tous ses habitants".
Saad Hariri a reproché à MM. Aoun et Bassil de lancer de "fausses accusations" contre le Akkar et le Liban-Nord. "Comment le chef de l'Etat se permet-il de passer outre la faim des Akkariotes pour évoquer en Conseil de défense des "actions de groupes radicaux ?", s'est indigné le leader sunnite. "Le Akkar n'est pas Kandahar et n'est pas en dehors de l'Etat. C'est vous, M. le président, qui êtes hors de l'Etat et uniquement président de la République du courant aouniste", a-t-il lancé. "Le Akkar est lésé par le président et son mandat et les flammes ont envahi le cœur de ses habitants bien avant qu'elles ne fassent exploser des citernes de carburant de contrebande", a-t-il ajouté. "Ceux qui provoquent le chaos et l'anarchie sécuritaire, ce sont ceux qui sont au pouvoir", a encore écrit M. Hariri. "Vous percevez la douleur des gens comme de la sédition tandis que nous y voyons un cri lancé à votre encontre : Démissionnez", a conclu M. Hariri.


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