Faute de quorum, le Parlement n’a pas pu se réunir. Aucune date pour une autre réunion n’a été fixée. Photo ANI
L’enquête sur la double explosion au port de Beyrouth, le 4 août 2020, s’enlise dans une véritable foire d’empoigne politique qui fait craindre des risques que la vérité soit diluée. Cette foire d’empoigne s’est manifestée hier à la Chambre, avec le clivage apparu entre les blocs parlementaires autour de l’opportunité de l’examen de la demande de levée des immunités des députés Nouhad Machnouk, Ali Hassan Khalil et Ghazi Zeaïter, trois anciens ministres qui auraient été alertés du danger du stockage au port du nitrate d’ammonium, lequel avait détruit plusieurs quartiers de Beyrouth et endeuillé un grand nombre de familles. Elle s’était aussi manifestée mercredi avec le rejet, par le Conseil supérieur de défense, de la demande de levée de l’immunité du chef de la Sécurité de l’État, le général Tony Saliba, réclamée par le juge chargé d’instruire le dossier de la double explosion au port de Beyrouth, Tarek Bitar.
Le juge d’instruction près la Cour de justice se retrouve ainsi pieds et poings liés face aux barrages constitutionnels infranchissables que le Parlement et le Conseil supérieur de la défense (CSD) ont érigés devant lui, au moment où Nouhad Machnouk décidait de sa propre initiative d’aller auprès du juge Bitar pour se faire entendre « en tant que témoin », faisant fi de la procédure judiciaire en cours.
Que ce soit au niveau du Parlement ou du CSD conduit par le président Michel Aoun, dont est proche Tony Saliba, la volonté de protéger les responsables politiques et sécuritaires dans le viseur du juge est évidente. La Chambre, ou du moins une partie des formations qui y sont représentées, se cache derrière la Constitution, notamment l’article relatif à la procédure de jugement des présidents et des membres du gouvernement devant la Haute Cour ad hoc, pour reprendre l’initiative et essayer de les soustraire à l’action judiciaire lancée par Tarek Bitar.
Convoqué deux jours plus tôt par son président, Nabih Berry, le Parlement devait hier examiner la question de l’immunité des députés, en dépit de l’immense colère provoquée par cette démarche chez les parents des victimes de l’explosion au port. Ces derniers avaient pris position dès mercredi soir dans le périmètre de l’Unesco, pour empêcher « les députés du nitrate » d’arriver sur les lieux, vociférant contre ces derniers, au point de se faire agresser par les gardes du Parlement, rattachés à la présidence de la Chambre. Ils étaient encore plus nombreux hier et davantage montés contre « les députés de la honte ».
Est-ce la colère des familles endeuillées qui a poussé de nombreux parlementaires à ne pas se rendre à l’Unesco ou les clivages politiques traditionnels entre partis adversaires, qui se sont étendus à l’affaire de l’enquête sur l’explosion du 4 août ? Il y a sans doute ces deux facteurs, notamment entre Amal et le Courant patriotique libre de
Gebran Bassil, engagés dans un bras de fer sur de nombreux dossiers, dont celui du gouvernement. Mais il y a aussi le fait que des blocs parlementaires comme les Forces libanaises de Samir Geagea et le Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt qui, avec le CPL et des indépendants, s’étaient prononcés dès le départ en faveur de la levée de l’immunité des trois députés mis en cause.
Trente-neuf députés
Quant au courant du Futur, il s’était retrouvé dans une position embarrassante puisqu’il a essayé de ne pas lâcher son partenaire chiite, le président de la Chambre, hostile à la poursuite des trois députés devant une juridiction ordinaire. Il s’est retrouvé cependant confronté à la fureur des Beyrouthins, qui représentent une partie importante de ses électeurs, ainsi qu’au mécontentement d’une partie des membres de son bloc, à partir du moment où il a essayé de s’aligner sur la position de Nabih Berry. À la réunion d’hier, vite levée pour cause de défaut de quorum, il était représenté par trois de ses députés seulement, Bakr Houjayri, Mohammad Qaraoui et Walid Baarini, ce qui veut dire clairement un lâchage de M. Berry par M. Hariri. Aucune date n’a été fixée pour une autre réunion, ce qui signifie que l’affaire peut rester en suspens jusqu’à ce que le magistrat publie son acte d’accusation, dans lequel les faits reprochés à tous ceux qui ont essayé de se soustraire à l’enquête devraient être normalement relatés, documents à l’appui. Selon le secrétaire général du Parlement, 39 députés seulement ont répondu présent aux assises de l’Unesco. Le tandem chiite (12 députés pour le Hezbollah et 17 pour le bloc d’Amal) et ses alliés, le PSNS (représenté par 3 députés) et les Marada (dont un ancien ministre, Youssef Fenianos, est également poursuivi dans le cadre de cette affaire et dont trois députés ont pris part à la réunion) ont fait acte de présence.
Dans les rangs du bloc du Futur, plusieurs députés interrogés n’ont pas voulu se prononcer sur la réunion ou sur la représentation de leur parti. L’un d’eux, qui a requis l’anonymat, s’est contenté de souligner que « l’affaire commence à être très politisée ». « On ne sait plus qui a raison », a-t-il commenté, pendant que les trois députés mis en cause par le juge pestaient, dans des déclarations à la presse, contre « une atteinte à une procédure constitutionnelle » et contre « un populisme qui ne peut pas garantir la vérité ».
L’un d’eux, Nouhad Machnouk, s’est empressé, une fois la séance levée, de se rendre au Palais de justice pour solliciter un entretien avec le juge Bitar afin que ce dernier l’interroge à titre de témoin. Il avait auparavant dressé un véritable réquisitoire contre le magistrat lui reprochant de ne pas l’avoir entendu, à aucun moment, durant ses investigations.
« Un détournement de procédure »
Tarek Bitar n’étant pas à son bureau, c’est un greffier qui s’est chargé de lui expliquer que le juge n’allait pas recueillir son témoignage. Il n’en fallait pas plus pour que le député monte de nouveau au créneau, alors qu’en fait si quelqu’un dans cette affaire se comporte en violation des lois et des règles en vigueur, c’est bien le député et non pas le magistrat. C’est ce qu’un juriste a expliqué à L’Orient-Le Jour sous couvert d’anonymat. Il a précisé que M. Bitar commettrait une « grave erreur professionnelle », conformément au code de procédure pénale, s’il acceptait d’entendre Nouhad Machnouk en qualité de témoin alors qu’il l’avait convoqué en tant que mis en cause. « Il se rendrait ainsi responsable d’un détournement de procédure » qui peut lui valoir d’être écarté de cette affaire, selon le juriste.
Ce dernier a évoqué une autre raison, celle « du droit de silence, qui est un droit de défense » dont Nouhad Machnouk peut se prévaloir à partir du moment où il est entendu en tant que mis en cause. Plus encore, au cas où le député ferait l’impasse sur certains éléments durant son audition en sa qualité de témoin, après avoir prêté serment, il serait passible de poursuites.
Pour toutes ces raisons, insiste le juriste, Tarek Bitar ne peut pas agir autrement, alors qu’avec leur comportement et leurs discours, les hommes politiques concernés par ce dossier s’emploient à miner la crédibilité d’une procédure judiciaire censée faire la lumière, par les faits, sur les causes et les responsabilités dans l’affaire du port.
Le schéma n’est pas très différent à quelques kilomètres de l’Unesco et plus précisément au palais de Baabda où le Conseil supérieur de défense, composé en majorité de personnalités proches du chef de l’État, a rejeté la veille la demande de M. Bitar de poursuivre le directeur de la Sécurité de l’État, au cours d’une réunion dont la constitutionnalité a été contestée. Elle s’était en effet tenue en l’absence du Premier ministre sortant, Hassane Diab, en isolation depuis qu’il a été en contact avec une personne atteinte du Covid-19. Les motifs du rejet de la demande n’ont pas été communiqués, les délibérations du CSD étant secrètes. L’OLJ n’a pas pu entrer en contact avec des participants à la réunion, mais de sources juridiques, on estime que le CSD a dû se fonder sur les mêmes arguments avancés par le Parlement pour refuser la levée de l’immunité des trois députés, à savoir qu’il a besoin d’abord de prendre connaissance des chefs d’inculpation.




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Il n y’a pas de tandem au liban il y’a ceux qui mangent dans la main de Bachar qui ont zigouillé le liban et ceux qui ne mangent pas et qu’on a zigouillé! Car la réalité est bien là le Hezbollah par sa puissance démontre que c’est le seul parti qui peut détruire Israël la preuve il a détruit le Liban!
09 h 59, le 14 août 2021