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Le 4 août, vous n’étiez pas seuls

Le 4 août, vous n’étiez pas seuls

Nous étions avec vous le 4 août, partout dans le monde. Photo DR

Le 4 août, vous n’étiez pas seuls dans les rues, sous un soleil de plomb, à pleurer vos morts. Nous également, nous pleurions devant nos écrans partout dans le monde. Vous étiez beaux, nobles, courageux, pleins d’espoir à travers la petite lucarne. Vous étiez nombreux à marcher, brisés par la perte des vôtres, mais la tête haute, déterminés à savoir la vérité. Dans les reportages qui ont défilé à longueur de journée et durant une partie de la soirée, nous vous avons entendus. Vos cris de colère ont transpercé nos cœurs. Chacun de vos messages destinés aux criminels cloîtrés dans leurs palais tremblant de peur devant votre exaspération ont marqué cette journée de deuil.

Vous êtes venus de toutes les régions, vos voitures remplies d’essence même si ça vous coûte désormais une grosse part de votre salaire. Vos applaudissements en l’honneur des victimes hier, sur le pont Charles Hélou, et dans toute la région attenante au port, nous ont transportés dans une transe exceptionnelle. Vous avez rendu la vie à un no man’s land. Vous avez envahi les places, brandi un seul et même drapeau, le drapeau libanais, signe de votre résistance et de votre espoir dans des circonstances exceptionnellement dures.

Vous formiez un seul corps, une seule énergie, un seul oui face à toutes les raisons qui sont censées vous forcer plutôt à dire que « ça suffit, on abandonne ».

Le sentiment de culpabilité mélangé à la peur ronge pas mal de téléspectateurs, hésitants et désespérés, assis dans un coin de leur maison, collés au téléviseur et priant chaleureusement afin que la journée passe sans aucun incident sécuritaire. Et la jeunesse qui nous reste passe devant les caméras, pleine de zèle, criant son désir de vengeance, son désir de changement, croquant la vie à pleines dents, parfois même insultant, dans les ruelles, le sourire large et le front en sueur.

Lentement, les cortèges se rejoignent dans une ultime tentative de dénoncer l’horreur de ce qui s’est passé le 4 août 2020. Chacun des survivants agrippe son voisin ou un journaliste et lui raconte avec un regard vide, fixé sur des images transcrites dans la mémoire, son périple de ce jour-là. Vous étiez en thérapie collective le 4 août et nous de même. Merci d’avoir exprimé ce que nous refoulons tous dans nos cœurs. Merci d’être encore debout, merci d’y croire encore. Nous changeons de chaîne et prions le Seigneur pour qu’il n’y ait pas de coupure électrique car nous sommes accrochés à vos lèvres et aux directs des différents reporters positionnés dans les régions sinistrées. Les histoires reviennent inlassablement nous faire revivre les moments de terreur et leurs auteurs ne se lassent pas de les répéter, car à travers ces récits et ces portraits, revivent leurs proches. Chacun de vous nous a permis de comprendre dans quelle mesure les victimes ont laissé un vide dans vos vies respectives. Vous nous avez permis de pénétrer votre intimité la plus profonde, vous nous avez dévoilé vos prières les plus personnelles.

Certes nous avions droit à plusieurs informations faisant état de vandalisme dans le centre-ville et de tirs de bombes lacrymogènes mais nous sommes restés concentrés sur vous qui priez en silence, qui louez le bon Dieu malgré votre peine, assis sur vos chaises blanches, figés par le moment et surtout l’endroit, ce port marquant à jamais tous les esprits. Des drones vous montrent du ciel, enrobés par le noir, telle une bande d’hirondelles refusant de migrer et s’accrochant à la terre qui s’est abreuvée du sang de vos morts.

Vous n’étiez pas seuls le 4 août, nous vous avons accompagnés. Merci et pardon. Merci pour votre résilience et votre foi et pardon pour notre lâcheté, notre aptitude à nous adapter, notre émigration, notre abandon, notre peur, notre hésitation et notre manque de confiance. Nous n’étions pas seuls le 4 août, vous nous avez accompagnés.


Le 4 août, vous n’étiez pas seuls dans les rues, sous un soleil de plomb, à pleurer vos morts. Nous également, nous pleurions devant nos écrans partout dans le monde. Vous étiez beaux, nobles, courageux, pleins d’espoir à travers la petite lucarne. Vous étiez nombreux à marcher, brisés par la perte des vôtres, mais la tête haute, déterminés à savoir la vérité. Dans les...

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