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Moyen-Orient - Éclairage

Syrie : l’administration Biden entre dans le bal des sanctions

Washington a annoncé mercredi ses premières mesures contre Damas, ciblant notamment des établissements pénitentiaires, dont la célèbre prison de Saydnaya, et les responsables qui les dirigent.

Syrie : l’administration Biden entre dans le bal des sanctions

La célèbre prison de Saydnaya, l’un des centres de détention et de torture du régime syrien. Photo d’archives AFP

L’administration de Joe Biden a annoncé mercredi ses premières sanctions contre Damas, ciblant notamment des établissements pénitentiaires, dont la célèbre prison de Saydnaya, et les responsables qui les dirigent. Les sanctions visent huit prisons syriennes, pour la plupart liées aux puissantes agences de renseignements généraux et militaires, et les généraux qui les administrent. Elles sont considérées par le nouveau président américain comme un outil nécessaire pour maintenir la pression sur le régime syrien, notamment sur ses alliés, en vue d’obtenir des avancées. Les États-Unis ont également sanctionné par la même occasion un groupe de l’opposition pro-Ankara, Ahrar al-Charqiya, qui s’était fait connaître lors de l’invasion turque du nord de la Syrie en octobre 2019, permise par le retrait des forces américaines décidé par Donald Trump. Ce groupe armé s’était livré à des exactions dont l’assassinat de Hevrin Khalaf, 35 ans, militante des droits des femmes, et de son chauffeur, le 12 octobre 2019 sur une route du nord de la Syrie, un potentiel crime de guerre. « Les États-Unis prennent des mesures pour promouvoir la responsabilité des entités et des individus qui ont perpétué les souffrances du peuple syrien », a déclaré mercredi le secrétaire d’État américain Antony Blinken. « L’action d’aujourd’hui montre clairement que les États-Unis n’oublieront pas les victimes des violations des droits humains en Syrie et utiliseront des outils appropriés pour cibler et identifier les responsables », a-t-il ajouté.

L’administration Biden avait clairement fait savoir les mois précédents que la politique de sanctions contre le régime syrien et ses affidés ne sera pas remise en question, notamment la fameuse loi César entrée en vigueur en juin 2020 et qui vise tous ceux qui soutiennent l’État syrien dans certains secteurs économiques, notamment la reconstruction, mais aussi le pétrole et le gaz.

Cette annonce témoigne d’une nouvelle approche, élargissant le spectre des sanctions et leur portée. La précédente administration Trump s’était concentrée majoritairement sur les entreprises, les institutions financières et les associés d’Assad et de sa famille. Au cours de ses six derniers mois au pouvoir, elle a infligé des sanctions à 113 personnes et entités. Les dernières remontaient à décembre 2020 : 18 personnes et entités avaient alors été visées, notamment l’épouse de Bachar el-Assad, Asma, ainsi que des membres de sa famille.

Violations des droits

En juin dernier, le Trésor américain avait retiré de sa liste de sanctions deux sociétés appartenant à l’homme d’affaires syrien Samer Foz, considéré comme l’un des plus grands profiteurs de guerre, faisant craindre un revirement dans sa politique. « Il y a eu beaucoup de critiques récemment contre Washington sur le fait qu’il essaierait de réduire un peu la pression vis-à-vis de Damas », rappelle Jihad Yazigi, économiste et rédacteur en chef de The Syria Report.

Les premières sanctions de l’ère Biden n’impacteront pas directement l’économie syrienne puisqu’elles pénalisent essentiellement les violations des droits. « De telles sanctions ne vont pas endommager l’économie globale ou nuire aux civils. Il n’est pas clair qu’elles aient un quelconque effet sur le gouvernement syrien, même si cela pourrait peut-être compliquer les choses au fil du temps pour certaines des personnes ciblées », explique Aron Lund, chercheur sur le Moyen-Orient à la Century Foundation, à Washington.

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Pour l’Occident, la politique de sanctions est aujourd’hui le seul outil à disposition pour maintenir la pression contre Damas. Leur levée serait perçue comme une normalisation, « un feu vert aux pays du Golfe ou à certains pays européens pour désormais commercer avec la Syrie. L’impact politique serait très significatif, notamment sur le retour des réfugiés », appuie Jihad Yazigi.

Comme après chaque nouvelle annonce du même genre, le gouvernement syrien a critiqué les sanctions américaines, les accusant d’une aggravation de la crise économique et les qualifiant de « crimes contre l’humanité ». « Il est évident que le régime a intérêt à exagérer leur impact pour se dédouaner de sa propre responsabilité », commente Jihad Yazigi.

La mise en place des sanctions a suscité de nombreuses critiques au fil des ans, qui viennent, cela dit, parfois de milieux proches du régime Assad. Les détracteurs de la méthode américaine estiment qu’à défaut de mettre la pression sur le régime Assad, ces sanctions n’auraient d’autres effets que d’appauvrir la population déjà aux abois. « Étant donné qu’Assad a mené une guerre de dix ans pour bloquer les demandes de transition politique, je pense qu’il est naïf de penser qu’il changera soudainement d’avis une décennie plus tard en raison de la pression économique », appuie Aron Lund. Certains opposants n’hésitent pas à comparer cette politique de sanctions à celle qui avait été mise en place par l’ONU en 1990 contre l’Irak de Saddam Hussein. Cet embargo économique très strict avait alors pénalisé les populations irakiennes pour une efficacité somme toute limitée en termes politiques.

Rôle minimal

Selon Oxfam, plus de 80 % de la population syrienne vit aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté. Dans un article de Foreign Affairs, publié le 27 juillet, Andrew Tabler du Washington Institute explique que les sanctions américaines ont considérablement accru la pression économique sur Assad et ont contribué à une baisse d’environ 250 % du taux de change, ce qui a exacerbé les pénuries de carburant et de nourriture pour les Syriens ordinaires. Selon Jihad Yazigi, il est difficile d’évaluer de manière précise parmi tous les problèmes de l’économie syrienne lesquels sont dus aux sanctions. « Il est certain qu’elles contribuent à l’augmentation des difficultés socio-économiques, mais par rapport à d’autres facteurs, elles jouent un rôle minimal. Si la Syrie est dans cette situation et qu’il y a un tel appauvrissement, ce n’est pas à cause des sanctions, loin de là », estime-t-il.

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Les dix années de guerre ont laissé un pays exsangue. Si le régime syrien a repris la main sur les régions les plus stratégiques, il n’a toutefois pas pu renflouer ses caisses de manière significative. La crise a entraîné la dépréciation de la livre syrienne, qui vaut 3 200 LS pour 1$, contre 47 LS avant la guerre de 2011. Le président syrien a imputé lui-même à plusieurs reprises l’effondrement de la monnaie à la crise bancaire libanaise. La crise de liquidités en dollars au Liban et les mesures restrictives bancaires se sont rapidement répercutées sur le marché syrien, le pays du Cèdre étant le seul moyen de faire entrer des dollars en Syrie en raison des sanctions internationales. D’autres facteurs expliquent l’aggravation de la crise économique en Syrie, comme le rôle direct du régime dans la destruction du pays, le vol systémique mais aussi les monopoles réservés à un cercle orbitant autour du régime. « Si les Russes devaient forcer le régime à mettre un frein à ses services de sécurité, il y aurait certainement des milliers d’entrepreneurs syriens qui pourraient rentrer au pays », soutient Jihad Yazigi.



L’administration de Joe Biden a annoncé mercredi ses premières sanctions contre Damas, ciblant notamment des établissements pénitentiaires, dont la célèbre prison de Saydnaya, et les responsables qui les dirigent. Les sanctions visent huit prisons syriennes, pour la plupart liées aux puissantes agences de renseignements généraux et militaires, et les généraux qui les administrent....

commentaires (2)

By preventing the reconstruction of the country,these sanctions wil severely penalize a whole people,whatever its politcal views are. M.Zedane

ZEDANE Mounir

14 h 52, le 30 juillet 2021

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Commentaires (2)

  • By preventing the reconstruction of the country,these sanctions wil severely penalize a whole people,whatever its politcal views are. M.Zedane

    ZEDANE Mounir

    14 h 52, le 30 juillet 2021

  • Biden commence à comprendre quwew Trump n'avait pas tort sur toute la ligne!

    Yves Prevost

    07 h 50, le 30 juillet 2021

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